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    Rapport: l'UE ferait une grande erreur en intégrant l'Ukraine

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    L'Ukraine pourrait devenir la deuxième plus grande erreur de politique étrangère de l'UE après la Yougoslavie, dans la mesure où ce pays reste le plus corrompu du monde en dépit des changements politiques opérés à Kiev après le Maïdan, stipule le rapport de l'ONG suisse Observatoire du crime organisé (OCO) consacré à la situation en Ukraine.

    Ce rapport de presque 200 pages est intitulé "L'Ukraine et l'UE: surmonter l'exploitation criminelle vers la démocratie contemporaine?". Il s'appuie sur l'étude de la situation en Ukraine entre septembre 2013 et janvier 2014, menée par l'Observatoire universitaire de la sécurité de Genève, le Terrorism, Transnational Crime and Corruption Center (TraCCC) américain et l'Institut de Bâle sur la gouvernance. La situation dans le pays est toutefois analysée jusqu'aux événements récents, y compris la signature des accords de Minsk en février 2015.

    Le pays le plus corrompu du monde

    "Malgré les nombreux changements politiques qu'elle a traversés, l'Ukraine reste l'un des pays les plus corrompus du monde. Ce rapport met en avant de nombreux conflits d'intérêts à cause d'une forte influence des groupes oligarchiques sur la prise de décisions au niveau étatique. Hormis le fait que cela porte atteinte à la démocratie, ces problèmes entravent sérieusement les relations de l'Ukraine avec l'UE", peut-on lire en préambule.

    Les auteurs soulignent qu'aujourd'hui l'Ukraine reste un "pays en état de guerre avec une économie extrêmement instable". Sachant que la période correspondant à la présidence de Viktor Ianoukovitch est considérée comme "relativement stable" par les experts.

    "Avant la révolution l'Ukraine n'était plus, comme on la décrivait souvent, "le pays du crime organisé". Pour plusieurs raisons l'influence des groupes criminels s'était fortement réduite, même si elle restait présente. Il est évident que le contexte de guerre civile a considérablement changé la réorganisation des groupes criminels, dont la plupart se sont "intégrés" aux forces de l'ordre et à l'administration dans les secteurs stratégiques comme les ports, les stations d'épuration et les dépôts industriels", note le document.

    Les auteurs du rapport soulignent des exemples concrets de violations de la loi et d'autres crimes et fraudes, et concluent que "la démocratie ne peut pas être instaurée de l'extérieur" ou encore que "les crimes sans contrôle peuvent pousser toute une zone géographique et une immense population vers la guerre, la haine et la violence en arrachant complètement le vernis de la civilisation que l'humanité a mis des siècles à créer". Pour preuve: l'explosion du niveau de criminalité, de la corruption au pouvoir et la criminalisation générale de l'Ukraine après le Maïdan.

    En particulier, le rapport indique que "toute partie coopérant avec l'Ukraine devra interagir avec des groupes associés aux structures oligarchiques", parce que la corruption et les conflits d'intérêts sont toujours un sérieux problème dans ce pays.

    Si à l'époque de Viktor Ianoukovitch les oligarques recevaient l'argent du Trésor directement ou indirectement par le truchement des appels d'offres, des fraudes fiscales ou des opérations bancaires, aujourd'hui cet argent arrive de plus en plus de l'étranger", notamment de l'UE, des USA et des organisations internationales comme le FMI, la Banque mondiale, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Tout ce financement est versé à condition de renforcer la législation anticorruption en Ukraine, "ce qui n'est pas fait", constate le rapport. L'entrepreneuriat et le commerce frauduleux, qui se sont étendus depuis mai-juin aux produits de consommation, restent également un grave problème en Ukraine.

    La poursuite des combats dans l'est "mène à la dictature"

    Les experts se sont également penchés sur la situation dans l'est du pays. Selon eux, il existe deux solutions pour sortir de la "guerre civile en Ukraine": soit une organisation efficace de l'État, pouvant poser les fondations de la prospérité économique et d'un pouvoir inclusif à travers une démocratie représentative ou d'autres formes d'administration du côté de la population; soit une dictature qui pourrait imposer de force une trêve dans la région. Et comme la situation dans l'est du pays est bloquée de tous les côtés, elle ne peut pour l'instant évoluer que vers "la dictature militaire, oligarchique et absolutiste", indique le document.

    Selon les analystes, la poursuite des affrontements dans l'est du pays contribue à renforcer le crime organisé dans le pays, dont l'impact pourrait être si puissant qu'il s'emparerait de toute l'Ukraine, tout en "contaminant la Russie, l'UE et les USA". De cette manière, "l'Ukraine serait comme la déesse de la vengeance, Némésis, pour l'Europe".

    La conclusion des auteurs du rapport est peu rassurante: "L'Ukraine pourrait être considérée comme la deuxième grande erreur de politique étrangère de l'UE après la Yougoslavie, parce que l'UE n'a pas réussi à empêcher une guerre". Sachant que l'Europe devra fournir d'importants efforts si elle souhaite instaurer ses valeurs en Ukraine, mais que Kiev ne partage pas forcément ces plans, terminent les analystes.

     

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    Tags:
    criminalité, corruption, Union européenne (UE), Yougoslavie, Ukraine
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