Ecoutez Radio Sputnik
    Production de pétrole

    Iran: la vie après les sanctions

    © AP Photo / Hasan Jamali
    International
    URL courte
    0 253
    S'abonner

    Le succès des négociations sur le programme nucléaire iranien aura un sérieux impact sur l'économie nationale, régionale et internationale. On sait déjà qui en tirera davantage de profit, estiment les experts interrogés par Sputnik Persian.

    Selon Sajjad Thayer, commentateur politique du site d'information iranianpolicy.net, les pays de l'UE et probablement de l'Asie du Sud-Est pourraient accéder à de nouvelles sources d'hydrocarbures et à un nouveau grand marché:

    "En cas de levée des sanctions, l'économie iranienne s'ouvrira non seulement à ses partenaires traditionnels du Moyen-Orient et d'Europe, mais deviendra également accessible aux pays d'Asie du Sud-Est: les liens commerciaux avec la Chine s'élargiront. Nous constaterons avant tout une hausse significative des exportations de pétrole iranien."

    En parlant du pétrole iranien: selon l'agence de presse iranienne IRIB, l'Iran détient plus de 20 millions de barils de pétrole brut à bord de cargos pétroliers lourds bloqués dans les ports iraniens à cause des sanctions occidentales encore en vigueur contre les exportations de pétrole. Selon certains analystes, le pétrole chargé dans les cargos sera envoyé aux consommateurs immédiatement après l'accord sur le programme nucléaire iranien résultant des négociations avec les puissances mondiales, après quoi les sanctions économiques contre l'Iran seront progressivement levées. Selon l'institut Thomson Reuters, le mois dernier 14 pétroliers lourds étaient en attente, dont neuf étaient complètement chargés en pétrole brut, et les autres à environ 60%. De plus, l'Iran loue des réserves pétrolières en Chine où est également stocké le pétrole iranien.

    Il ne reste plus qu'à s'entendre avec les Six. Pour l'instant, les cours pétroliers continuent de chuter en l'attente d'une décision préliminaire sur le programme nucléaire iranien, ce qui pourrait conduire à l'assouplissement des sanctions et faire entrer davantage de pétrole iranien sur le marché mondial. Toutefois, certains experts iraniens pensent que la levée des sanctions aurait de sérieuses conséquences pour l'économie iranienne, mais pas sur celle de la région. Celle-ci est définie par d'autres facteurs, dont le cours pétrolier dépendra, déclare Reza Hojat-Shamami, politologue et membre du Centre de recherche sur les problèmes de l'Eurasie:

    Négociations à Lausanne
    © REUTERS / Brendan Smialowski/Pool
    "L'Iran vit sous le coup des sanctions internationales depuis 1979. Mais les événements des dernières années ont significativement influé sur la conjoncture intérieure et sur la région. Le plus important est la dépendance de l'économie du pays envers le déroulement des négociations sur le programme nucléaire iranien. En cas d'accord entre toutes les parties, des changements positifs attendent l'économie iranienne à très court terme, et à long terme il faut s'attendre à une baisse des prix sur les produits nationaux.

    Même chose pour le secteur énergétique et les projets de coopération incluant l'Iran. La levée des sanctions pourrait contribuer au rétablissement de nombreux secteurs économiques affectés par ces mesures. Quant au changement de cours pétrolier, il dépend de nombreux autres facteurs. L'un d'eux: les événements au Moyen-Orient, y compris les rebellions au Yémen, qui pourraient frapper toute la région et affecter significativement les cours. Géographiquement une grande partie des pays exportateurs de pétrole se trouve dans cette région. Mais dans l'ensemble, d'après moi, si les parties arrivaient à une entente finale, notamment si les sanctions internationales étaient levées contre l'Iran, à long terme cela n'aurait pas d'incidence considérable sur les tarifs du marché pétrolier."

    A l'approche de l'annulation des sanctions, l'Iran étudie également les possibilités d'exportation de gaz naturel. En automne dernier, à New York, dans les couloirs de l'Assemblée générale de l'Onu, le président iranien Hasan Rohani a déclaré à son homologue autrichien Heinz Fischer qu'à la lumière du conflit gazier russo-ukrainien, qui pourrait entraîner des perturbations dans les approvisionnements de gaz russe en UE, l'Iran pouvait proposer à l'Europe une "source de gaz fiable" au grand potentiel. "Nous sommes prêt à mettre en place un itinéraire pour transporter le gaz naturel en Europe via l'Autriche", a déclaré le président iranien.

    Le vice-ministre iranien du Pétrole Ali Majedi parlait déjà en 2014 de la disposition de l'Iran à envoyer du gaz en Europe. Étant donné que le Vieux continent aspire à diversifier ses fournisseurs d'hydrocarbures, l'Iran pourrait satisfaire une partie des besoins des consommateurs européens en gaz, expliquait alors le vice-ministre. Ce dernier a annoncé que les Européens avaient évoqué avec les Iraniens divers itinéraires pour livrer en Europe du gaz iranien. Après l'assouplissement des sanctions unilatérales contre Téhéran, l'Iran et les partenaires européens devraient définir les options pour régler ce problème, a-t-il indiqué.

    Bien que l'Iran n'ait pas développé ses capacités d'exportation de gaz, selon les estimations des experts le potentiel de hausse de la production gazière dans le pays est conséquent: jusqu'à 215 milliards de mètres cubes d'ici 2020, ce qui permettra à l'Iran d'exporter jusqu'à 35 milliards de mètres cubes de gaz par an. Ces estimations n'ont pas échappé à Bruxelles, qui cherche depuis longtemps une alternative au gaz russe. Ce dernier assure en effet le tiers des besoins de l'UE (163 milliards de mètres cubes en 2013). Mais les événements en Ukraine et les sanctions euro-américaines contre la Russie ont accéléré la recherche de nouvelles sources d'hydrocarbures. L'UE a noté officieusement que l'Iran faisait partie des principales priorités, comme l'une des mesures à moyen terme qui permettrait de réduire la dépendance envers les fournitures de gaz russe. Le gaz iranien peut facilement arriver en Europe: il suffit de le vouloir.

    Selon les calculs des analystes, la mise en place de conditions permettant les fournitures de gaz iranien à grande échelle en Europe demandera jusqu'à 8 ans à partir du moment où les sanctions contre l'Iran seront levées. Alors que la situation concernant le transport du pétrole est bien plus simple. C'est uniquement une question de décision politique.

    A court terme, l'Iran ne peut pas encore être perçu comme une alternative fiable à la Russie en termes de fournitures d'hydrocarbures. Et à moyen terme, tout dépendra de la situation dans le monde, au Moyen-Orient et — facteur important — de la disposition des forces en Iran et donc de la politique nationale et étrangère de Téhéran.

    C'est pourquoi les communiqués fréquents sur d'éventuelles exportations de gaz et de pétrole iranien en Europe sont plutôt un épisode d'un jeu habile et complexe des acteurs sur la scène mondiale. Les Américains veulent empêcher le rapprochement entre la Russie et l'Iran, l'UE rêve de la diversification des exportateurs d'hydrocarbures, l'Iran cherche à faire lever les sanctions dans les conditions les plus favorables pour lui.

    Lire aussi:

    Bientôt un virage iranien des USA?
    Berlin, Paris, Londres et l’UE hostiles aux nouvelles sanctions contre l'Iran
    Un sénateur US plaide pour de nouvelles sanctions contre l'Iran
    Iran: l'enrichissement d'uranium pourrait reprendre en cas de nouvelles sanctions
    Tags:
    hydrocarbures, pétrole, sanctions, programme nucléaire iranien, Iran
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik