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Facteurs d’isolement, la crise sanitaire et Internet ont bouleversé la nature des dérives sectaires. Gourous et manipulateurs en tout genre profitent de la solitude de leurs victimes potentielles. Pour Francine Caumel, vice-présidente du CCMM, une association de lutte contre l’emprise mentale, il est crucial de sensibiliser un maximum de personnes.

«La lutte contre les dérives sectaires est aussi un combat culturel. Je veux alerter le grand public sur ces dangers.» Marlène Schiappa fait montre de combativité face à un phénomène, qui se serait amplifié à la faveur de la crise sanitaire. Selon les chiffres du ministère, ce sont près «de 500 petits groupes impactant 140.000 personnes dont 90.000 enfants».

«Les femmes, plus souvent en situation de précarité ou victimes de prédations sexuelles, sont particulièrement visées», a déploré sur Twitter Marlène Schiappa, ministre délégué chargé de la Citoyenneté auprès du ministre de l’Intérieur.

Alors pour tenter d’endiguer ces dérives sectaires, l’ancienne adjointe au maire du Mans a rappelé, lors d’une conférence de presse le 20 mai, que le gouvernement renforce les moyens de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Une structure qui était pourtant vouée à la disparition.

​Dorénavant, la magistrate Hanène Romdhane dirige cette instance, épaulée par un conseil d’orientation composé d’experts et de personnalités qualifiées comme Georges Fenech, mais également l’Autorité des marchés financiers ou l’Ordre des médecins. En outre, Marlène Schiappa s’est d’ores et déjà félicitée de la coordination avec les services de police et de gendarmerie spécialisés, de la mobilisation et de la formation des agents de l’État sur le terrain, ainsi que de l’appel à projets d’un million d’euros. Suffisant pour éviter que de nouvelles personnes tombent sous le charme de ces gourous?

Contactée par Sputnik, Francine Caumel, vice-présidente du Centre contre les manipulations mentales (CCMM), estime que le gouvernement va, en tout cas, «dans la bonne direction».

«Ils favorisent par des moyens financiers certes, mais aussi par une écoute la possibilité de sensibiliser le maximum de personnes. Une sensibilisation qui est d’autant plus nécessaire que tout ce mouvement d’emprise mentale et de sectarisme n’a pas la même configuration qu’avant», se félicite la vice-présidente du CCMM, structure qui fait également partie du conseil d’orientation.

Comme elle l’explique, auparavant on avait de grandes sectes, «que l’on connaissait, que l’on repérait, qui s’annonçaient». Dorénavant, «ce sont vraiment des groupuscules qui peuvent être plus ou moins commandités par des sectes plus importantes. Ils sont beaucoup plus modestes quant à leur recrutement, mais agissent sur les individus et les exploitent de la même manière». 

Crise sanitaire et Internet, un cocktail explosif

Avec les différents confinements, de nombreuses personnes se sont retrouvées isolées, en situation de vulnérabilité, face-à-face à leur écran, sans possibilité d’échange avec des contradicteurs. Alors «certains se sont laissés séduire par un discours, il faut le reconnaître est très bien fait, en particulier au niveau du complotisme», détaille Francine Caumel.

«C’est tout un engrenage qui se met en place: cette personne va demander des sous modestement dans un premier temps, puis de plus en plus».

Dans une interview donnée à L’Express, Marlène Schiappa n’a pas fait mystère de son inquiétude: «Nous avons une centaine de signalements sur des thérapies de conversion et des dizaines sur le groupe QAnon. Il y a des stages de jeûne extrême qui peuvent avoir des conséquences dramatiques. Une jeune personne est morte dans le Morbihan dans un "stage de survie".» Entre 2015 et 2020, les saisines de la Miviludes ont augmenté de 40%. Avec un peu moins de la moitié qui concernaient le domaine de la santé et du bien-être.

Georges Fenech a présidé la Miviludes entre 2008 et 2012. Il a précisé, également à L’Express, qu’aujourd’hui: «Il y a environ 400 pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique (PNCAVT), que l’on peut trouver à profusion sur Internet, avec toutes sortes d’offres alléchantes au départ, mais qui vont entraîner une rupture avec la médecine conventionnelle, notamment en ce qui concerne le traitement du cancer.» 

Des signalements que reçoit également le CCMM. Néanmoins, Francine Caumel tient à préciser que ces gourous peuvent surfer sur des pratiques comme le reiki, la kinésiologie, ou encore la naturopathie pour parvenir à leurs fins. En clair, le complotisme ou ces disciplines ne sont que des vecteurs.

Néanmoins, elle se réjouit d’observer une «prise de conscience» au sujet de la manipulation mentale, qui pousse «les gens, surtout l’entourage, à signaler plus facilement ces dérives».

«Pour certains, quand ils se sont fait piéger, soit il y a un sentiment de honte, donc ils cachent tout, soit ils en ont conscience et ne veulent pas que ça arrive aux autres. Puis ils veulent peut-être un peu se venger en disant que ce sont des escrocs et ont envie qu’ils disparaissent de la circulation», conclut Francine Caumel.

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Marlène Schiappa, sectes
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