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Pointant plusieurs «zones d’ombre» persistant quant à la guerre d’Algérie, le député LR Julien Aubert souhaite que la France «solde ces blessures […] avec un dédommage réel», alors qu’Emmanuel Macron tente de «réconcilier les mémoires» entre les deux peuples.

Alors qu’Emmanuel Macron procède à une série d’«actes symboliques» visant à «réconcilier les mémoires» entre Français et Algériens, le député LR estime que cette histoire est une «question de justice».

Dans la Matinale sur CNews, il a jugé que l’historien Benjamin Stora avait une vision «assez partielle» de la guerre d’Algérie, pointant à ce titre «beaucoup de zones d’ombre» dans cette histoire:

«Notamment le drame des harkis. On pourrait aussi parler de l’accueil qui a été fait aux pieds noirs. Et je crois qu’on doit définitivement solder ces blessures et que la France reconnaisse véritablement sa responsabilité avec un dédommagement réel l'an prochain».

Une «indemnisation spéciale» pour les harkis

Dans une tribune publiée dans le Journal du Dimanche (JDD) le 4 juillet à l’approche des 60 ans des accords d’Évian résultant des négociations entre les parties française et algérienne à l’issue de la guerre d’Algérie, Julien Aubert, de concert avec 32 députés Les Républicains, demande au Président de verser aux harkis «une indemnisation spéciale», laquelle s’ajouterait à l’allocation spéciale qui est déjà en place.

«La France doit faire un geste fort de reconnaissance envers les descendants de ceux qui ont donné leur vie ou qui se sont engagés pour elle», insistent les députés.

Ces accords d’Évian, qui seront commémorés en mars prochain, «ont malheureusement été suivis d’une période de violences accrues» ayant coûté la vie à «entre 50.000 et 70.000 harkis assassinés en représailles de leur engagement» pour la France, poursuivent-ils.

Rapport Stora

Après avoir colonisé l’Algérie pendant une centaine d’années, jusqu’au 5 juillet 1962 et la proclamation d’indépendance du pays, la France tente désormais de normaliser les relations bilatérales.

Cette année, Emmanuel Macron, premier Président français né après la guerre en question, a notamment reconnu, «au nom de la France», que l'avocat et dirigeant nationaliste Ali Boumendjel avait été torturé et assassiné par l'armée française et a décidé de faciliter l'accès aux archives classifiées sur la guerre d'Algérie.

La reconnaissance de ce crime s’inscrit dans la série des préconisations du rapport de l’historien Benjamin Stora visant à résoudre les tensions autour de la mémoire de ce conflit. Remis le 20 janvier, le document a entraîné de vives critiques dans les deux pays, en particulier pour ne pas avoir exhorté Paris à des excuses pour la colonisation.

«La mémoire fracturée, c’est celle des pieds noirs, celle des harkis, celle des appelés du contingent, celle des militaires français, celle des Algériens venus ensuite en France, celle des enfants de cette migration, celle des binationaux», déclarait au mois d’avril le Président auprès du Figaro.

Plaidant début juin pour une «mémoire apaisée, reconnue» entre son pays et la France, le Président algérien Abdelmadjid Tebboune a salué les gestes d’Emmanuel Macron:

«Macron a toute mon estime. C'est le plus éclairé d'entre tous. Les autres Présidents avaient tous une histoire avec l'Algérie».

Un tollé

Avant d’être élu Président, Emmanuel Macron avait déjà abordé le sujet sensible de la colonisation de l’Algérie.

En visite dans le pays en 2017 alors qu'il était candidat, il a qualifié la colonisation de «crime contre l’humanité» et de «vraie barbarie».

«La colonisation fait partie de l’histoire française […], de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes».

Il a par ailleurs tenu à souligner que «les expatriés, les pieds-noirs, comme d’aucuns emploient le terme, [avaient] une autre vision de la colonisation»

«Je ne m’y retrouve pas, parce qu’elle nie les crimes qui ont été commis. Mais on ne peut pas leur dire “vous n’avez rien été, vous étiez simplement des criminels”, parce qu’ils ont leur histoire intime avec l’Algérie. Donc, on doit savoir faire vivre, tresser ces mémoires, tout en reconnaissant la responsabilité de l’État français.»

Des propos qui ont déclenché un tollé, aucun responsable français n’étant allé jusqu'ici si loin en parlant de cette sombre page de l’histoire. Et une rhétorique que la plupart des personnalités politiques françaises ont dénoncée.

Gérald Darmanin (LR à l’époque) estimait qu’Emmanuel Macron «insult[ait] la France à l’étranger», quand Christian Estrosi jugeait qu’il «discrédi[tait] la grande histoire de France».

«Y a-t-il quelque chose de plus grave, quand on veut être président de la République, que d’aller à l’étranger pour accuser le pays que l’on veut diriger de crime contre l’humanité?» se demandait à l’époque Marine Le Pen.

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Tags:
Emmanuel Macron, Algérie, guerre d'Algérie (1954-1962), Julien Aubert, colonisation, tribune
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