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    Tunisie: risque de déstabilisation suite à la démission du gouvernement (experts)

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    La démission du gouvernement tunisien et la formation d'un nouveau cabinet technique ne permettront pas de stabiliser la situation dans le pays, où les protestations de l'opposition ont commencé mercredi, estiment les experts interrogés par RIA Novosti.

    La démission du gouvernement tunisien et la formation d'un nouveau cabinet technique ne permettront pas de stabiliser la situation dans le pays, où les protestations de l'opposition ont commencé mercredi, estiment les experts interrogés par RIA Novosti.

    La vague de manifestations antigouvernementales s'est levée en Tunisie après l’assassinat de Chokri Belaïd, activiste de l'opposition et leader du parti des patriotes démocrates. Le premier ministre Hamadi Jebali a annoncé jeudi la dissolution du gouvernement et la formation d'un nouveau cabinet technique qui travaillera jusqu'aux élections. Toutefois, il n'a encore révélé aucun nom ni la date des futures élections.

    "Cela prendra du temps et se soldera très probablement par la répression des Tunisiens laïques par les islamistes. C’est toujours le cas, peu importe que ce soit en Iran comme actuellement, en Irak ou dans d'autres pays comme l'Egypte. Mais cela sera plus lent qu'en Egypte car la Tunisie est un pays aux racines très laïques", a déclaré jeudi Evgueni Satanovski, président de l'Institut du Proche-Orient.

    Selon l'expert, il est difficile de dire si la confrontation entre les islamistes et les sécularistes dégénérera en guerre civile "comme c'est sur le point de se passer en Egypte" mais les attaques contre les points de vente d'alcool et des endroits où les femmes ne portent pas de "tenue islamique" se poursuivront à coup sûr. "Il n'y a aucune raison d’être optimiste. En arriver à l'assassinat d'un leader de l'opposition laïque en dit déjà long", a-t-il fait remarquer.

    L'expert suppose que la dissolution du gouvernement par le premier ministre ne permettra pas de renverser la situation. "Peu importent ses propos : il dit ce qu'il doit dire. Mais il existe certaines tendances claires : quand un rat rencontre un lapin, le lapin ne peut vivre à cet endroit et là où les islamistes font pression sur les laïques, les laïques sont toujours perdants. Il n'existe aucune alternative", conclut Satanovski.

    Elena Souponina, directrice de recherches sur l'Asie et le Proche-Orient à l'Institut russe d'études stratégiques, pense également que la période d'instabilité se poursuivra dans la majorité des pays arabes confrontés au printemps arabe.

    Cette vague a été rapidement suivie d'un automne car les problèmes socioéconomiques n’ont pas disparu pour autant. Ils sont tellement profonds en Tunisie et en Egypte qu'il sera impossible de les régler en un an ou deux. Je crains qu'on ne puisse pas les résoudre dans les prochaines années", a-t-elle déclaré à RIA Novosti.

    Selon elle, des gouvernements se succèderont, de nouvelles organisations islamistes apparaitront et penseront régler les problèmes du pays simplement par une redistribution des richesses.

    "Mais pour l'instant, aucun parti politique en Tunisie ou en Egypte n'a proposé de programme clair pour régler les nombreux problèmes accumulés depuis des décennies : l'instabilité, l'appauvrissement de la majeure partie de la population, l'augmentation du taux de chômage et la hausse de la violence, des meurtres - y compris des personnalités politiques - ainsi que les tentatives de putsch", ajoute-t-elle.

    Selon elle, le premier ministre tunisien est bien conscient du problème : il faut régler les problèmes socioéconomiques et relancer l'économie.

    "Des spécialistes techniques peuvent résoudre ce problème mais ce sera très difficile. On ne règle pas ce genre de questions par un coup de baguette magique - cela demande du temps. La population continuera d’être mécontente et je crains que le gouvernement technique ne tienne pas longtemps", conclut-elle.

    Vladimir Sotnikov, expert à l'Institut d'études orientales, pense que la situation actuelle en Tunisie pourrait être due aux islamistes eux-mêmes.

    "Les émeutes n'ont pas été simplement provoquées par l'assassinat en soi mais inspirées par les islamistes pour pousser le gouvernement à démissionner afin qu’un cabinet technique prenne sa place, ne puisse par remplir ses fonctions et que surgisse un nouveau chaos dans le pays. Dans ce cas, la situation rappellerait davantage celle qu'on observe en Egypte", fait-il remarquer.

    Selon lui, les événements en Tunisie sont un signal alarmant : ce genre de situations se produira dans d'autres pays du printemps arabe, notamment en Libye.

    "Quant à la Tunisie, si le gouvernement technique ne parvenait pas à maîtriser la situation et les émeutes, le pays connaitrait effectivement une situation de chaos dont les islamistes profiteraient", a souligné l'expert.

    La Tunisie était le premier Etat de la chaîne des pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient à être frappé par le "printemps arabe".

    Les émeutes ont commencé en Tunisie en décembre 2010-janvier 2011, contre le régime du président Ben Ali au pouvoir depuis plus de 14 ans. Le printemps arabe a été déclenché par l'immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, 26 ans, de Sidi Bouzid. Sous la pression des manifestations populaires, Ben Ali avait quitté le pays pour se réfugier en Arabie saoudite.

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