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Le ministre de l’Intérieur s’est rendu au rassemblement organisé par les policiers devant l’Assemblée nationale, où il a reçu un accueil mitigé. Un geste de soutien aux allures d’opération de communication, regrette un représentant syndical joint par Sputnik.

Deux semaines après le meurtre du brigadier Éric Masson, un rassemblement de soutien à la police s’est tenu en face de l’Assemblée nationale, rassemblant 35.000 personnes selon les organisateurs. Parmi eux, le ministre de l’Intérieur, qui a fait une brève apparition entre huées et bousculades.

Le déplacement de Gérald Darmanin, qui entendait marquer son soutien aux forces de l’ordre, a laissé sceptiques les syndicats. Alors que les organisateurs avaient appelé à éviter toute «récupération politique», certains déplorent que le ministre n’ait pas entouré sa venue d’un voile de discrétion.

«C’est un rassemblement de commémoration. Il aurait pu venir humblement, en tant que simple citoyen pour se recueillir, plutôt que de le crier partout haut et fort. Ça ressemblait à une opération de communication», explique ainsi à Sputnik Flavien Benazet, secrétaire national de la Snuitam-FSU branche Intérieur.

Le responsable regrette également que la manifestation n’ait pas réuni «l’ensemble des forces de police nationale», sans distinction de syndicat. Une critique également formulée à l’encontre du Beauvau de la sécurité, qui gagnerait à inviter autour de la table des personnalités de syndicats non majoritaires, voire des psychiatres et des psychologues, souligne Flavien Benazet.

Un Beauvau de la sécurité que les syndicats ont d’ailleurs choisi de boycotter temporairement après le drame d’Avignon, repoussant au 27 mai leur retour à la table des négociations.

La réponse pénale mais pas seulement

Pour tenter de répondre à la colère des policiers, le Premier ministre a annoncé la mise en place d’un Observatoire de la réponse pénale au 1er juillet. L’organisme s’attardera notamment sur les infractions commises contre les forces de sécurité intérieures.

Une stratégie qui laisse perplexe Flavien Benazet, lequel rappelle que la réponse pénale n’est qu’un des aspects de la problématique sécuritaire. Le responsable pointe plus généralement du doigt la «décrépitude du Service public», et souligne que la sécurité concerne «tout un ensemble de métiers et de missions». Il appelle notamment à remédier aux «sous-effectifs de magistrats», pour réduire les temps de jugements.

«On a voulu supprimer des fonctionnaires parce qu’ils coûtaient cher, on en paye aujourd’hui le tribut. On en arrive à faire des mutualisations de commissariats! On regroupe les commissariats qu’il y avait dans chaque ville pour gérer l’ensemble d’une circonscription. Avec la distance et le peu de véhicules, vous ne pouvez pas couvrir toute la zone», explique-t-il encore.

Alors qu’Emmanuel Macron a promis le recrutement de 10.000 policiers ou gendarmes d’ici 2022, Flavien Benazet appelle encore à restaurer «l’attractivité du métier de policier». Avec un point d’indice gelé, le représentant syndical souligne que la perspective d’une augmentation de salaire a disparu, démotivant les possibles aspirants.

Flavien Benazet insiste encore sur l’importance d’une formation continue obligatoire au sein des forces de l’ordre. Laquelle permettrait notamment de «mettre en pratique les gestes techniques professionnels» et d’éviter certaines dérives lors d’interpellations musclées.

Après le meurtre d’Éric Masson, le gouvernement avait reçu plusieurs syndicats de police le 10 mai, à Matignon. Le Premier ministre Jean Castex s’était notamment engagé à porter jusqu’à 30 ans la période de sûreté pour les individus condamnés à perpétuité pour un crime contre un agent des forces de l’ordre.

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Tags:
justice, Fédération syndicale unitaire (FSU), Gérald Darmanin, police
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