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Le gouvernement a annoncé que la vaccination serait rendue obligatoire pour le personnel soignant en septembre si le seuil des 80% de primo-vaccinés n’était pas atteint d’ici là. Une décision «inévitable» pour le médecin urgentiste Patrick Pelloux, qui estime que la prochaine étape est la vaccination obligatoire pour tous.

«On ne va pas pouvoir échapper à la vaccination obligatoire pour tous: si jamais ce virus mute à nouveau, ce sera épouvantable», avertit Patrick Pelloux au micro de Sputnik.

Le médecin urgentiste est formel: la vaccination obligatoire pour le personnel soignant, «inévitable» selon lui, est un premier pas vers une vaccination obligatoire pour tous. Ce mercredi 30 juin, Jean Castex a annoncé au Sénat le lancement, «dans les jours qui viennent», d’une consultation avec les associations d’élus locaux et les présidents de groupes parlementaires sur la question de la vaccination des soignants. «Je suis comme tous les Français, choqué quand on voit l’épidémie se réintroduire par l’entremise de celles et ceux dont c’est la vocation de protéger et de soigner. Ce n’est pas admissible!», s’est exclamé le Premier ministre en séance. Dans les Landes, la chaîne de contamination a permis de faire remonter l’apparition d’un cluster du variant Delta à partir d’un Ehpad. Suffisant pour incriminer l’ensemble du personnel soignant réfractaire au vaccin, si l’on en croit le chef de l’exécutif.

​L’objectif du gouvernement est d’injecter au moins une dose à «80 % des professionnels des Ehpad et des établissements de santé» d’ici au mois de septembre, selon une lettre des ministres Olivier Véran et Brigitte Bourguignon adressée aux directeurs d’hôpitaux et de maisons de retraite. «À défaut, nous ouvrirons la voie d’une obligation vaccinale pour les professionnels de santé», préviennent le ministre de la Santé et des Solidarités et la ministre de l’Autonomie. «Avec le Covid, comme pour la polio ou le tétanos autrefois, il ne faut pas se poser de question. On a la chance d’avoir un vaccin efficace, il faut l’utiliser», approuve Patrick Pelloux, président de l’association des Médecins urgentistes de France (AMUF).

«Défiance institutionnelle contre le vaccin en lui-même»

À l’heure actuelle, seuls 55% des professionnels dans les Ehpad et les unités de soins de longue durée (USLD) ont reçu au moins une dose de vaccin. Un chiffre «insuffisant», selon Olivier Véran. «Ce n’est pas une situation normale au regard de la fragilité des résidents [des Ehpad, ndlr] dans un contexte de menaces liées à l’apparition et à la diffusion de certains variants préoccupants», estime le ministre dans son courrier.

Selon un document interne de la direction de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) consulté par Le Monde, le fossé se creuse entre les médecins et les infirmiers et aides-soignants en matière de couverture vaccinale. Le taux de première injection passe désormais quasiment du simple au double: au 11 juin, 91% du personnel médical (médecins internes et externes) de l’AP-HP avaient reçu au moins une dose depuis le 1er janvier, contre 54% du personnel dit non médical (infirmiers, aides-soignants, personnels de rééducation, médico-techniques ou socio-éducatifs, etc.).

«Cette différence entre le monde libéral et le monde hospitalier est incompréhensible», souffle Patrick Pelloux. Pour le médecin urgentiste du SAMU de Paris, s’il y a incontestablement «une défiance institutionnelle contre le vaccin en lui-même», il est urgent de «protéger les soignants» face au virus. «Un certain nombre d’entre eux sont décédés de la maladie. J’ai moi-même perdu des collègues urgentistes», témoigne notre interlocuteur.

Dans un avis rendu le 24 juin, le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale (COSV) se montre désormais favorable à la vaccination obligatoire pour les soignants. Présidé par Alain Fischer, désigné «M. Vaccin» du gouvernement, le comité considère que «la justification et la légitimité de l’obligation vaccinale de l’ensemble des professionnels des secteurs sanitaire et médico-social sont claires et doivent être reconnues». Depuis le début de l’épidémie, environ 70.000 soignants ont contracté le Covid-19 en France… pour 19 décès depuis le début de la crise sanitaire, selon les chiffres remontés par Santé publique France.

Quelles mesures de rétorsion pour les soignants réfractaires?

Reste une question en suspens: comment contraindre les professionnels de santé à la vaccination s’ils refusent catégoriquement de s’y plier? En Italie, où seulement 2,19% du personnel soignant n’a pas reçu au moins une dose de vaccin selon les données gouvernementales, les soignants réfractaires peuvent être rétrogradés dans leurs fonctions, sanctionnés financièrement avec une retenue sur leur salaire, voire contraints de poser des jours de congés en attendant de changer d’avis. Une solution radicale que préfère exclure Patrick Pelloux pour le moment, alors que les hôpitaux sont déjà en tension et que le personnel manque cruellement:

«Il y a un tour de vis à donner avant de parler de mesures de rétorsion. Il faut avant tout faire de la pédagogie», plaide le médecin urgentiste.

Mais l’enjeu est plus que jamais sur la table, alors que la menace du variant Delta, qui représente désormais 20% des cas de nouvelle contamination au Covid-19 selon Olivier Véran, se fait de plus en plus pressante. Soit 491 cas sur les 2.457 tests positifs remontés le 30 juin par Santé publique France. «Les soignants ne peuvent pas travailler s’ils ne sont pas vaccinés contre la diphtérie, le tétanos, l’hépatite B, etc. Il faut faire pareil avec le Covid», tranche Patrick Pelloux. Le président de l’AMUF va même plus loin et estime que la vaccination doit être rendue obligatoire «pour tout le monde». «Le libre arbitre de chacun s’arrête là où commence celui des autres», argue-t-il. Quand on lui fait remarquer que les effets indésirables du vaccin ne peuvent être totalement exclus, l’urgentiste oppose:

«Avec les dizaines de millions de personnes vaccinées depuis six mois, s’il y avait dû y avoir un scandale sanitaire lié au vaccin, croyez-moi, il aurait déjà eu lieu! Plus le temps avance et plus on est sûrs de ce vaccin», martèle-t-il.
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Jean Castex, Olivier Véran, Emmanuel Macron, hôpital, vaccination, Pfizer, Janssen Covid-19, vaccin de Johnson&Johnson, Moderna, AstraZeneca, Sanofi, soignants, médecine, Conseil national de l'ordre des médecins, passeport sanitaire, pro-vaccin, anti-vaccins, Haute autorité de santé (HAS)
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