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Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'en est pris à la Cour constitutionnelle du pays qui avait ordonné de libérer le rédacteur en chef du quotidien Cumhuriyet Can Dündar et le chef du bureau du journal à Ankara Erdem Gül.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan
© AP Photo / Basin Bulbul / Presidential Press Service
Le chef de l'Etat turc a fait remarquer à cette occasion qu'il n'était pas tenu de reconnaître cette décision.

La Cour constitutionnelle s'est prononcée en faveur de la libération des deux journalistes arrêtés à la suite de leur enquête sur les livraisons secrètes d'armes aux djihadistes syriens effectuées par les services de renseignement turcs.

Les intéressés avaient été arrêtés le 26 novembre 2015 et accusés d'espionnage. Le parquet d'Istanbul avait requis une réclusion à perpétuité. Cependant, jeudi dernier, la Cour constitutionnelle a établi que l'arrestation des journalistes représentait une violation de leurs droits, après quoi ils ont été libérés jusqu'à ce qu’un jugement judiciaire soit rendu à leur encontre.

En apprenant cette décision, Recep Tayyip Erdogan a déclaré qu'il ne pouvait ni l'accepter ni la respecter et que les activités des deux journalistes n'avaient rien à voir avec la liberté d'expression, mais constituaient un acte d'espionnage.

L'agence Sputnik a demandé à Sami Selçuk, ex-président de la Cour suprême de Turquie, de commenter la réaction de M. Erdogan.

"Si la Cour constitutionnelle a arrêté que la décision des autorités d'interpeller et de mettre en examen MM. Dündar et Gül dérogeait aux principes de la liberté et de la sécurité, cet arrêt doit être appliqué par tout le monde: du simple citoyen au président du pays. Les juges rendent leurs décisions en se fondant sur des actes législatifs et les pièces du dossier et non sur les opinions personnelles de qui que ce soit. La décision rendue par la Cour constitutionnelle était fondée sur les documents figurant dans le dossier soumis à son examen. Par conséquent, elle est contraignante pour toutes les instances judiciaires concernées", a déclaré Sami Selçuk.

Evoquant la déclaration de Recep Tayyip Erdogan selon laquelle il n'était pas tenu de respecter l'arrêt de la Cour constitutionnelle, l'ancien magistrat a fait savoir qu'il s'agissait d'une tentative illégale de faire pression sur une autorité judiciaire.

"Dans une société de droit, un tel comportement est inadmissible. J'ai du mal à imaginer ce qui se produirait si le dirigeant d'un pays européen faisait une déclaration de ce genre: toute l'opinion publique se dresserait contre lui. Mais puisque la conscience et la culture juridiques ne sont pas développées en Turquie, des responsables politiques se permettent de tels propos", a affirmé l'interlocuteur de l'agence.

Selon lui, le système judiciaire turc "n'est pas indépendant et ne cherche même pas à faire semblant de l'être". La Turquie traverse une période difficile. L'Etat commet des actes qui sapent la confiance de la société dans les institutions judiciaires, a conclu l'ex-président de la Cour suprême.

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Tags:
journalisme, justice, Cour constitutionnelle turque, Recep Tayyip Erdogan, Turquie
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