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    Sommet de La Valette: quelle solution à la crise migratoire en Europe?

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    Crise migratoire (784)
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    Depuis plusieurs mois, l'Europe est confrontée à une crise migratoire sans précédent. Perplexes par l'afflux des milliers de réfugiés, les dirigeants européens restent divisés sur les moyens de gérer la crise. Quelle serait le sort des migrants: accueil avec "dignité" ou plutôt fermeture des frontières en Europe?

    Les 11 et 12 novembre les dirigeants des pays membres de l'UE et des pays africains participeront au sommet de La Valette portant sur la crise migratoire qui déchire l'Europe depuis plusieurs mois. Vont-ils réussir à trouver une solution à la crise? Les experts donnent leurs avis dans une interview exclusive accordée à Sputnik.

    La crise qui divise les pays européens

    Ces derniers temps, l'UE est confrontée à l'arrivée en Europe d'un nombre sans précédent de migrants et de réfugiés fuyant la guerre, l'instabilité politique et économique ainsi que la pauvreté.

    Selon les statistiques de l'agence Frontex chargée des frontières extérieures de l'espace Schengen, près de 1.200.000 migrants ont déjà rejoint le territoire de l'Europe, et ce n'est qu'un début.

    Les accidents mortels lors du passage clandestin à travers la Méditerranée, les problèmes liés au logement des réfugiés, à leur intégration dans la société, au chômage et à la croissance des tendances ethniques en Europe ne sont que la partie immergée de l'iceberg.

    Plusieurs tentatives visant le règlement de la crise la plus grave depuis la Seconde guerre mondiale ont déjà été entreprises par les Etats européens.

    Ainsi, en mai, le président de la Commission européenne a proposé d'introduire des quotas de répartition des migrants entre les pays membres compte tenu de la population, du taux de chômage et d'autres facteurs.

    Pourtant, plusieurs pays, notamment la Hongrie, la Bulgarie, le Royaume-Uni, la France ou encore l'Espagne, se sont opposés à cette proposition.

    En juin, les dirigeants des pays membres de l'UE ont donné leur accord sur le principe de relocalisation des demandeurs d'asile en deux ans, selon lequel tous les pays membres de l'UE participeront à la relocalisation des migrants. Pourtant, les détails de cette décision politique restent à élaborer.

    Pour l'instant, les Etats gèrent la crise avec leurs propres moyens. Ainsi, certains pays sont allés jusqu'à réintroduire des contrôles frontaliers afin d'endiguer les flux interminables de réfugiés, remettant ainsi en cause les accords Schengen. Récemment, les chefs de diplomatie des pays membres de l'UE ont conçu un plan prévoyant le retour de migrants clandestins dans les pays africains.

    Le sommet de La Valette — une autre tentative de trouver la solution à la crise

    Dans ce contexte, la nécessité de s'attaquer aux causes profondes de la migration illégale semble s'imposer. Ce que comptent faire les dirigeants européens et africains lors du sommet sur la crise migratoire qui se tient à La Valette (Malte) les 11 et 12 novembre.

    Les représentants des pays membres de l'UE, de la Norvège, de l'Islande et de la Suisse, de 35 Etats africains, ainsi que des organisations internationales, dont l'Union africaine, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, la Ligue arabe, l'Organisation internationale des migrations (OIM) et l'Onu, participeront au sommet.

    Ils analyseront les causes profondes de la migration et évoqueront la nécessité d'améliorer le travail sur la promotion et l'organisation de filières de migration légales, de renforcer la protection des migrants ainsi que de coopérer plus étroitement en ce qui concerne les retours.

    Le sommet de La Valette est-il efficace?

    Pourtant, en dépit de grands objectifs annoncés sur papier, certains experts ne sont pas très optimistes à l'égard du succès éventuel du sommet.

    "Hélas, vu comment les débats s'organisent, je n'en attends rien, car j'ai vraiment le sentiment que l'Europe s'oriente toujours plus dans une logique d'Europe forteresse, et il est fort probable que lors du sommet de Malte, ce qu'ils cherchent à faire, c'est d'abord de sous-traiter aux pays notamment africains les politiques migratoires en leur sommant de garder leurs ressortissants chez eux, quitte à instaurer des centres de rétentions aux points de départs d'immigration", a fait remarquer Danielle Simonnet, Conseillère de Paris et Coordinatrice Nationale du Parti de Gauche, dans une interview accordée à Sputnik.

    Selon l'expert, la première raison de l'échec des tentatives de résoudre la crise, entreprises par les dirigeants européens, est leur incompréhension des causes profondes ayant provoqué la crise.

    "Dans ce sommet, on sent que le grand absent, c'est la réflexion sur les causes de ces flux migratoires. Pourquoi est-ce que les gens fuient leur pays, quitte à risquer de perdre leur vie? Parce qu'ils subissent à la fois des guerres et des conflits, sur lesquels l'Union européenne a une forte responsabilité: je rappelle l'intervention d'un certain nombre de pays dont la France en Libye", a fait savoir Mme Simonnet.

    "Ces sommets européens, à chaque fois, consistent à acter des décisions prises en amont par des technocrates qui n'ont aucune légitimité et qui imposent aux peuples d'Europe leurs lobbies, leur idéologie, au détriment des droits fondamentaux des peuples d'Europe", a fait remarquer le député européen et Secrétaire général du parti Front National Nicolas Bay, dans une interview accordée également à l'agence Sputnik.

    En partageant l'opinion de Danielle Simonnet sur les causes de la crise, il a souligné la nécessité de coopérer avec Damas dans la lutte antiterroriste afin de stabiliser la situation en Syrie, pays principal d'exode des réfugiés.

    "En amont, il faut bien sûr stabiliser la situation en Syrie ou en Libye, où nous avons créé le chaos. C'est la politique menée par Sarkozy en Libye et celle menée par Hollande et Fabius, en Syrie, qui a contribué à installer et à laisser prospérer l'islamisme, et notamment l'Etat-Islamique en Syrie. Donc, il faut développer le partenariat avec le régime de Damas pour combattre efficacement l'Etat islamique et permettre à ces populations de rester sur place", a déclaré M.Bay.

    Quelles mesures pour gérer la crise migratoire en Europe?

    Cette question constitue la pomme de discorde non seulement au sein de l'UE, mais également au sein des pays membres, les membres des différents partis politiques proposant chacun leur décision.

    Ainsi, Danielle Simonnet (Parti de Gauche) est persuadée que l'Europe devrait ouvrir les frontières aux réfugiés en offrant un accueil plus digne.

    "Les personnes sont prêtes à risquer leur vie pour venir sur le territoire de l'Union européenne. Quand elles arrivent sur le territoire de l'Union européenne, il y'a une obligation à les accueillir dans la dignité, à respecter le droit d'asile. Donc, il faut contraindre l'ensemble des pays à assumer ce droit", a-t-elle annoncé dans l'interview accordée à Sputnik.

    "Regardez les moyens colossaux, absurdes, qui sont mis pour prendre un certain nombre de réfugiés, 40 par ci, 40 par-là, alors qu'on sait qu'il y'en a plusieurs centaines, plusieurs milliers, pour les envoyer à 100, 200, 500, 600km. Résultat, on affrète des petits avions qui coutent extrêmement chers, pour éloigner les réfugiés, et les réfugiés reviennent. Avec ces mêmes sommes d'argent on créerait des conditions d'accueil dignes; la situation serait beaucoup moins catastrophique d'un point de vue humanitaire. Car ce qui se passe à Calais est encore plus grave que dans bon nombre de campements d'asile dans d'autres pays étrangers, notamment en Afrique", s'est-elle exclamée.

    "On voit bien que la démarche de la commission européenne, et des institutions européenne d'une façon générale, c'est d'accepter cette immigration clandestine massive, de la répartir sur le continent européen, c'est-à-dire de faire exactement le contraire de nos intérêts à nous. (…) Les intérêts des Européens, c'est évidemment de contrôler les frontières, de bloquer cette immigration clandestine, d'établir un partenariat diplomatique, politique et militaire avec le régime de Damas pour faire en sorte que ces populations soient bloquées au Proche-Orient et qu'ils ne viennent pas en Europe, où il n'y a pas d'Eldorado et où il n'y a rien à leur proposer. En France, nous avons 6 millions de chômeurs et 9 millions de pauvres. Nous ne sommes évidemment pas en capacité d'accueillir cette immigration massive", a pour sa part assuré Nicolas Bay (Front National).

    Il ne reste qu'à espérer que les dirigeants européens pourront se mettre d'accord sur des mesures efficaces de gestion de cette crise migratoire sans précédent en Europe, afin de mettre fin au chaos qui règne actuellement dans plusieurs pays de l'UE.

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    crise migratoire, politique, migrants, frontière, réfugiés, ONU, Union européenne (UE), Malte, Afrique, Europe
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