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Au cœur de la stratégie gouvernementale, la vaccination pourrait montrer ses limites face au variant Delta. Si elle permet de lutter contre les formes graves, les vaccinés risquent eux aussi la contamination en l’absence de mesures de protection, selon l’Institut Pasteur. Le virologue Hervé Fleury analyse les raisons d’un tel phénomène.

«Il faut prendre au sérieux ces projections, tout est à prendre en considération», prévient d’emblée Hervé Fleury, virologue et professeur émérite au CNRS et à l’université de Bordeaux.

Dans de nouvelles modélisations de l’évolution de l’épidémie de Covid-19, l’Institut Pasteur a mis en garde contre un possible allègement des mesures sanitaires. Une stratégie qui pourrait conduire «à un stress important sur le système de santé». En cause, la «haute transmissibilité» du variant Delta, qui donnerait lieu à «des formes plus sévère» de la maladie, expliquent les auteurs de l’étude.

Bien que la couverture vaccinale continue de s’étendre en France, cette dernière pourrait échouer à contenir une nouvelle vague épidémique. Car si les chercheurs soulignent que les vaccins «restent très efficaces contre les formes sévères», la protection vaccinale contre l’infection diminue face au variant Delta. Selon une étude de la Clinic Mayo, les vaccins à ARN message auraient perdu en efficacité entre les mois de janvier et juillet. Ainsi pour Moderna, la protection est passée de 86% à 76%, et de 76% à 42% concernant le sérum de Pfizer.

Efficacité des vaccins contre le variant Delta
© Sputnik
Efficacité des vaccins contre le variant Delta

Autant d’éléments qui ont donc poussé l’institut à revoir son «scénario de référence» pour l’automne prochain: «Nous faisons l’hypothèse que le nombre de reproduction de base R0 [nombre de personnes moyen qu’un malade peut infecter, ndlr] est égal à 5 (contre R0=4 dans l’analyse de juin), que le risque d’hospitalisation augmente de 50% pour les personnes infectées par le variant Delta et que la vaccination diminue le risque d’infection de 60% pour le variant Delta (contre 80% dans l’analyse de juin)», détaillent les chercheurs.

Les vaccins efficaces, mais pas infaillibles

Par ailleurs, pour construire cette hypothèse, ces derniers ont tablé sur une couverture vaccinale de 70% chez les 12-17 ans, 80% chez les 18-59 ans et 90% chez les plus de 60 ans (contre 30%-70%-90% dans l’analyse de juin). «Nous continuons à faire l’hypothèse que la vaccination réduit le risque d’hospitalisation de 95% et le risque de transmission si une personne vaccinée est infectée de 50%», précisent-ils encore.

Même neuf personnes de plus de 60 ans vaccinées sur dix ne suffiraient pas à préserver le système de soins, estime l’Institut Pasteur. En effet, ces dernières représentent 3% de la population, mais constitueraient 43% des hospitalisations. Les non-vaccinés ne seraient pas les seuls fautifs: les chercheurs avancent qu’à peu près la moitié des infections auront lieu chez des personnes vaccinées, alors que ce groupe représente plus de 70% de la population.

​Hervé Fleury ajoute qu’il faut observer ce qu’il se passe avec la grippe: «lorsque vous vaccinez une population contre la grippe, au-delà de 65 ans, vous avez moins de 50% des gens qui acquièrent une protection».

«On peut imaginer que parmi les gens de plus de 65 ans que l’on a vaccinés contre SARS-CoV-2, un certain nombre vont, malgré le fait d’avoir reçu deux doses, être sensibles au virus, et le cas échéant développer une pathologie. Donc des gens qui sont vaccinés, mais insuffisamment protégés à cause de leur âge, ou pour certains, car immunodéprimés», indique le virologue.

D’où l’intérêt, selon lui, de proposer une troisième injection à cette population afin de «faire remonter leurs défenses immunitaires».

​Par ailleurs, Hervé Fleury rappelle que le principe même des vaccins utilisés actuellement explique leur l’efficacité moindre face aux contaminations:

«On sait que la vaccination par injection génère ce que l’on appelle des immunoglobulines-G dans le sang. Elle est moins efficace que les vaccins qui seraient déposés au niveau des muqueuses respiratoires. Mais elle permet d’éviter les complications graves», décrit Hervé Fleury.

Ainsi, les vaccins anti-Covid 19 disponibles en Europe produisent in fine des anticorps Igg et Igm qui sont neutralisants, mais n’empêchent pas le virus d’entrer dans le corps, l’infection se faisant par voies respiratoires supérieures (bouche et nez) pour ensuite rejoindre les poumons.

L’immunité muqueuse pour vaincre l’épidémie?

Alors pour réduire les risques de contamination, il faudrait des vaccins à utiliser localement, permettant de développer des anticorps IGA, situés dans les muqueuses (bronchiques et ORL). Ce qui aurait pour incidence de «neutraliser le virus à l’entrée de l’épithélium [tissu cellulaire en une ou plusieurs couches formant une membrane protectrice à la surface des muqueuses, nldr]», assure Hervé Fleury.

​Des vaccins de ce type sont d’ailleurs à l’étude dans le monde. C’est notamment le cas du vaccin Spoutnik V sous une forme administrée par le nez. Le brevet ayant été accordé, les essais cliniques devraient commencer fin 2021 ou début 2022. Le centre russe de virologie et de biotechnologie Vektor, qui a élaboré l’EpiVacCorona, a annoncé fin mars qu’il se préparait à développer une version intranasale de ce dernier. Mentionnons aussi celui de l’Université de Tours-INRAE, qui travaille sur un projet du même type depuis juin 2020.

Surveiller étroitement l’apparition de nouveaux variants

L’Institut Pasteur rappelle donc pour éviter une hausse du nombre de cas, l’importance pour les personnes vaccinées de continuer à «respecter les gestes barrières» et à «porter un masque pour se protéger de l’infection et éviter de contaminer leurs proches». Des recommandations que partage Hervé Fleury:

«Même vacciné efficacement, je peux être porteur du virus pendant quelques jours. On peut avoir des synthèses virales qui sont aussi importantes qu’un non-vacciné, mais qui sont plus courtes: deux à trois jours contre cinq à sept jours pour quelqu’un qui n’est pas vacciné. Donc porter le masque est quand même aussi utile, au moins jusqu’à la fin de l’année.»

Un paradoxe donc, puisqu’avec la mise en place du pass sanitaire, le port du masque est facultatif pour les clients des lieux soumis à ce dispositif.

En outre, toujours pour contenir une éventuelle cinquième vague, le virologue suggère de surveiller s’il «ne va pas y avoir une prolifération virale chez les enfants entre 0 et 12 ans», car «ils ne sont pas vaccinés». Hervé Fleury appelle également à porter une attention particulière aux nouveaux variants qui pourraient arriver de l’étranger. En effet, des mutations «peuvent être générées sur des continents où il n’y a pas de vaccination qui a été entreprise, comme en Afrique par exemple».

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