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    L'Occident doit prendre ses distances avec la Turquie d'Erdogan

    L'Occident doit prendre ses distances avec la Turquie d'Erdogan

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    Opération turque contre les Kurdes (67)
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    Les pays occidentaux doivent renoncer à une coopération étroite avec la Turquie, pays qui glisse dans le "totalitarisme", considère le journaliste et chroniqueur canadien Doug Saunders.

    L'histoire pourrait retenir ce mois comme le moment où les autorités turques ont franchi la ligne rouge morale et se sont engouffrées dans une vraie politique totalitaire. Il est temps que l'Occident renonce aux relations étroites avec le régime de Recep Tayyip Erdogan, écrit Doug Saunders dans un éditorial publié par le Globe and Mail.

    L'auteur de l'article reconnaît toutefois que le Canada et ses alliés dépendent de la Turquie: la campagne militaire en Irak et en Syrie sera paralysée en l'absence d'une coopération active avec Ankara. En outre, le pays qui a accueilli trois millions de migrants syriens joue un rôle clé dans la prévention de l'afflux d'une nouvelle vague de migrants en Europe.

    "En même temps, la Turquie est devenue un problème et un problème vraiment sérieux", souligne le journaliste.

    Récemment, l'armée et la police turques ont encerclé le bureau de Zaman, le plus grand et, selon certains critères, le meilleur journal du pays. Elles ont forcé la porte, ont eu recours à des gaz lacrymogènes et pris le contrôle de l'édition, justifiant leurs actes par un mandat émis par un juge désigné par Erdogan. Depuis, ce journal connu pour son indépendance ne publie que de la propagande gouvernementale pure et dure.

    Ce fait lamentable n'est qu'un maillon dans une campagne gouvernementale sans précédent qui cherche à étouffer ou à prendre sous son contrôle l'opposition politique et médiatique sous toutes ses formes. Plus de 1.800 personnes ont été arrêtées au cours de l'année dernières pour avoir "porté offense au président", alors que l'existence même de cette loi contredit les principes de la démocratie, estime M.Saunders.

    Cette campagne se déroule sous le couvert d'une lutte contre les islamistes et les mouvements kurdes. Le président Erdogan parle de l'existence d'une menace à la sécurité nationale, mais dans les faits en étouffant toutes ces organisations démocratiques et sociales, il se crée un pouvoir absolu.

    Le journaliste canadien estime qu'Erdogan a remporté le dernier scrutin présidentiel suite à un attisement de la peur face aux Kurdes, qui représentent un cinquième de la population du pays. Les affrontements kurdo-turques ont été fabriquées de toute pièce par le président lui-même qui a renoncé aux tentatives d'unir les deux peuples entamées en 2013, après que des parties kurdes modérés ont commencé à gagner de la popularité au sein des Turcs. Ces mouvements politiques représentaient un défi aux projets d'Erdogan qui a alors décidé de profiter de sa majorité parlementaire pour remanier la constitution et se maintenir au pouvoir à vie.

    Actuellement, le président turc bombarde intensivement les citoyens de son propre pays. Diyarbakir, une commune à dominante kurde, est devenue une ville fantôme, criblée de cratères d'obus. Les perquisitions et les arrestations y sont courantes. Et tout ceci n'a pratiquement aucun lien avec la protection de la sécurité de l'Etat turc.

    "Les Kurdes syriens et irakiens sont nos principaux alliés dans la guerre civile en Syrie et sont une clé vers la résolution de ce conflit. En les considérants en ennemis (…) Erdogan a détruit une Turquie unie et ouverte dont il avait lui-même participé à la création à l'époque. Il l'a réduite en miettes à l'aide d'instruments non seulement autoritaires, mais aussi totalitaires. Il est temps d'agir avec la Turquie non en allié, mais de se comporter avec elle comme avec un pays qui est sorti du cadre du permis", conclut Doug Saunders.

    Dossier:
    Opération turque contre les Kurdes (67)

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    crise migratoire, opposition, démocratie, autoritaire, liberté de la presse, journalisme, migrants, Kurdes, Recep Tayyip Erdogan, Canada, Turquie
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