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Un rapport commandé par le gouvernement étudie les effets de la crise sanitaire sur les plus pauvres, informe Le Monde. L’épidémie a jusqu’à présent détruit moins d’emplois que la crise économique de 2008, mais a davantage touché les jeunes et a été plus lourde psychologiquement.

Dans les prochains jours, un rapport de 150 pages du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et les exclusions (CNLE) consulté par Le Monde sera remis à Jean Castex. Il décrit comment la crise sanitaire et les restrictions qui en ont découlé ont eu un impact sur le niveau de pauvreté du pays.

«Nous y décrivons le triple mécanisme à l’œuvre dans cette crise violente», indique auprès du quotidien Fiona Lazaar, présidente du CNLE et députée non-inscrite (ex-LREM) du Val-d’Oise.

«Elle a d’abord empêché les personnes en précarité d’en sortir; elle a ensuite précipité dans la pauvreté des gens qui en étaient proches», explique-t-elle. La crise a également «beaucoup pesé sur la jeunesse, les étudiants».

D’après Mme Lazaar, la crise sanitaire n’a pas créé plus de pauvres que la crise économique de 2008, en partie grâce aux aides versées par l’État. D’après l’Insee, environ 300.000 emplois ont été perdus entre décembre 2019 et décembre 2020, contre un million en 2008. Les pertes de revenus à proprement parler ont touché 41% des 18-24 ans, 42% des 25-44 ans et 37% des 45-59 ans.

Les étudiants

Ainsi, les files d’attente aux distributions alimentaires se sont allongées, le Secours populaire et les Restos du cœur ont constaté une forte hausse du nombre de bénéficiaires. Parmi eux, beaucoup d’étudiants qui n’étaient pas forcément pauvres auparavant et qui n’ont pas été aidés en priorité.

«Il est frappant que l’État ait d’abord pensé à protéger les salariés stables, avec les mesures de chômage partiel, puis, dans un deuxième temps, débloqué des aides exceptionnelles pour les allocataires des minima sociaux ou les étudiants boursiers, comme si ces publics étaient moins visibles», souligne Nicolas Duvoux, sociologue et président du comité scientifique du CNLE.

«La faim qu’ont connue de nombreux étudiants a choqué», admet-il, «mais cela fait longtemps que l’on sait qu’une fraction de la jeunesse est exposée à la pauvreté, qui touchait déjà, avant la crise, 21% des 18-29 ans, soit le plus gros contingent de pauvres».

Santé mentale

Le CNLE a également étudié les conséquences psychologiques de cette crise, un volet inédit par rapport à la crise de 2008. D’un côté «la peur d’être malade, l’angoisse d’être confiné qui ont beaucoup touché les personnes âgées», indique Fiona Lazaar. De l’autre, «la difficulté d’accéder aux services publics qui ont, quand même, fait de leur mieux et souvent répondu présent, mais via une dématérialisation qui pose des difficultés aux publics les plus exclus».

En effet, certains services de l’État ont été forcés de se «numériser», étant de fait inaccessibles à certaines populations. 14% des ménages français n’ont pas de connexion à Internet, rappelle l’Insee. Ces effets psychosociaux se manifestent également par du décrochage scolaire, aggravé par les cours à distance, et les violences intrafamiliales. Enfin, d’après le rapport, le niveau d’activité pré-pandémique ne sera pas atteint avant 2022.

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Tags:
étudiants, précarité, pauvreté, Covid-19, crise économique
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