France
URL courte
Par
10185
S'abonner

Encore une année blanche pour l’hôtellerie française. Bernard Lachaux, président de l'union régionale CFE-CGC Île-de-France, analyse pour Sputnik l'état actuel du secteur et les options à considérer telles que le coworking, reconnaissant cependant qu'on est globalement «à la merci des frontières».

L'année «2021 pour les palaces, c'est mort», constate amèrement le président de l'UD75 chez Cfe-Cgc Paris Bernard Lachaux. Dépendant de la clientèle, le secteur de l'hébergement touristique n'a pas trop d'options pour sortir de la crise qui perdure. Les frontières restant pour la plupart fermées, les inquiétudes sont fortes pour les hôtes internationaux, alors que les Français choisissent plutôt un séjour chez leurs proches ou dans leurs résidences secondaires, révèle l’Insee.

«L’hôtellerie pure ne peut démarrer. Il n'y a pas de solution miracle dès que la clientèle n'arrive pas. Si les frontières ne sont pas ouvertes, il n'y a pas de solution pour les palaces», déplore Bernard Lachaux dans un entretien à Sputnik.

Toujours selon les statistiques de l'Insee, un hôtel sur cinq était ouvert en avril 2020. Les deux régions les plus touchées – par la baisse des nuitées pour la clientèle étrangère et celle d'affaires – sont l’Île-de-France et le Grand Est.

L'été dernier, l’activité touristique a été maintenue dans les hôtels, les campings et les autres hébergements collectifs touristiques, tels que les auberges de jeunesse ou les villages vacances.

«Tant qu'on n'ouvrira pas les frontières, que les Américains, que notre clientèle russe, notre clientèle internationale [n'arrivent pas], l’hôtellerie [de luxe] ne redémarrera pas. On est maintenu avec la clientèle étrangère», insiste Bernard Lachaux.

Demander des aides supplémentaires à l’État? «L’État donne déjà beaucoup», dont la prise en charge du chômage partiel ou encore des prêts garantis par l’État. Essayer «un fort marketing»? Quel intérêt si le principal client ne vient pas?

Le niveau d'avant-Covid, c'est pour quand?

«On a beau casser les prix, on a beau faire ce qu'on veut, donner un upgrade [un surclassement], ce n’est pas suffisant, il n'y a pas assez de monde», explique-t-il, car les hôtels de luxe sont «à la merci des frontières». Et puis, «vous perdez l'argent in fine».

En effet, la direction du Marriott Rive Gauche évoquait en mai «2023-2024» pour retrouver son «niveau d'avant-Covid».

Si l'on ne parle pas des palaces, «l’hôtellerie classique va faire son plein comme d'habitude», poursuit M.Lachaux. «Il ne faut pas non plus qu'on joue au catastrophisme. Tout le monde va partir en vacances et tout le monde va dépenser son argent.»

Quant aux petits établissements, ils vont tout simplement «couler» si la situation ne s'améliore pas, fait-il remarquer.

Licenciements en cascade

Outre la clientèle, c'est le problème du personnel qui complique la vie des hôtels de luxe.

«On est un métier de service – on a besoin impérativement du personnel, ce qui aujourd’hui devient une catastrophe en France parce qu'on ne peut même pas ouvrir nos terrasses et nos restaurants puisqu'on n'a pas de personnel», expose Bernard Lachaux.

L’exécutif a de son côté voulu faire «du social à haute dose», ce qui a été une «très bonne solution» au début.

Cependant, «aujourd'hui, nous les hôteliers, on cherche du personnel, mais je me mets deux minutes à la place du personnel: j'ai pas intérêt à travailler, puisque je touche presque autant d'argent que si je travaillais. C'est un danger. Le social a ses limites», pointe M.Lachaux.

L’hôtellerie de luxe a activement recouru au PSE (Plan de sauvegarde de l'emploi), ou prime de licenciement économique, et a pratiqué les départs volontaires.

Le Marriott Rive Gauche, hôtel quatre étoiles, a fermé en mars 2020. L'établissement a annoncé un PSE pour 95% de ses employés, soit 260 au total, alors que la fermeture sera maintenue jusqu'en 2024.

Le Méridien Étoile a lui informé d’une restructuration en fermant une aile qui représentait «50% des capacités d'hébergement», a précisé la direction. S'en est suivi un plan de départs volontaires (PDV) et un PSE pour 245 employés sur 478.

Le besoin d’une clientèle nouvelle

Certains hôtels, comme le Nest Paris La Défense, rénové après le confinement, s'adaptent déjà à de nouvelles attentes de la clientèle en proposant par exemple des réservations flexibles qu'il est possible d'annuler sans frais peu avant l’arrivée.

«Ces derniers mois, nous avons enregistré de beaux succès les week-ends, avec des réservations de Parisiens et de locaux à la recherche d’un cinq étoiles à un prix intéressant», constate Marion Jourdan, chargée de communication de l’hôtel, auprès de La Gazette de la Défense.

Avec les JO 2024, elle espère retrouver le niveau d'avant-crise vers ou avant cette date.

Transformation en coworking?

D'autres hôteliers, comme Pullman du groupe Accor, se penchent sur l'option de transformer leurs chambres en bureaux privés ou coworking pour atteindre une nouvelle clientèle.

Ainsi, Pullman propose des «bureaux ponctuels, pour une journée ou une demi-journée» et compte transformer entre trois et quatre chambres «pour les sociétés en recherche de bureaux pour le plus long terme», explique à La Gazette de la Défense Juliette Peron, directrice de l’hôtel.

«Une bonne question» face à laquelle Bernard Lachaux recommande d’être prudent: «Déjà dans Paris il y a plein d'immeubles qui font des bureaux pour des gens qui se réunissent pour des sociétés. On ne fait que copier ce qui existe déjà dans un modèle différent dans les hôtels».

Puis, quand la pandémie recule, «le business redémarre tout seul», sans effort, rappelle-t-il.

Lire aussi:

La France constate une forte baisse du nombre de nouveaux cas quotidiens de Covid-19
Troisième dose de vaccin: «Cela fait partie du plan de développement économique et actionnarial des labos»
La politique vaccinale en France «fait assez sourire en Belgique», selon un épidémiologiste
Tags:
hôtel, hôtellerie, chambre d'hôtel, bureau, France, clients
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook