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C’est une nouvelle qui devrait irriter les automobilistes: la mairie de Paris prévoit de réduire drastiquement le nombre de véhicules motorisés qui ne font que traverser le centre de la capitale. L’objectif? Faire la part belle aux piétons et cyclistes. Pour Serge Federbush, ce projet pourrait tout simplement mener à la désertification de la ville.

«C’est de la pure démagogie destinée à faire oublier l’échec, qui commence à être évident, de l’aménagement parisien et de la propreté qui se traduit par #saccage Paris. C’est pour cela qu’ils lancent ça maintenant.»

Pour Serge Federbusch, candidat défait aux élections municipales de Paris en 2020, c’est certain: Anne Higaldo, édile de Paris, verse à nouveau dans le «clientélisme». Depuis le 12 mai, la mairie de Paris a lancé une consultation publique sur son projet baptisé «zone apaisée Paris Centre et Saint-Germain», une initiative qui devrait voir le jour au premier semestre 2022. En clair, dans cet espace géographique, le nombre de véhicules motorisés qui ne font que traverser la capitale sans s’y arrêter (trafic de transit) sera drastiquement réduit. Et pour cause, la mairie de Paris veut faire la part belle aux piétons et autres cyclistes dans les quatre premiers arrondissements de la ville et sur la partie de la rive gauche située au nord du boulevard Saint-Germain dans les Ve, VIe et VIIe arrondissements.

​Conscient de marcher sur des œufs, David Belliard, adjoint EELV chargé de la transformation de l’espace public, a d’ores et déjà prévenu sur Twitter: «Il n’est pas question de supprimer tout le trafic.»

«Les riverains, les personnes à mobilité réduite, les taxis, les artisans et commerçants du quartier, etc. pourront continuer à y accéder», a précisé l’élu écologiste.

Concernant le sort réservé aux deux-roues, les Parisiens pourront trancher via cette consultation. 

Pour la mairie de Paris, ces «zones à trafic limité» (ZTL) permettent «de réduire le bruit dû au trafic routier», «de récupérer de l’espace pour de la nature en ville», mais surtout «de lutter contre la pollution de l’air».

D’autant que, selon l’adjoint d’Anne Hidalgo, le trafic de transit représenterait entre 40% et 60%, suivant les heures, de l’ensemble de la circulation automobile de la future «zone apaisée». «180.000 voitures passent chaque jour dans cette zone», soit «dix fois plus que le nombre de véhicules de celles et ceux qui y habitent», argue-t-il.

Un report du trafic… et de la pollution vers la banlieue?

Un argument loin de convaincre Serge Federbusch. Ainsi pointe-t-il une «manipulation de l’opinion» puisque l’élu écologiste «inclut dans le trafic automobile toute la circulation qui va sur les quais de Seine».

Au-delà de cette guerre des chiffres, ce sont les effets de cette ZTL qui inquiètent l’ancien candidat à la mairie de Paris. «Ils n’ont pas compris que les zones piétonnes, lorsqu’elles sont trop étendues, ne fonctionnent pas. Elles aboutissent à la désertification», déplore Serge Federbusch. Pourtant, David Belliard a tenu à rassurer en expliquant qu’à Nantes, Madrid, Milan ou Rome, de tels dispositifs sont déjà en place.

«Paris est radioconcentrique. De plus, les rues parisiennes depuis Haussmann ont été faites pour la circulation et sont très larges. On n’est donc pas du tout dans la situation romaine par exemple, avec une configuration des rues différente», rétorque l’ancien candidat à la mairie de Paris.

En outre, une autre inconnue pourrait nuancer la portée de ce projet: le report du trafic. Dans une interview donnée à l’AFP, Florence Berthout, maire divers droite du Ve arrondissement, a estimé qu’il pourrait créer une «embolisation du trafic» à l’extérieur de cette «zone apaisée». «Ceux qui vont payer, c’est ceux qui sont en périphérie ou, intra-muros, aux entrées de Paris», a-t-elle déploré.

Et une note intitulée «Des centres plus verts, des banlieues plus grises?», réalisée en mai 2021 par l’Institut des politiques publiques, pourrait corroborer cette crainte. En analysant la décision de la ville de Paris de fermer totalement à la circulation automobile un tronçon de la voie sur berges Georges-Pompidou en 2016, les auteurs ont noté une augmentation «du taux d’occupation», de «la probabilité de congestion» et des «temps de trajet sur les voies vers l’est, en particulier pour le périphérique sud

Étant donné les plus fortes densités autour du périphérique, «la population résidente potentiellement affectée par une dégradation de l’air est environ deux fois plus importante que la population résidente ayant bénéficié de cette fermeture», écrivent-ils.

​«Il n’y a aucun bilan qui est tiré des premières expériences par exemple. […] Cela va produire les mêmes effets, voire pire», dénonce Serge Federbusch.

À moins que l’objectif ne soit finalement ailleurs, comme l’expliquait à l’AFP Ariel Weil, maire de Paris Centre: «Ce que l’on pourra juger, c’est la volonté de la maire de Paris de ne rien céder sur son programme et sur son volontarisme en matière de transition écologique.»

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