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    Terroristes de Daech

    Syrie: un documentaire français livre enfin un nouveau regard sur l’opposition "modérée"

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    Alors que les médias occidentaux ne cessent de parler des crimes de Bachar el-Assad et luttent pour les droits des rebelles "modérés", l’émission un œil sur la planète, diffusée sur France 2 le 18 février, propose une vision plus nuancée du conflit et explique que les rebelles syriens ne se différencient pas tant que ça de Daech.

    "Syrie: le grand aveuglement" est le 52ème numéro d'un Œil sur la planète. Samah Soula, grande reportrice à la rédaction de France 2, a rejoint l'équipe du magazine pour lever la voile sur les événements en Syrie.

    "Cinq ans de guerre c'est une éternité et le bilan est édifiant: 260000 tués, 8 millions de Syriens déplacés à l'intérieur de leur pays, 4 millions de réfugiés à l'étranger. Ce qui veut dire qu’en Syrie, un habitant sur deux a dû quitter sa maison", rappelle Samah Soula.

    "Comment une guerre civile dans un petit Etat a-t-elle pu se transformer en conflit mondial impliquant les grandes puissances?", se demande alors la journaliste. "Sans doute, parce que trop d'erreurs ont été commises dès le débutet peut-être aussi parce que trop d'acteurs se sont immiscés dans le conflit", conclut-elle.

    C'est grâce à des journalistes comme Franck Genauzeau, qui s’est rendu sur place pour dévoiler la nature du conflit dans toute sa complexité, qu'on apprend vite à distinguer le vrai du faux.

    Dès le début, il met en évidence quelle est la répartition des forces en Syrie:

    Le gouvernement contrôle 25% du territoire, la rébellion 20%, les Kurdes au nord 15% et le reste (40%, ndlr) est aux mains de l'Etat islamique. Mais quand on regarde de plus près, on réalise que les deux tiers de la population restée en Syrie se sont regroupés dans le territoire encore contrôlé par le gouvernement syrien, explique Samah Soula.

    Certains groupes rebelles partagent "la même idéologie que le groupe Etat islamique". Grâce à "un reportage très rare, au plus près de ces groupes rebelles djihadistes, les spectateurs vont voir que leur ambition et leur détermination ne laissent aucun doute", constate la journaliste.

    Drapeu de Daech, capture d'écran
    Drapeu de Daech, capture d'écran

    Un des journalistes a pu approcher de près ladite opposition modérée à Alep ou, comment on le comprend par la suite, de vrais rebelles. Qui sont ces dizaines de fractions opposées au gouvernement légal? Leur intention de se débarrasser de Bachar El Assad devient claire après avoir regardé le film: Bachar El Assad les empêche de créer un califat. Plus rusés que le groupe Daech "officiel", ils déclinent toute appartenance à l'Etat islamique mais ne cachent pas pour autant les drapeaux de Daech, qu’ils arborent partout. 

    capture d'écran
    capture d'écran

    Le documentaire rappelle l'historique du conflit avec des images extrêmement dures, dès les premiers soulèvements de mars 2011. Les journalistes s'infiltrent dans une batterie d’artillerie artisanale où un combattant de l'opposition modéré confectionne une ceinture d’explosifs dans son propre atelier, puis il explique son idéologie: il est prêt à tuer tous les mécréants, puis se fait exploser dans un bâtiment où se trouvaient les snipers qui empêchaient les djihadistes d'avancer.

    Ceinture explosive, capture d'écran
    Ceinture explosive, capture d'écran

    Dans un autre reportage, une ancienne journaliste du Monde qui a vécu 8 ans en Syrie dénonce une "logique financière" dénuée d'idéaux. En combattant "on reçoit un salaire et dans un pays pauvre après cinq ans de guerre ça a du sens", constate-t-elle.

    "L'Arabie Saoudite a dépensé plusieurs milliards de dollars à financer la rébellion, les États-Unis, la Turquie, et nous, la France", déplore-t-elle.

    Pour recevoir un salaire, il faut une action d'éclat qu'on fait passer sur Internet. La première enveloppe arrive ensuite. Ces coups d’éclat sont rémunérés 300 à 1200 euros ou dollars côté rebelle. Et les gens passent d'une fraction à l'autre en fonction du salaire, constate la journaliste, car elle en a vu des exemples parmi ses voisins et ses proches. Et c'est la raison pour laquelle on quitte l'armée syrienne: le salaire y est entre 70 et 100 euros. 

    La journaliste souligne que ceux qui sont descendus dans les rues pour réclamer plus de droits et plus de libertés et ceux qui le font actuellement, mais armes en mains, ne sont pas les mêmes gens et n'ont surtout pas les mêmes intentions.

    On ne saurait que recommander le visionnage de "Syrie: le grand aveuglement", très bien documenté et qui vous apportera de nouveaux éclaircissements sur la situation en Syrie, bien plus complexe qu’on ne le pense.


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    ceinture d'explosifs, rebelles, finance islamique, documentaire, reportage, opposition, drapeau, armes létales, Syrie: le grand aveuglement (documentaire), Un oeil sur la planète, Dutch Media, France 2, Etat islamique, Samah Soula, Bachar el-Assad, Alep, Syrie, France
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