France
URL courte
Par
14216
S'abonner

Côté LR, 2022 est en vue, mais dans le flou. Cinq candidats se sont accordés sur le principe d’une candidature unique. Problème: le mieux placé dans les sondages, Xavier Bertrand, refuse de se plier à un processus de sélection. Pour Stéphane Le Rudulier et Éric Pauget, élus LR, le président des Hauts-de-France doit à tout prix rentrer dans le rang.

«L’enjeu, c’est de trouver la formule adéquate pour éviter la division de notre famille politique», résume Stéphane Le Rudulier, sénateur Les Républicains des Bouches-du-Rhône.

Une situation bien délicate, malgré les récents succès du parti de centre droit aux régionales. Ce mardi 20 juillet à Paris, cinq candidats potentiels de la droite à l’élection présidentielle ont acté le principe d’un candidat unique en vue de 2022. Parmi eux, on retrouve Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, Michel Barnier, ex-négociateur du Brexit, Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, et Philippe Juvin, chef de service des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou.

«Tous les cinq sont dans une démarche de rassemblement, ils veulent jouer collectif», se félicite à notre micro Éric Pauget, député LR des Alpes-Maritimes et soutien de Valérie Pécresse. Mais tout ne se résume pas à ce club des cinq. Un nom manque en effet à l’appel: un certain Xavier Bertrand, réélu président des Hauts-de-France en juin dernier. Ce dernier avait claqué la porte du parti en 2017. Or, s’il s’est porté candidat en avril dernier, le Nordiste, exalté par son score aux régionales, a d’ores et déjà exclu de participer à une éventuelle primaire de son camp.

Tout reste à faire, donc. Le principe même d’une primaire n’a pas encore été arrêté. Le parti a fixé le 25 septembre comme date butoir pour que les candidats potentiels s’entendent sur un système de désignation. Si les aspirants chefs d’orchestre ne parviennent pas à accorder leurs violons, un congrès élaborera à l’automne un processus de sélection.

«Si on a deux ou trois candidats, on y va pour faire 5% chacun»

Un processus complexe, mais qui ne serait qu’un petit prix à payer pour épargner une débâcle au centre droit:

«Si Xavier Bertrand sait faire un peu de calcul arithmétique, il va très vite s’apercevoir qu’un candidat supplémentaire de la droite républicaine ferait échouer tout le monde, y compris lui-même. Tout le monde a intérêt à trouver un système qui permette d’avoir un seul et unique candidat LR pour 2022.»

«Si Xavier Bertrand continue à s’isoler dans cette position, il apparaîtra comme un diviseur», complète son collègue Éric Pauget. Si le choix de Xavier Bertrand de ne pas participer à la rencontre des candidats LR était attendu, l’ancien ministre du Travail de Nicolas Sarkozy a toutefois accepté de rencontrer ce mercredi 21 juillet le patron de LR, Christian Jacob, le maire d’Antibes, Jean Leonetti –le Monsieur Primaire des Républicains–, et le président du Sénat, Gérard Larcher. Rien n’est ressorti de cette entrevue, si ce n’est un communiqué assurant que «le dialogue va se poursuivre durant l’été» et qu’«il est convenu de se retrouver début septembre pour une nouvelle rencontre». Le président des Hauts-de-France finira-t-il par accepter le principe d’une primaire? Stéphane Le Rudulier y croit:

«Xavier Bertrand s’est déjà mis en marge de sa famille politique; si on veut demander le soutien de cette même famille, il faut peut-être quand même faire un geste vers elle. Je pense qu’il finira par le faire dans les semaines qui viennent», ose espérer le sénateur provençal.

Pour Éric Pauget, le parti n’a de toute façon pas d’autre choix que de compter sur un ralliement de Xavier Bertrand si la droite républicaine veut reprendre le pouvoir en 2022. L’hypothèse d’un maintien de Bertrand additionné à une candidature LR serait pour le député LR «un scénario catastrophe». «Si on a deux ou trois candidats, on y va pour faire 5% chacun. J’espère que la raison va l’emporter et que Xavier Bertrand finira par rentrer dans le jeu», lance Éric Pauget.

Pas d’«enthousiasme extraordinaire autour de Xavier Bertrand»

Reste à savoir de quelle manière cette primaire LR serait organisée, en admettant qu’elle ait lieu un jour. Dans une tribune parue dans Le Figaro le 5 juillet dernier, Laurent Wauquiez,  Valérie Pécresse, Bruno Retailleau et Hervé Morin, président centriste de la région Normandie, plaidaient pour «une primaire ouverte de la droite et du centre» afin d’éviter une «compétition sauvage et les aventures solitaires». «Il faut d’abord rassembler sa famille politique avant de rassembler le plus largement possible», approuve Stéphane Le Rudulier. «Vu la situation actuelle, il nous faut un système qui nous permette d’avoir un candidat unique au bout du processus», ajoute Éric Pauget, qui en profite pour égratigner Xavier Bertrand au passage:

«Si on avait un candidat qui s’impose avec autorité comme à l’époque des Chirac et des Sarkozy, la question ne se poserait pas. Je ne trouve pas que Xavier Bertrand ait plié le match, alors qu’il s’est déclaré avant tout le monde. Je ne sens pas non plus un enthousiasme extraordinaire autour de lui.»

En 2016, lors de la première primaire de la droite et du centre organisée par LR, l’ensemble des électeurs inscrits sur les listes électorales pouvait voter pour l’un des sept candidats déclarés. Échaudé par l’échec de François Fillon, vaincu dès le premier tour en 2017, Stéphane Le Rudulier espère de son côté «une primaire bien plus resserrée» cette fois.

​Pour Éric Pauget, en revanche, «l’exercice de la primaire en 2016 a été une réussite». «On est allés au bout du processus. Il n’y a pas eu de fraude. Ça a rapporté de l’argent au parti et on est sortis avec un candidat nanti d’une forte légitimité puisqu’il y a eu plus de quatre millions de participants. Les problèmes survenus ensuite avec la candidature de François Fillon sont d’un autre ordre.» Rebelote pour 2022, donc? Selon Le Monde, la direction de LR est de son côté réservée à l’idée d’organiser une primaire, synonyme selon elle de «machine à perdre». À partir du 30 août, l’IFOP réalisera une enquête auprès de 15.000 électeurs pour tester l’image des candidats de droite déclarés. «J’ai bien peur que cette étude ne soit pas foncièrement différente de ce qu’on voit actuellement dans les sondages», soupire Éric Pauget. Pire, pour Stéphane Le Rudulier, les derniers résultats électoraux ont montré les limites de la fiabilité des sondages:

«Les sondeurs se sont énormément trompés ces derniers mois. C’est surtout le calcul de la participation qui fausse le résultat des sondages. Lors des régionales, on a bien vu que l’abstention était très difficile à anticiper.»

Une chose est sûre: les intrigues de coulisses ne sont pas près de s’interrompre du côté de la rue de Vaugirard. Dans les colonnes du Parisien, le 19 juillet dernier, Xavier Bertrand résumait ainsi les choses: «Le plus déterminé est celui qui tourne le volant au dernier moment.» Et si personne ne se détourne, le face-à-face mortel?

Lire aussi:

Un film américain anti-avortement diffusé par C8 suscite une polémique, deux doubleurs refusant de participer
Une voiture percute une terrasse à Paris, faisant au moins un mort et plusieurs blessés
Une réforme cruciale de la justice italienne approuvée par le gouvernement
Tags:
sondages, Ifop, Régionales 2021 en France, Présidentielle française 2022, François Fillon, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, Gérard Larcher, primaire Les Républicains, Les Républicains (LR), Damien Abad, Christian Jacob, Philippe Juvin, Bruno Retailleau, Michel Barnier, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook