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Alors que le gouvernement affiche sa volonté de lutter contre le trafic et la consommation de stupéfiants, un rapport parlementaire vient pourtant prôner la légalisation du cannabis. Il faut «reprendre le contrôle» face aux dealers, plaide le député François-Michel Lambert, car le «tout répressif est un échec total».

«Aucun regret!» Le député écologiste François-Michel Lambert, président du mouvement Liberté Écologie Fraternité (LEF), et ex-LREM, assume sa provocation. Il se dit d’ailleurs conforté dans sa démarche par les nombreux messages de soutiens reçus de la part de «ses collègues de l’Assemblée nationale», dont «les députés de La République en marche qui ne supportent pas la manipulation du sujet par Gérald Darmanin et Emmanuel Macron».

Il faut dire que son geste, pour le moins symbolique, a fait sourire: dans l’hémicycle, le parlementaire a sorti un gobelet sur lequel figurait une feuille de cannabis, puis a brandi un joint de CBD (sans effet psychotrope) pour interpeller le gouvernement sur une politique qu’il juge prohibitionniste. Une sortie qu’a peu goûtée Richard Ferrand! Le président de l’Assemblée nationale s’est empressé de rappeler à l’ordre l’élu des Bouches-du-Rhône.

​«Le simple fait de montrer ce gobelet vaudrait 1.400 euros de retrait de mes indemnités parlementaires», souligne le député pro-légalisation. Mais, pour lui, le jeu en valait la chandelle:

«La politique du gouvernement sur ce sujet est devenu complètement délirante», tonne-t-il. «C’est être hors sol que de ne pas regarder ce que font les autres pays, qui sont majoritairement entre dépénalisation et légalisation, et nous, au contraire on durcit notre politique sur la question du cannabis.»

Or, dans un rapport publié ce mercredi 5 mai, une mission parlementaire transpartisane prône une légalisation régulée afin de «reprendre le contrôle» face aux trafiquants et «protéger les Français». Cette stratégie s’inscrit aux antipodes de la politique menée par le ministre de l’Intérieur. Gérald Darmanin brandissant l’oriflamme de la tolérance zéro vis-à-vis des trafiquants, mais également des consommateurs.

Assécher le trafic en légalisant le cannabis

Pour François-Michel Lambert, il y a cependant urgence à agir. Et pour cause: ce sont près d’un million de consommateurs quotidiens et 5 millions de réguliers qui «s’approvisionnent sur le marché illégal, auprès de personnes qui peuvent fournir des produits frelatés, coupés à base de pneus par exemple». Pis encore, ces dealers «peuvent leur proposer des substances encore plus dangereuses comme la cocaïne ou l’héroïne».

«La légalisation permettrait à ceux qui veulent consommer, comme la cigarette, de s’approvisionner avec des produits le moins nocifs possibles, en tout cas des produits contrôlés», plaide l’élu du Midi.

De telles préconisations sont loin de convaincre Gérald Darmanin. Ce dernier a invité François-Michel Lambert à sortir «de la naïveté», à combattre la drogue et à ne pas «baisser les bras». Arguant du fait que «c’est de la merde que (les jeunes) prennent dans leurs veines et qu’ils fument». «Pensez-vous que les trafiquants qui font jusqu’à 60.000, 80.000, 100.000 euros d’argent liquide par semaine vont ouvrir une échoppe et déclarer leur argent aux impôts et aux Urssaf?» a fini par ironiser l’hôte de la place Beauvau.

Un budget répressif doublé en six ans

Des propos qui ont eu le don d’irriter le président de LEF: «C’est dangereux! Le fait de ne pas agir pour préserver la santé des Français, cela peut être considéré comme relativement criminel», avance-t-il.

«Gérald Darmanin mélange tout et n’importe quoi pour créer des peurs et apparaître comme le protecteur des Français.» C’est un calcul politicien en vue de 2022 pour se muscler d’un point de vue sécuritaire», affirme-t-il.

Dans leur rapport, les parlementaires ont en effet déploré «l’échec» des politiques publiques. Ils accusent l’État d’assister, impuissant, à la banalisation du cannabis chez les jeunes et à la détérioration de la sécurité, en dépit d’une «politique répressive française qui coûte cher et mobilise à l'excès les forces de l'ordre». Malgré un budget alloué à la lutte antidrogue qui a quasiment doublé entre 2012 et 2018, pour atteindre 1,08 milliard d'euros annuels.

«La prohibition adopte depuis cinquante ans un objectif inatteignable, sans jamais avoir les moyens de ses ambitions», a constaté Caroline Janvier, la députée LREM qui a coordonné ce travail, à l’AFP.

Dans un entretien accordé à Capital, Caroline Janvier a recadré le débat: «La vraie question n’est pas de savoir si on va légaliser ou pas le cannabis, mais comment.» Alors quelle forme pourrait revêtir cette dépénalisation? Pour François-Michel Lambert, cela passe par un «monopole d’État, une société contrôlée par l’État», qui serait en charge «de suivre la production jusqu’à la commercialisation des produits». Une marchandise qui serait ensuite vendue via les «bureaux de tabac». Par ailleurs, les jardiniers en herbe ne seraient pas en reste, puisque l’ancien député LREM indique que, en matière d’auto-culture, l’État pourrait faire le choix «d’autoriser un à six plants de cannabis».

Si la question de la légalisation est loin d’être tranchée, notamment au regard de la nocivité du cannabis, elle rapporterait deux milliards d’euros à l’État via les impôts, selon les calculs des auteurs du rapport. Une somme que le gouvernement pourrait réinvestir, en partie, dans la prévention auprès des plus jeunes.

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Gérald Darmanin, François-Michel Lambert, légalisation, cannabis
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