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Passé en deçà des 400 incidences quotidiennes pour 100.000 habitants, l’ensemble du territoire français semble remonter la pente, avant une levée prochaine des restrictions sanitaires. Pari réussi pour le gouvernement? Les choses seraient plus complexes, à en croire certains épidémiologistes.

Cela faisait plus de quatre mois que le taux d’incidence n’avait été si bas. Après une première levée de barrières et l’autorisation de circuler sur tout le territoire depuis le 3 mai, un nouvel objectif du calendrier détaillé la semaine dernière par Emmanuel Macron devrait être tenu. Le 19 mai, ce sont donc les terrasses, salles de sport et de spectacles qui rouvriront leurs portes au public. Une date attendue de pied ferme par tous les Français, mais qui pourrait être compromise, ou bien rapidement tourner court après une accalmie de plusieurs semaines, estiment certains.

«Nous pouvons dire aujourd’hui que les indicateurs laissent apparaître une amélioration nette de la situation sanitaire. Si nous poursuivons nos efforts, le 19 mai sera bien le jour de la réouverture nationale des terrasses, des lieux de culture et de sport», assurait pourtant le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, le 5 mai dernier, en rappelant toutefois la menace des variants qui plane plus que jamais.

Le gouvernement tient le beau rôle mais…

Côté chiffres, l’effet vacances scolaires avancées et regroupées sur tout le territoire semble avoir porté ses fruits et la vaccination ouverte à tous «à partir du 12 mai» permettra d’entériner la fin des mesures, se félicite l’exécutif. Celui-ci se prépare pourtant à savourer une victoire qui n’en est pas vraiment une. Ainsi, le dernier objectif en date énoncé par Emmanuel Macron était effectivement un taux d’incidence inférieur à 400 infections pour 100.000 habitants, au lieu de quoi, en cas de nouvelle flambée et de saturation des hôpitaux, le calendrier serait révisé pour les départements concernés.

Pourtant, et pour rappel, le chef de l’État avait fixé lors de la deuxième vague un seuil «maximal» de 250 cas pour 100.000 habitants –à l’époque jugé trop léger par beaucoup de scientifiques. De même, les quelque 20.000 contaminations quotidiennes sont loin de l’objectif des 5.000 établi en octobre pour espérer sortir du confinement puis rouvrir progressivement commerces et restaurants. Pour bon nombre de spécialistes, le taux est encore relativement haut et il est bien trop tôt pour envisager une reprise sereine. Aussi craignent-ils de voir l’épidémie repartir de plus belle quelques semaines après la levée des mesures.

«C’est de la foutaise! De tous les indicateurs, le taux d’incidence est le plus mauvais car il est fortement dépendant de la politique de tests! Les bons, ce sont les admissions dans les hôpitaux et dans les réanimations. Certes, on voit une amélioration, mais ils restent extrêmement élevés», juge l’épidémiologiste Catherine Hill interrogée par Le Parisien

Un constat que partagent également plusieurs de ses confrères. Ainsi Antoine Flahault pense-t-il que «lâcher les freins trop tôt pourrait faire redémarrer l’épidémie» bien qu’il y ait «des points positifs». De son côté, Dominique Costaglia rappelait que «tous les autres pays retiennent des seuils beaucoup plus bas».

Une route encore longue?

En milieu hospitalier, le credo semble être le même. Tandis que le nombre de décès quotidiens stagne entre 200 et 300, une nouvelle saturation, une fois les mesures levées, est toujours redoutée. Bien que les patients hospitalisés et ceux en réanimation ne cessent de décroître et que les retours à domicile soient en hausse (+1.584 en 24h), les signaux ne seraient pas suffisamment positifs pour permettre un déconfinement imminent.

«Si l’on en croit le nombre de sollicitations que l’on a pour trouver des places de réanimation, la gravité des patients que l’on prend en charge et le taux d’occupation que l’on a actuellement, nous ne sommes clairement pas encore sur une phase de décroissance et nous craignons qu’elle soit assez lente», expliquait à l’AFP Jean-Damien Ricard, chef du service de réanimation de l’hôpital Louis-Mourier à Colombes.

La plus alarmiste reste sans doute la professeure Karine Lacombe. Au micro de Jean-Jacques Bourdin, elle allait jusqu’à déclarer, ce 6 mai, que l’été pourrait virer au «cauchemar». Une intervention devenue virale et qui a valu à l’infectiologue une pluie de critiques sur les réseaux sociaux. Accusée de faire du catastrophisme à dessein et du lobbying intensif pour les laboratoires, celle-ci a, en outre, proposé de mettre en place une allocation pour les personnes vaccinées. «C’est une solution que l’on utilise fréquemment pour d’autres maladies. Quand on veut par exemple inciter au dépistage, en particulier pour les populations qui sont les plus rétives», défendait-elle de son côté, après avoir indiqué que «la grosse variable d’ajustement, dans cette équation qui va nous permettre de passer un bon été ou pas, ça va être la vaccination».

Pour autant, les Français ne sont a priori guère plus confiants. Satisfaits à l’idée de recouvrer une certaine liberté prochainement, ils seraient néanmoins 61% à juger que le gouvernement ne réussira pas l’étape du déconfinement, selon un sondage Odoxa du 22 avril. 72% des personnes interrogées souhaitent cependant que le calendrier soit maintenu. Un exercice périlleux pour le gouvernement qui devra jongler avec les attentes des citoyens et leur méfiance à toute épreuve.  
Et s’il a dû revoir à la baisse ses ambitions pour tenir coûte que coûte ses engagements, l’impact que ceux-ci pourraient avoir reste inquiétant.

Pas de doute donc: seule une sortie de crise définitive semble en mesure de mettre tout le monde d’accord.

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Tags:
hôpital, Covid-19, Emmanuel Macron, déconfinement
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