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    Pour Cargill, contrôlant l’alimentation mondiale, la faim justifie-t-elle tous les moyens?

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    Alors que le premier ministre ukrainien prône déjà la vente des terres agricoles publiques, l'Américain Cargill, numéro un mondial de l’agroalimentaire, s'infiltre peu à peu non seulement dans nos cuisines, mais modifie discrètement la législation des pays selon ses propres besoins.

    Cargill réalise un chiffre d’affaires de 120 milliards d’euros par an, soit 4 fois plus que celui de Coca-Cola et 5 fois plus que celui de McDonald’s. Son chiffre d’affaires dépasse le PIB du Brésil, estiment Stenka Quillet et Pedro Brito Da Fonseca, qui ont mené une enquête de 8 mois pour essayer de dévoiler les méthodes qui ont mené cette entreprise sur la voie du succès. Pourquoi donc ce géant alimentaire est-il si méconnu (à la différence, par exemple, du géant Monsanto) et évite-t-il toute médiatisation? Que veut-il et comment fonctionne-t-il?

    Ayant partagé le monde entier en secteurs — l'Ukraine pour le blé, la Côte d'ivoire pour le cacao, le Brésil pour le soja —, cette société entend mener tous les pays du monde sur la voie qu’elle s’est choisie.

    Spécial Investigation — Cargill: la faim justifie les moyens? from be my prod on Vimeo.

     

    A priori, ils ne font que coopérer avec des agriculteurs qui sont libres d’accepter toutes les règles de Cargill, qui contrôle tout, à commencer par les amendements que les agriculteurs choisissent, la nourriture et les médicaments à administrer aux bêtes d’élevage et jusqu’au nombre de têtes que doivent contenir les cheptels. 

    Pourtant, par exemple, pour cultiver du soja au Brésil, ils achètent des terres pour une somme dérisoire et y instaurent leurs propres règles. Le seul agriculteur qui a décidé de ne pas vendre sa terre a confié au journaliste que toute la région était morte: les gens sont partis mais n'ont pas pu trouver se reconstruire  en ville, car l'argent reçu en compensation ne suffit pas à payer les frais domestiques, ce qui bloque l’accès aux écoles et aux hôpitaux. Quant à lui, il ne peut plus cultiver le riz comme il le faisait autrefois, à cause du soja.

    Selon un autre témoignage, on menace ceux qui refusent de vendre leurs terres. L'agricultrice Yvette confie qu'ils ont essayé de la tuer en l'arrosant de pétrole, de la chasser de sa propre maison. Cela fait 7 ans qu’Yvette vit sous protection policière. 

    Sans mesurer son influence sur l'environnement, comme le veut la loi, Cargill a installé un port en face du centre-ville de Santarém au Brésil. Chaque année, 2,5 millions tonnes de soja y transitent, générant une quantité impressionnante de poussière, fléau des asthmatiques.

    Une autre source, qui a préféré rester anonyme, a expliqué que si les feux de forêts pouvaient être d’origine naturelle, Cargill n’hésitait pas à avoir recours aux incendies criminelles lorsqu’elle se retrouvait face à une interdiction de déboiser une parcelle de terre qu’elle convoitait.

    Bref, quand il s'agit du business, Cargill sait y faire. Elle s’y connaît également en matière de législation.

    Ainsi, ayant l'intention d'investir 200 millions de dollars (183,9 millions d’euros) dans l’agroalimentaire et le secteur de la volaille aux Philippines, le représentant de Cargill José Réano attend que le gouvernement des Philippines change ses lois, car d'après la législation actuelle, une entreprise étrangère cultivant ou transformant le riz ou le maïs est obligée de verser 60% de ses bénéfices à l'Etat au bout de 13 ans, ce qui ne plaît certainement pas à Cargill.

    Alors que le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a déjà proposé de vendre des millions d'hectares de terres appartenant à l’Etat ukrainien, le président de Cargill prône depuis longtemps les cultures OGM en Ukraine. D'après lui, ses spécialistes sont près à "aider les agriculteurs ukrainiens".

    Alors que la France et plusieurs autres États membres de l’Union européenne ont, depuis 2008, interdit la culture des OGM sur leurs territoires, la signature du traité de partenariat atlantique (TTIP) entre les Etats-Unis et l’UE approche à grands pas, ce qui serait une aubaine pour le géant de l’agroalimentaire, qui pourrait passer outre toutes ses limitations.

    Comme indiqué sur son site, "avec 250 collaborateurs à Saint-Cyr-en-Val dans le Loiret, Cargill Meats Europe fabrique plus de 30 000 tonnes de produits finis par an… Cargill Meats Europe à Orléans fournit une grande partie des restaurants McDonald’s européens en Chicken McNuggetsTM. 3 000 restaurants sont ainsi servis en France et à travers l’Europe". Cargill est donc plus près que nous ne le pensons: "du pain en tranches aux croquettes du chat en passant par la margarine, l’huile de palme, le café ou le chocolat".

    Ayant déjà pollué son pays natal, les Etats-Unis, et faisant disparaître les petits et les moyens agriculteurs (17% en 15 ans selon les estimations), Cargill n’entend pas s’arrêter en si bon chemin et compte s’appuyer sur la signature du TTIP, le traité lui donnant tous les moyens pour instaurer ses propres règles partout en Europe et sans limites, ce qu'il fait déjà bien dans un bon nombre de pays.


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    Tags:
    céréales, agriculture, environnement, pollution, asthme, incendie de forêt, agroalimentaire, Traité de partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP), Cargill, Arseni Iatseniouk, Brésil, États-Unis, France
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