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Compte tenu du nombre élevé de patients en réanimation, certains soignants se désolidarisent de l’agenda de déconfinement annoncé, comme c’est le cas d’un chef de service d’un hôpital parisien. Soutenant néanmoins la réouverture des lieux culturels, il prône le traçage des cas et l’isolement des porteurs pour freiner le virus.

Annoncé par Emmanuel Macron, le calendrier du déconfinement progressif enthousiasme les acteurs de l’économie mais inquiète et mécontente aussi les soignants qui jugent la réouverture injustifiée.

En cause: des taux de saturation des hôpitaux «absolument effroyables», déplore Jean-François Timsit, chef de réanimation médicale et infectieuse à l’hôpital Bichat de Paris, auprès de Franceinfo. En effet, le nombre de personnes admises en réanimation dépasse celui recensé pendant le pic de novembre et reste trois fois plus élevé qu’au deuxième déconfinement. Raison pour laquelle «ça va clairement trop vite par rapport à ce qu'on vit», selon le médecin.

«Les malades restent en réa au moins trois à quatre semaines quand ils sont intubés, et six semaines quand ils ont une assistance cardiaque et respiratoire extracorporelle, une ECMO, donc on n’aura pas vidé le service d’ici quelques jours, c’est impensable», poursuit-il.

Enfin, les mesures annoncées ne sont pas territorialisées en fonction des indices sanitaires, alors que certaines régions comme l’Île-de-France, la Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Hauts-de-France sont actuellement plus touchées.

«C'est très démotivant, assez décourageant, et cela représente un risque majeur pour une population médicale et paramédicale qui est complètement déprimée, à bout de course et à bout de souffle, qui risque de se sentir déconsidérée et d'abandonner ce métier à la rentrée», raconte M.Timsit.

Situation sanitaire instable

Pour l’épidémiologiste Catherine Hill, travaillant à l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif, cet agenda «n’est absolument pas raisonnable», car «la situation est très mauvaise». Auprès de BFM TV, elle a également tablé sur la détérioration de la situation sanitaire en raison du risque fort d’augmentation des cas de contamination.

Le déconfinement prévu est «écarté de la réalité scientifique» et «on a l'impression d'avoir perdu une bataille d’écoute», a fait savoir le professeur Gilles Pialoux sur RTL, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon. Selon lui, la vaccination risque de ne pas suffire pour freiner la circulation du virus: «Peut-être que ça va se stabiliser, mais je ne vois pas par quel miracle».

Cependant, la réouverture des lieux culturels et le recul du couvre-feu ont été salués par Jean- François Timsit, «parce que de toute façon plus personne n'applique correctement le couvre-feu et que l'ouverture des théâtres, des restaurants, pourquoi pas».

Limiter la liberté individuelle

Il importe plutôt de tracer strictement les cas contacts et d’isoler les porteurs du virus, «ce qui n'est pas le cas en France, au nom de la sacrosainte liberté individuelle», a-t-il dénoncé.

«Si on veut gagner ce déconfinement, il faut perdre un peu de liberté individuelle pendant quelques semaines», conclut le médecin.

Ce calendrier «prudent, pragmatique et fait avec du bon sens» a été défendu le 30 avril par le porte-parole du gouvernement auprès de BFM TV et RMC. Selon lui, «depuis quelques semaines l'épidémie perd du terrain dans notre pays». Cependant, en cas de dégradation de la situation sanitaire dans un département, «il faut pouvoir freiner le passage d’une étape», a souligné Gabriel Attal.

Le 29 avril, le nombre de contaminations journalières par le coronavirus en France a été en légère baisse (26.538) par rapport à la veille (31.539). L’Hexagone a comptabilisé 5.804 patients en réanimation des suites du Covid-19, après le pic à plus de 6.000 patients atteint le 26 avril pour la première fois depuis plus d'un an, lors du premier confinement.

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Tags:
Gabriel Attal, malades, réanimation, soignants, déconfinement
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