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Escalade des tensions entre Israël et Palestine – mai 2021 (70)
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Gérald Darmanin a interdit la manifestation pro-Palestine prévue le 15 mai. Selon Sarra Grira, journaliste à Orient XXI, cet arrêté préfectoral divise la sphère politique française bien au-delà des clivages traditionnels. Pour ou contre cette manif, il s’agirait moins selon elle de soutien aux Palestiniens que de raisons idéologiques et électorales

Le bruit des évènements à Gaza, à Jérusalem et en Cisjordanie résonne loin les frontières de la Palestine et d’Israël. Le 13 mai, Gérald Darmanin a en effet demandé au préfet de Police de Paris, Didier Lallement, d’interdire la manifestation en faveur des Palestiniens prévue le samedi 15 mai à Barbès.

Le ministre de l’Intérieur justifie cette demande pour des motifs sécuritaires, rappelant que «de graves troubles à l’ordre public furent constatés en 2014.» Le préfet de Police a donc pris un arrêté d’interdiction en déclarant que «cette mobilisation pourrait concerner de nombreux éléments à risque cherchant à provoquer des affrontements avec les forces de l’ordre.»

Les manifestations ne sont toutefois pas interdites dans les autres villes françaises, mais Gérald Darmanin ordonne «aux préfets d’être particulièrement vigilants et fermes.» Déjà en 2014, la manifestation en soutien à la Palestine avait été interdite, ce qui n’avait pas empêché plusieurs milliers de personnes de manifester. Pour Sarra Grira, journaliste à Orient XXI et spécialiste du Proche-Orient, cette mesure gouvernementale est «complètement ridicule».

«Le motif sécuritaire est un leurre. Il faudrait donc annuler toutes les manifestations de peur qu’il y ait des heurts à la fin. Donc dans ce cas, interdisons les manifs des Gilets jaunes, des étudiants, des retraités. C’est un scandale, même aux États-Unis, il y a eu des manifestations en faveur de la Palestine», assène-t-elle au micro de Sputnik.

Connu pour sa politique pro-israélienne, le gouvernement américain n’a pas pour autant interdit les manifestations en faveur de la cause palestinienne. À New York ainsi qu’à Chicago, des milliers d’Américains sont descendus dans les rues pour réclamer la fin des bombardements israéliens sur Gaza. «Aux États-Unis, il y a le poids du lobby sioniste AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), mais ils manifestent quand même, et en France on n’a pas le droit», s’étonne la journaliste. Mais derrière cet arrêté préfectoral, se cacheraient des raisons électorales et idéologiques.

«Les partis de droite sont satisfaits de cette mesure»

Les évènements en Palestine diviseraient donc les politiques français. Plusieurs dirigeants de droite ne cachent pas leur sympathie pour le gouvernement israélien. Plutôt discrète sur le sujet, Marine Le Pen a condamné les tirs de roquettes du Hamas: «la pluie de missiles lancée par le Hamas sur les populations civiles israéliennes est un acte inacceptable», écrivait-elle sur son compte Twitter.

Mais c’est chez les Républicains qu’on retrouve un soutien plus affiché pour Israël. Ainsi Éric Ciotti, député des Alpes Maritimes, déclarait-il «attaquer Israël, c’est attaquer la démocratie». Christian Estrosi, maire de Nice, a quant à lui dénoncé «avec force une partie de la presse qui propage fake news et infos malveillantes à l’égard d’Israël.» Il a également demandé au préfet des Alpes-Maritimes l’interdiction des manifestations propalestiniennes dans sa ville. Ainsi, par cet arrêté préfectoral, le parti d’Emmanuel Macron ferait-il des appels du pied à l’électorat de droite.

«Il y a le sentiment de vouloir montrer que la France se bat contre le terrorisme, comme prétend le faire Israël contre le Hamas. Il y a une vision très simpliste sur ce sujet, les gentils Israéliens qui se défendent contre les méchantes roquettes du Hamas. À un an des élections présidentielles, Macron ne peut pas être neutre sur ce sujet, sinon il se mettrait à dos une partie de l’électorat de droite», estime Sarra Grira.

«Les partis de droite sont satisfaits de cette mesure», ajoute-t-elle. Mais le conflit israélo-palestinien dépasse de loin le seul clivage traditionnel droite/gauche en France. En effet, le parti socialiste de François Hollande avait également interdit les manifestations en 2014. Réputé pour son positionnement favorable à l’Etat hébreu, Manuel Valls, ancien dirigeant du PS n’a pas manqué d’afficher publiquement son soutien à Tel-Aviv avec un tweet déclarant «mon soutien à Israël et ma solidarité avec les Israéliens face à l’attaque du Hamas. Une démocratie est agressée, aucune équidistance n’est possible»… en partageant une photo des frappes israéliennes sur Gaza. Pour trouver un soutien politique français à la cause palestinienne, il faut en fait aller à la gauche de la gauche.

Les musulmans majoritairement avec LFI?

Détonnant dans le paysage politique français, Jean Luc Mélenchon a en effet apporté son soutien au peuple palestinien. Sur son compte Twitter, le leader de La France insoumise (LFI) a vivement condamné l’interdiction de manifester à Paris, affirmant que la France était « seul pays au monde où sont interdites toutes les manifestations de soutien aux Palestiniens et de protestation contre le gouvernement d’extrême droite israélien.» Dans un communiqué officiel, Europe écologie les Verts a apporté également son appui à la cause palestinienne, s’offusquant de l’arrestation de Bertrand Heilbronn, président de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS). Il a été placé en garde à vue le 12 mai pour avoir manifesté à Paris place des Invalides, à proximité du ministère des Affaires étrangères. Ce soutien de certains partis de gauche ne serait en rien électoraliste, à en croire Sarra Grira:

«La France insoumise a de tout temps manifesté un soutien pour la cause palestinienne, ce n’est pas nouveau. Elle peut gagner en sympathie de la part des Français musulmans, mais c’est essentiellement un électorat de niche. Aujourd’hui en France, il n’y a rien de populaire à défendre la Palestine», estime la journaliste d’Orient XXI.

Pourtant le vote musulman, bien que désuni, représenterait entre 5 et 10% de l’électorat. Il est donc fort à parier que LFI gagnera en sympathie auprès des musulmans avec son positionnement propalestinien. Le député insoumis Éric Coquerel, a d’ailleurs dénoncé «une provocation du gouvernement». Une accusation qui rejoint celle de Sarra Grira, pour qui le gouvernement «fait tout pour que pour ça dégénère».

«L’exécutif fait monter la pression. Les gens vont être parqués, il y aura un important dispositif policier. Sans oublier les probables provocations de la LDJ (ligue de défense juive). Donc la tension sera au rendez-vous et le gouvernement pourra se dédouaner en disant “on vous aura prévenu”. C’est écrit d’avance comme en 2014», conclut-elle.
Dossier:
Escalade des tensions entre Israël et Palestine – mai 2021 (70)

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Israël, Palestine, France
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