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    Les partisans de Médecins Sans Frontières

    "C’est un échec des Nations Unies ce qu’on vit actuellement"

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    Actuellement, le problème de sécurité des médecins est un problème politique qu'il faut résoudre au niveau des Nations Unies, estime Nago Humbert, président de Médecins du Monde Suisse interrogé par Sputnik.

    "C'est un échec des Nations Unies ce qu'on vit actuellement. C'est un échec des gouvernements aussi en place qui ne sont pas capables de diriger les gens qui font la guerre. Pour moi le problème, il est d'abord politique. Mais on a brouillé aussi tous les messages aussi dans les conflits récents. Notamment en Syrie, où on ne sait plus qui est avec qui, qui est contre qui: les alliés d'hier sont devenus les ennemis d'aujourd'hui", souligne M. Humbert.

    Selon lui, ceux qui financent, financent des groupes terroristes. "C'est assez compliqué déjà au niveau politique. C'est là qu'il faut plus d'éclaircissement, entre les gouvernements! Que ce soit la communauté européenne, les Etats Unis, la Russie ou autre: c'est là que ça se passe, ce n'est pas chez nous qu'il y a un pouvoir de faire quoi que ce soit. Mais au niveau des Nations Unies", déclare-t-il.

    "La nature des conflits a changé et on n'a plus d'interlocuteurs"

    Les belligérants et la nature des conflits ont changé. Nago Humbert estime qu'il y a quelques années, lors de conflits, deux armées se battaient l'une contre l'autre, avec des officiers, des généraux. Il y avait des interlocuteurs mais actuellement, c'est plus compliqué.

    "Pour nous, il était plus facile d'avoir un interlocuteur, si vous voulez qu'on arrête de bombarder, qu'on ne vous tire pas dessus. Vous allez voir un officier, à l'époque c'était comme ça, vous disiez on va passer avec un convoi pour venir soigner. Et là on arrête, on signale, on nous aide les soignants", raconte le président de Médecins du Monde Suisse.

    Selon l'expert, actuellement, la situation a changé. Les conflits sont devenus religieux, ethniques, claniques, crapuleux parfois, et donc on a plus d'interlocuteurs.

    "Les armées classiques existent de moins en moins dans les conflits actuels. Regardez en Syrie, quels interlocuteurs vous allez avoir pour traverser une zone, aller soigner dans un hôpital. Je pense que c'est ça qui a fait qu'il y a une dégringolade de la sécurité dans les conflits", fait-il remarquer.

    "On veut comprendre pour quelle raison les chefs militaires ont décidé de cibler un hôpital"

    L'attaque de l'hôpital de Kunduz est trouble. L'armée américaine a dans un premier temps déclaré avoir bombardé "à la demande" des forces afghanes. Puis finalement, elle a admis avoir bombardé par erreur. Au final, rien n'est clair même si trois enquêtes sont en cours: une afghane, une américaine, et une de l'OTAN, MSF en réclame une, indépendante. L'organisation souhaite qu'une enquête soit menée par la Commission d'enquête internationale humanitaire, une instance neutre qui dépend de la convention de Genève.

     

    "On veut comprendre pour quelle raison les chefs militaires ont décidé de faire ce bombardement, de cibler un hôpital, et c'est fondamental pour nous, puisqu'on travaille en situation de guerre. On veut comprendre ce qui s'est passé, pourquoi les militaires pensent qu'un hôpital peut perdre sa protection qui est donnée dans le cas de la convention de Genève, qu'on a négocié avec tous les partis spécifiquement pour l'Afghanistan avant de commencer à travailler à Kunduz", exclame Nago Humbert.

    L'organisation réclame une enquête indépendante sur le bombardement américain de l'hôpital de Kunduz

    Médecins Sans Frontières a organisé plusieurs manifestations mardi. A Genève, aux Etats-Unis, en Argentine, en Belgique, en Espagne ou encore en Italie, l'organisation a réclamé une enquête indépendante sur le bombardement américain de l'hôpital de Kunduz, qui a fait 30 morts, selon Meinie Nicolai, Présidente de la section belge de Médecins Sans Frontières.

    "C'était effectivement une commémoration pour nos patients et personnels qui sont malades, pour marquer la date d'un mois après l'attaque sur notre hôpital à Kunduz, qui est une destruction de notre hôpital, donc les populations de Kunduz n'ont plus accès aux soins là-bas, et signaler qu'un mois après, on a toujours pas de réponse sur le pourquoi, le comment de cette attaque", explique Mme Nicolai.

    L'hôpital de MSF situé à Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan, a été en partie détruit le 3 octobre dernier suite à une frappe effectuée par l'Otan. Le général John Campbell, commandant en chef des troupes US et de l'Otan en Afghanistan a reconnu que l'hôpital avait été bombardé par les forces armées des Etats-Unis.

    MSF a exigé une enquête internationale sur le bombardement par les Etats-Unis de son hôpital. Des représentants du MSF ont rapporté s'être adressés à 76 pays ayant rejoint la Commission internationale humanitaire d'établissement des faits, dont la Russie fait partie depuis le 29 septembre 1989.

    Le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a estimé que si cette frappe est reconnue comme délibérée, elle pourrait "constituer un crime de guerre".

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    Tags:
    Médecins sans frontières (MSF), Afghanistan
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