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Un baromètre de la Mutuelle des forces de sécurité révèle des résultats inquiétants concernant l’état de santé psychologique de celles-ci. Christophe, porte-parole de SOS Policiers en détresse, explique pour Sputnik quelles solutions apporter pour mieux accompagner les policiers.

Alors que les suicides de policiers, couplés à l’augmentation des violences parfois mortelles, continuent de lourdement toucher la profession, Franceinfo et Le Monde révèlent lundi 7 juin un baromètre sur l’état de santé psychologique des hommes et femmes en bleu. Réalisé par la Mutuelle des forces de sécurité (MGP) sur plus de 6.000 agents, il révèle leur inquiétant état de détresse.

D’après les résultats, 40% «sont en détresse psychologique». Encore près d’un quart (24%) a envisagé de passer à l’acte, ou a entendu des collègues vouloir le faire au cours de l’année écoulée.

Sur les 25 dernières années, «plus de 1.100 policiers se sont suicidés», rappelle également l’étude, soit environ 45 par an. Ce chiffre est une constante sur le dernier quart de siècle, mais reste deux fois supérieur en comparaison au reste de la population.

Les moyens mis en place

Depuis 1996, le service de soutien psychologique de la police (SSPO) met à disposition des psychologues pour les forces de l’ordre. En avril 2019, Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur, avait mis en place la plateforme «Cellule alerte et prévention suicide» (CAPS), accompagnée d’un numéro vert. Mais pour Christophe, porte-parole de SOS Policiers en détresse, ces services sont «inadaptés».

Pour cause, son association reçoit quelque 500 appels par mois, contre une soixantaine seulement pour le numéro vert du ministère de l’Intérieur, que 80% des policiers ne rappellent pas. Or, le suivi sur le long terme est important, puisque «le risque de passage à l’acte ne s’estompe qu’au bout d’une année».

Composée de policiers et présente partout en France, SOS Policiers en détresse arrive à «créer un lien de confiance assez rapidement avec d’autres policiers», explique-t-il, ce qui aide à «libérer la parole» et à mieux les diriger par la suite vers les psychologues, soit ceux du ministère, soit ceux qui travaillent bénévolement pour l’association.

Quelles solutions?

Christophe a structuré son organisation d’après le modèle «Ensemble pour la vie» mis en place au Québec, où «des policiers répondent à des policiers». «C’est ce qui fonctionne», plaide-t-il, évoquant une baisse de 79% des suicides dans la police grâce à ce système. «On dédramatise le fait d’aller voir un psychologue, on rend ça normal», poursuit-il.

Lors du Beauvau de la sécurité du 31 mai, consacré justement aux risques psychosociaux rencontrés par les policiers, Christophe y est venu réclamer en priorité une augmentation du nombre de psychologues. «Actuellement pour 150.000 policiers en France, il y a 94 psychologues», déplore-t-il, lui qui voudrait qu’il y en ait le double.

Il souhaite également que ces professionnels soient plus «proactifs», c’est-à-dire qu’ils aillent d’eux-mêmes vers les policiers qui présentent les premiers signes de dépression ou d’épuisement.

Source du problème

Quant à savoir ce qui provoque ce sentiment de mal-être chez les agents, ce policier aux 27 années de carrière cite en premier lieu le stress post-traumatique. «Les symptômes ne sont pas forcément dus à une seule intervention, mais à une accumulation de celles-ci, aux relations à la mort violente», explique-t-il.

À ce propos, Christophe dénonce l’absence de suivi des agents de terrain dans les commissariats. «J’ai vécu énormément de situations traumatiques […] et je n’ai jamais rencontré un psychologue de ma carrière, et ça, ce n’est pas normal». Ainsi, il faudrait passer par des changements de méthode au sein même de la police, en concertation avec les autorités. «La solution, ce n’est pas les gens du dessus qui l’auront», conclut-il.

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Tags:
ministère français de l'Intérieur, psychologue, association, suicide, santé mentale, police
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