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Les Etats-membres de l'Union européenne ont décidé vendredi, au cours d'une réunion extraordinaire à Bruxelles, de mettre en place des contrôles renforcés aux frontières extérieures de l'Union. Et ce, après qu'on a plaidé l'importance que de telles mesures soient prises par le gouvernement français en réaction aux attentats de Paris du 13 novembre.

Il existe vraiment un problème de sécurité au sein de l'Union européenne, dans le sens où les frontières ne sont pas contrôlées de manière sérieuse, a estimé Laurent Chalard, docteur en géographie de l'université Paris IV-Sorbonne, dans un entretien exclusif à Sputnik.

Récemment, il suffisait de passer la frontière entre la Turquie et soit la Bulgarie ou la Grèce pour rentrer dans l'UE, alors qu'aujourd'hui l'Union assiste à une faille au niveau de la sécurité de ses frontières, sachant qu'en Bulgarie et en Grèce, souvent, le contrôle aux frontières est relativement faible.Par conséquent, beaucoup de personnes viennent de Syrie avec des faux passeports, des passeports qu'ils ont pris à des soldats syriens qui ont été tués, ou tout simplement des faux passeports fabriqués.

"Le djihadiste qui vient d'être tué, le commanditaire Monsieur Abdaaoud, se vantait justement d'avoir fait plusieurs allers-retours entre la Belgique et la Syrie sans avoir été détecté par les services secrets belges, ce qui montre bien qu'il y a de gros problèmes au niveau de l'Union européenne dans le contrôle de la circulation des personnes", souligne M.Chalard.

Ainsi, les dirigeants français voient aujourd'hui que l'Europe est une "passoire", et n'ont pas du tout confiance dans les autres pays européens. Une prise de conscience a lieu, pas à pas, sur le fait que, si la France ne reprend pas le contrôle de ses frontières, elle risque de voir une multiplication des attentats.

Les services de renseignement de plusieurs Etats de la zone euro sont très limités, poursuit M.Chalard. De plus, il existe des pays où il n'y a pas vraiment de menace importante. Résultat? Les élus et les hommes politiques n'accordent pas beaucoup d'importance à cette question. Ce qui n'est pas le cas de la France qui a toujours eu une menace terroriste relativement importante sur le long terme, fait-il remarquer.

En Europe, les élites politiques actuelles sont totalement désorientées face à l'afflux massif des réfugiés. Donc, comme ils ne se sentent pas en capacité de les empêcher de rentrer, ils se disent au moins qu'il est possible de les contrôler pour savoir qui rentre.

Et là, "ce n'est pas juste un échec de Schengen, c'est tout simplement un échec de l'UE", met en exergue l'interlocuteur de Sputnik.

A présent, le monde connaît une Union européenne qui n'est pas allée au bout de sa logique. La logique de départ de l'UE, c'était de construire une entité fédérale, comme les Etats-Unis, où il n'y aurait plus de nations, mais une seule entité. Or, aujourd'hui, on voit que ça ne marche pas du tout: chaque pays est en train de reprendre au fur et à mesure le contrôle de son territoire.

Pourquoi? Parce que les pays-membres ne tardent pas à remarquer que "cette UE ne contrôle rien du tout, elle est très faible, c'est un colosse aux pieds d'argile, un colosse du point de vue économique, mais du point de vue politique elle ne représente rien du tout", résume M.Chalard.

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Tags:
entretien, crise migratoire, frontière, sécurité, terrorisme, Union européenne (UE), Europe
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