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Après un hommage rendu à la mère de famille de 31 ans brûlée vive par son mari à Mérignac, près de Bordeaux, ses proches ont témoigné auprès du Parisien sur ce nouveau meurtre de femme. Des associations dénoncent l’inaction de l’État.

Mardi 4 mai vers 18 heures, Chahinez, 31 ans, mère de trois enfants, se faisait tirer dessus par son mari Mounir B., 44 ans, asperger d’un liquide inflammable puis brûler vive devant son domicile à Mérignac, dans la banlieue bordelaise. Le lendemain, plusieurs centaines de personnes se sont recueillies sur les lieux du drame, relate Le Parisien.

C’est tout d’abord la violence des faits qui émeut ses proches.

«Elle s’est écroulée sur le trottoir, blessée à la cuisse et il l’a aspergée d’essence, avant de la brûler vive. Comment peut-on faire ça à quelqu’un? Comment?», témoigne une amie de la victime auprès du quotidien.

Les personnes présentes se demandent également ce qui aurait pu être fait pour éviter ce meurtre. D’après le maire de Mérignac, Alain Anziani, «il semble que tout le monde savait qu’elle était en danger de mort et personne n’a pu la protéger». «Nous lui disions de partir depuis plusieurs mois car cet homme était violent on le savait, et elle aussi, mais elle est restée», raconte un voisin.

«Chahinez savait ce qui allait lui arriver. Elle nous l’avait dit en nous suppliant de nous occuper de ses enfants lorsque ce jour arriverait. Pourquoi personne n’a rien fait pour empêcher cet homme de lui faire du mal et de lui ôter la vie?», s’interroge sa meilleure amie.

Déjà condamné

D’après le parquet de Bordeaux, Mounir B., interpellé et placé en garde à vue peu après les faits, avait été condamné en juin 2020 à 18 mois de prison dont neuf avec sursis pour «violences volontaires par conjoint», des faits qu’il avait déjà commis auparavant sur la même victime. Il a été libéré le 9 décembre dernier.

«Il a fait quatre mois de prison mais cela n’a rien empêché», s’indigne une amie de la victime.

«Il était depuis suivi par le service pénitentiaire d'insertion et de probation de la Gironde», et devait respecter une interdiction d’entrer en contact avec la victime et de se présenter à son domicile, précise le parquet. Il n’était cependant pas équipé d’un bracelet anti-rapprochement, un dispositif qui n’a été introduit par décret qu’en septembre 2020, après sa condamnation.

Profil du tueur

Mounir B. serait revenu au domicile pour voir les enfants, lesquels n’étaient pas présents à ce moment-là, indique Le Parisien. «Avec un peu de recul, on se demande ce qui serait arrivé si les trois enfants du couple avaient été à la maison. C’est effrayant», déplore le voisin.

«Il y a quelque temps, il a tenté de l’étrangler devant la supérette au bout de la rue. Il était dangereux. Un assassin en puissance», commente un riverain.

Au moment de son interpellation, le mis en cause portait un fusil de calibre 12, un pistolet à gaz ainsi que plusieurs cartouches. Il a utilisé son arme à plusieurs reprises, touchant sa compagne au niveau des jambes, avant de prendre la fuite et d’être retrouvé errant dans la commune voisine. De plus, Chahinez avait porté plainte le 15 mars dernier à la suite d’une autre agression. «Introuvable» par la police, Mounir B. n’avait pas été inquiété.

Inaction de l’État?

Tous ces éléments ont conduit des associations à pointer le rôle de l’État dans cette affaire. «En plus d'être multirécidiviste, il avait une arme à feu! Encore! Mais que fait Gérald Darmanin?», s’est indignée sur Twitter Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes.

La saisie systématique d’armes aux conjoints violents est pourtant demandée depuis 2019 par le ministère de l’Intérieur, mais encore trop peu appliquée, selon les associations.

«Votre inaction est coupable», a lancé l’association «Osez le féminisme» en s’adressant au ministre de l’Intérieur et à celui de la Justice.

Le collectif «Nous Toutes», interpellant cette fois Emmanuel Macron, a critiqué «l’absence de politiques publiques et de moyens», affirmant que ce 39e «féminicide» depuis le début de l’année, selon son décompte, «aurait pu être évité». En 2020, il y en avait eu 90, et 146 l’année précédente.

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Tags:
violences conjugales, témoignage, meurtre, féminicide, Bordeaux
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