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    John Kerry et Sergei Lavrov

    John Kerry à Moscou, un changement de climat entre la Russie et les USA?

    © AFP 2018 ALEXANDER NEMENOV
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    Ce changement du rapport de force devrait influer sur le règlement de la crise syrienne et du conflit ukrainien, d'après des experts français.

    Le rapprochement affiché entre la Russie et les Etats-Unis lors de la visite du secrétaire d'Etat John Kerry à Moscou témoigne d'une évolution du rapport de force entre les deux pays, qui donnera une nouvelle impulsion aux négociations sur la Syrie et l'Ukraine, ont déclaré à Sputnik Emmanuel Dupuy, président de l'Institut Prospective et sécurité en Europe (IPSE), et le politologue Georges Estievnart.

    "Il y a un changement de climat ou un changement du rapport de force entre la Russie et les Etats-Unis. Les Etats-Unis, petit à petit commencent à s'apercevoir qu'ils ont là affaire à un partenaire qu'on ne peut plus mépriser, contrairement à ce qu’ils ont fait pendant longtemps. C'est ça qui motive la multiplication des voyages, John Kerry est là (à Moscou) pour la deuxième fois en quatre mois. Ça va certainement peser sur le dossier ukrainien", a indiqué le politologue Georges Estievnart.

    "La position américaine et la manière dont elle trouve écho, la manière dont elle est coordonnée avec la position russe aura un effet évident" sur les négociations de Genève consacrées à la crise syrienne, a pour sa part estimé le professeur de géopolitique Emmanuel Dupuy.

    "La situation vis-à-vis de la question syrienne a largement évolué au fur et à mesure que l'opération russe a démontré son efficacité (…). Les objectifs que l'opération s'est fixés ont été atteints: l'éradication d'une partie des organisations terroristes (…). La réalité sur le terrain corrobore aussi l'efficacité des actions militaires des forces conjointes: Syriens d'un côté et Kurdes de l'autre. Les Etats-Unis regardent cela d'une manière réaliste et honnête. Ce rapport de forces est en train de changer et la négociation se fait sur de nouvelles bases", a déclaré M.Dupuy.

    "La position des autres pays et la position française reste encore trop manichéenne, trop idéologisée, ou nous ne tenons pas suffisamment compte de cette évolution sur le terrain", a-t-il ajouté.

    L'ambiance de la visite du secrétaire d'Etat américain à Moscou semblait être à la détente. John Kerry a ramené avec lui sa guitare, il a lancé les négociations avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov en lui souhaitant un joyeux anniversaire sur un ton taquin. Les deux hommes se sont tutoyés comme de vieux amis. Ça a continué de plus belle avec Vladimir Poutine. Le président russe a plaisanté au sujet de la mallette rouge que M.Kerry n'a pas lâchée en descendant d'avion: "Aurais-tu amener de l'argent afin de négocier quelque chose avec nous?" Est-ce juste un mot qui lui a échappé? Ou peut-être s’agit-il d’un mot-clé qui nous met sur la piste…?

    La complicité qui s'est manifestement établie entre les dirigeants politiques russes et américains favorise les négociations entre la Russie et les Etats-Unis, estime M.Dupuy, tout en faisant un parallèle avec la France.

    "La connivence entre Kerry et Lavrov est beaucoup plus forte qu'entre Kerry et Fabius (…). Ce sont des hommes politiques de la même génération, ils ont suivi une formation de diplomate, alors que Fabius n'a pas forcement eu cette formation. C'est un élément intéressant, parce qu'il recrée le sentiment de convivialité stratégique. Je crois que parfois, au-delà du simple rapport de force, au-delà des simples postures politiques ou diplomatiques, il y a aussi des relations personnelles qui se sont créées et ont fait avancer les choses", a conclu M.Dupuy.

    Le secrétaire d'Etat américain a déclaré avant de quitter la capitale russe: "Nous avons encore un long chemin à parcourir, mais je pars avec une meilleure compréhension des démarches à réaliser avec les partenaires".

    Au terme de plus de quatre heures d'entretiens russo-américains au Kremlin, les parties se sont engagées à tout faire pour tirer profit de la cessation des hostilités en Syrie et ont appelé une nouvelle fois à la mise en œuvre des accords de paix de Minsk pour l'est de l'Ukraine, dont l'application est au point mort depuis plus d'un an.

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    rapport de force, visite, négociations, Georges Estievnart, Emmanuel Dupuy, John Kerry, Sergueï Lavrov, Vladimir Poutine, Syrie, Ukraine, États-Unis, Russie
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