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    Mahmut Gazi Tatar,  djihadiste d'origine turque

    "Je regrette de faire partie de Daech"

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    L'Etat islamique (2014) (1131)
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    Attentats, trafic de pétrole, Daech ne suscite déjà plus que de l'exaspération. Mais comment se sent-on de se retrouver au cœur d'une telle machine? Mahmut Gazi Tatar, djihadiste d'origine turque, partage son expérience dans un entretien exclusif accordé à Sputnik.

    Ville syrienne de Homs
    © Sputnik . Mikhail Voskresensky

    Mahmut Gazi Tatar, âgé de 24 ans, est Kurde d'origine et vient d'une famille simple, croyante. En Turquie, dans la ville d'Adiyaman, Mahmut travaillait dans un camp pour les réfugiés, et c'est là qu'il a fait la connaissance d'un certain Ahmet K., lui aussi né à Adiyaman. Ahmet l'a familiarisé avec l'islam. Par la suite, Mahmut a fréquenté des soi-disant cours de croyance musulmane et a pratiqué la lecture du Coran chez sa nouvelle connaissance. Puis, Ahmet lui a proposé de se rendre en Syrie et rejoindre Daech.

    Comment on fabrique des djihadistes

    Quelques jours plus tard, Mahmut, accompagné de 17 hommes, a franchi la frontière. Ces 17 hommes d'âges divers entendaient tous se retrouver dans les rangs de Daech. Arrivés sur le sol syrien, ils ont été accueillis par Abou Bakr. Les nouvelles recrues se sont installées dans un village à un kilomètre de la frontière et ont suivi un entraînement dans un camp spécial. Les leçons de religion faisaient également partie de leur emploi du temps.

    "Nous venions en cours séparément, nous ne rencontrions jamais les autres membres en dehors de la salle de cours", raconte le djihadiste. "Ahmet K. nous disait que Daech est la seule organisation fidèle qui étend l'Etat islamique partout dans le monde, et que bientôt tous les pays se transformeront en un unique califat".

    "Lors de notre apprentissage, des Turcs venaient nous examiner. Ils n'avaient pas de barbe et n'appartenaient pas à Daech", poursuit-il.

    Des camions-citernes transportaient du carburant en Turquie chaque jour

    Alors qu'ils suivaient son entraînement, les chefs djihadistes leur racontaient comment ils vendaient du pétrole à la Turquie. Selon eux, les revenus de la vente leur ont permis de faire fi des difficultés financières.

    "Chaque jour, des camions-citernes étaient envoyés en Turquie avec du brut, du mazout et de l'essence. Le pétrole est la principale source de revenu de Daech, et les réserves dont il dispose dureront."

    La vente du brut à Ankara rapporte gros à Daech et est facilitée par de nombreux médiateurs, des commençants et des hommes d'affaires dont il a refusé d'indiquer les noms.

    Quant aux bombardements des Etats-Unis, les chefs islamistes n'y accordent pas beaucoup d'attention.

    "Ils ont dit que cela était fait pour maintenir les apparences".

    Les Kurdes ne tuent pas les otages

    L'entraînement fini, les nouvelles recrues étaient envoyés en mission.

    "Notre groupe comprenait seulement des Turcs. Les noms étaient gardés secrets. Sur cette période, on nous a interdit de contacter nos familles. Seulement après j'ai parlé avec ma mère. Elle m'a prié de revenir. Et je me suis mis à pleurer. Daech ne permet à personne de voir sa famille au cours des premiers six mois suivant le moment où l'on a rejoint le groupe", explique Mahmut Gazi Tatar à Sputnik.

    En juin 2015, les milices kurdes l'ont pris en otage.

    "Les Kurdes traitent bien les otages. Ils leur donnent à manger, à boire, partagent même des clopes!", se souvient l'interlocuteur de Sputnik. "Je croyais qu'on allait nous tuer, mais il s'est avéré que les Kurdes ne tuent pas leurs otages."

    "Je regrette de faire partie de Daech"

    "Je regrette de faire partie de Daech", avoue le terroriste. "Mais maintenant, cela ne fait pas de différence. Si je suis échangé, les combattants me tueront car je les ai dénoncés. Si je reviens en Turquie, je me verrai incarcéré pour appartenance à Daech."

    La majorité des nouvelles recrues qui rejoignent Daech viennent d'Arabie saoudite, de Tunisie, du Yémen, du Qatar, du Liban et d'Egypte. Ils franchissent la frontière turque, ce qui n'est pas difficile. Ce même chemin est emprunté par les terroristes venus d'Europe et des Etats-Unis.

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    entretien, Etat islamique, Turquie, Syrie
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