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Après la polémique autour de la présence de Gérald Darmanin à une manifestation des forces de l’ordre, sa volonté de porter plainte contre Audrey Pulvar en l’accusant de «diffamer la police» fait s’interroger la gauche qui dénonce une tentative de «fracturer la société» ainsi qu’«une volonté de brouillage de valeurs».

Première pour un ministre de l’Intérieur. Gérald Darmanin a affirmé son rôle auprès de ses troupes dans une manifestation de policiers le 19 mai. Après la vague de polémiques quant à sa présence, il a également annoncé le 23 mai au soir porter plainte contre Audrey Pulvar, tête de liste des socialistes pour les élections régionales en Île-de-France, laquelle avait jugé «assez glaçante» ladite manifestation devant l'Assemblée nationale.

Les choix du ministre ont entraîné les critiques de la gauche, à un mois des régionales où l’homme politique est lui-même candidat. Cherche-t-il «à intimider» une rivale? Invité sur Franceinfo ce 25 mai, Olivier Faure, premier secrétaire du parti socialiste, l’affirme.

Le ministre «n'a absolument pas à intervenir sur ce sujet», a estimé M.Faure. «On a le droit en ce pays, puisque nous sommes dans une démocratie, de prononcer un avis sur une manifestation qui s'est tenue».

Dans une interview pour Europe 1 Anne Hidalgo a également apporté son soutien à Audrey Pulvar:

«Je trouve très inquiétant que le ministre de l'Intérieur rentre de plain-pied dans une campagne électorale, dise qu'il porte plainte en diffamation contre une candidate aux régionales, alors même que les faits sur lesquels il s'appuie sont loin d'être qualifiables de diffamation et d'ailleurs qu’une partie de ces faits seraient même prescrits».

Selon celle-ci, «ce n'est pas le rôle du ministre de l'Intérieur de créer des fractures dans la société».

Pour le maire EELV de Grenoble, la manifestation devant l'Assemblée nationale n'est pas «la place d'un ministre de l'Intérieur». En estimant que Gérald Darmanin «instrumentalise» son rôle de ministre de l'Intérieur en pleine campagne des régionales, Éric Piolle a dénoncé sur Franceinfo «une volonté de brouillage de valeurs» et a demandé à Emmanuel Macron «de recadrer son ministre et de faire cesser cette fuite en avant vers un chaos et une confusion de nos institutions».

«C'est du jamais vu»

Après que Gérald Darmanin a annoncé sa participation au rassemblement organisé pour demander plus de sévérité envers les «agresseurs des forces de l'ordre», la question a surgi: un ministre peut-il se rendre à une telle manifestation?

Selon Danielle Tartakowsky, spécialiste de l'histoire des mouvements sociaux, «il est exceptionnel que des ministres descendent dans la rue pendant l'exercice de leur mandat», «c'est du jamais vu», a-t-elle indiqué, citée par Franceinfo.

Sans nier le ras-le-bol des policiers souvent agressés ces derniers temps, l'historienne estime qu'à l'approche de l'élection présidentielle une telle prise de position peut être stratégique pour le ministre.

Plainte contre plainte

«Les propos de Madame Pulvar dépassent le simple cadre d’une campagne électorale et viennent profondément diffamer la police de la République. Je porte plainte au nom du ministère de l’Intérieur», avait déclaré Gérald Darmanin sur Twitter dimanche soir.

​Le camp d’Audrey Pulvar a pour sa part dénoncé «une atteinte à la liberté d'expression d'une extrême gravité» et une «tentative d’intimidation» par le ministre de l’Intérieur, et a annoncé porter plainte à son tour.

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Anne Hidalgo, Olivier Faure, Emmanuel Macron, manifestation, police, Gérald Darmanin, France
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