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La Turquie abat un Su-24 russe (187)
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C'est le soutien que Vladimir Poutine a apporté à Bachar el-Assad qui aurait poussé le président turc à prendre la décision d'abattre le Su-24 russe. Quant à l'animosité de ce dernier envers le dirigeant syrien, elle aurait été provoquée par un courriel d'Asma el-Assad, considère l'historien Norman Stone.

Des bruits qui ont couru au sein du beau monde d'Ankara affirment qu'une offense portée par Asmaa el-Assad, épouse du président syrien, au couple Erdogan serait à l'origine de la dégradation des relations entre les deux pays, écrit l'historien britannique Norman Stone, chef du département des relations internationales à l'Université Bilkent. L'incident qui a envenimé les relations de bon voisinage s'est produit après que les Erdogan ont décidé de passer un week-end en compagnie de Bachar el-Assad et de son épouse.

"On dit que par la suite Asma el-Assad a envoyé à son époux un courriel dans lequel elle l'a prié de ne plus jamais lui demander de les revoir. Selon les propos qu'on lui attribue, elle aurait dit: +C'est un couple ne parlant pas de langues; lui, un voyou n'ayant lu de sa vie qu'un seul livre, et elle, une accro au shopping, démodée et sans goût+", écrit l'historien dans un éditorial publié par le Financial Times.

On ignore ce qui s'est passé après, mais le courrier électronique d'Asma el-Assad a attiré l'attention des services spéciaux turcs. A Ankara, on dit que c'est cet incident qui aurait engendré chez Recep Tayyip Erdogan une animosité envers Bachar el-Assad qui a ensuite dégénéré en une irrésistible envie de le voir renversé, ajoute l'historien.

Quoi qu'il en soit, le président Assad s'est maintenu au pouvoir et non sans l'aide de la Russie, poursuit l'expert. Ensuite, les Turcs ont abattu le bombardier russe, déclarant qu'il avait violé l'espace turc pendant 17 secondes.

"Le président Vladimir Poutine n'oublie pas les griefs lui non plus. Il a lu plus qu'un seul livre et parle plusieurs langues: il voit plus loin", écrit M.Stone.

La riposte de Moscou a porté un coup dur aux exportations turques et a frappé de plein fouet le secteur touristique: rien qu'à Antalya, ville balnéaire tant aimée par les Russes, quelque 400 hôtels sont mis en ventes (en raison de la crise).

Le président Tayyip Erdogan
© REUTERS / Murat Cetinmuhurdar/Presidential Palace
Norman Stone interpelle l'histoire des relations russo-turques: c'est vrai qu'à l'époque des tsars les hommes d'Etat revendiquaient Constantinople, mais ils évaluaient bien les risques, préférant contrôler une Turquie affaiblie à distance, par le biais d'une autonomie arménienne ou même du Kurdistan au lieu d'avoir affaire à une colonie rebelle.

En 1833, les troupes russes ont arrêté l'armée syro-égyptienne en route vers Istanbul et en 1920, lorsque l'Empire ottoman s'est définitivement effondré, la Russie est venue en aide à la Turquie, défendant ses territoires contre les Arméniens et les Grecs, derrière lesquels se trouvait l'Empire britannique.

La Russie soviétique a soutenu l'opposition grandissante au sein des Turcs contre le traité de Sèvres, qui prévoyait le partage des territoires arabes et européens de l'Empire ottoman, suite à la rencontre entre le commissaire du peuple aux Affaires étrangères Gueorgui Tchitcherine et son homologue turc, les Soviétiques ont soutenu financièrement et militairement les Turcs contre leurs ennemis. Les relations entre Moscou et Ankara ne se sont dégradées qu'après la Seconde Guerre mondiale, mais même là une coopération se maintenait, au moins personne n'abattait les avions d'autrui.

"La Turquie aurait-elle pu exister sans l'aide qu'elle recevait à l'époque de Moscou?", s'interroge l'historien.

Selon M.Stone, le comportement si agressif d'Ankara dans la situation avec l'avion russe, comportement qui a tiré un trait sur la coopération russo-turque de longue date, ne serait pas une simple réaction à la violation de l'espace aérien (version officielle des Turcs). L'historien présume que plusieurs facteurs seraient en jeu, notamment l'animosité d'Erdogan envers Assad que la Russie a soutenu, et le ressentiment.

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Tags:
bombardier, histoire, avions, Asma el-Assad, Bachar el-Assad, Recep Tayyip Erdogan, Vladimir Poutine, Turquie, Syrie, Russie
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