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    Orphée Vanden Bussche

    Orphée, rescapée de Bruxelles: "j'espère que mon fils n'aura pas de haine"

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    Gaëlle Nicolle
    Attentats à Bruxelles (142)
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    Les explosions, qui ont retenti le 22 mars à l'aéroport et à la station de métro Maelbeek de Bruxelles ont fait 33 morts et plus de 300 blessés. Derrière ces chiffres se cachent des tragédies humaines…

    Orphée Vanden Bussche est une coiffeuse de 33 ans et patronne d'un salon qu'elle vient d'ouvrir à la Porte de Namur à Bruxelles. Le matin du 22 mars, elle a essayé pour la première fois d’effectuer le trajet en métro, car la capitale belge et ses bouchons à répétition sont trop imprévisibles. Heureuse d'aller travailler, savait-elle ce qui l'attendait?

    "Mon mari me dépose à l'extérieur dans les escaliers, les escalators du métro. Je les embrasse bien fort. Mon fils me dit ‘non!’, il n'était pas content que je parte. En souriant, je leur redis au revoir, je rentre dans le métro. J'étais de bonne humeur. J'étais tellement de bonne humeur que j'ai acheté du café et du jus d'orange pour mon mari et moi, en me disant qu'il viendrait, après la crèche, me rejoindre au salon", raconte Orphée.

    Elle dit qu'elle se souvient des gens qui se trouvaient autour d'elle dans le métro, "d'une dame toute mince, rasée et assez âgée, qui demandait à un monsieur si l'attentat était un vrai attentat ou pas". 

    La dame parlait sans doute des explosions qui avaient retenti quelques minutes plus tôt à l'aéroport Zaventem de Bruxelles.

    "Je ne savais pas de quoi elle parlait. Je l'écoutais sans l'écouter, je voyais deux jeunes femmes métisses qui écoutaient de la musique, je me disais que c'était fort (…). En me retournant, j'ai vu un jeune garçon de 9-10 ans, qui souriait à un grand monsieur. C'était très agréable. J'étais heureuse. J'étais très contente d'aller travailler (…). Je me souviens de la lumière, de la station Schuman que je n'avais pas vu depuis longtemps, qui a complètement changé, de mon café en main et de mon téléphone qui a vibré quelques minutes avant mais que je n'avais pas envie de sortir avec ma tasse de café en main, que si quelqu’un me bousculait, je risquais de faire un accident", poursuit-elle.

    Et ses souvenirs s'arrêtent là. Puis soudain, le cahot se transforme en chaos: Orphée se réveille dans la rue, par terre, le visage en sang…

    "Quand je me suis réveillée, j’ai réalisé où j'étais, j'étais assise sur une pierre à la sortie d'un parking en face d'un hôtel où il y avait un monsieur d'origine noire qui me demandait à chaque fois si j'allais bien, qui me mettait un essuie sur le visage. Je ne savais pas quoi lui répondre, il me demandait mon nom constamment, je lui répondais et puis à un moment donné ce monsieur a reçu un coup de fil et il s'est mis à pleurer – je crois qu'il a appris une mauvaise nouvelle — et il est parti".

    Il y a des policiers et des médecins… Les proches d'Orphée l'ont déjà vu à la télévision, mais elle ne le sait pas encore.

    A woman is evacuated by emergency services after a explosion in a main metro station in Brussels on Tuesday, March 22, 2016
    © AP Photo/ Virginia Mayo

     "Je n'avais pas de portable avec moi, je n'avais plus d'effets personnels, mon sac à main, je ne savais pas où il était. On m'avait déjà transportée ou guidée jusqu'à l'extérieur, apparemment je pouvais encore marcher".

    Les ambulanciers avaient beaucoup de travail à faire sur les lieux. Ils n'ont tout d'abord pas compris qu'Orphée était dans un état assez grave.

    "J'avais un bruit très sourd dans mon oreille, j'avais comme un goût de poudre, de fumée dans ma bouche, l'odeur était insoutenable. Et en fait au fur et à mesure que j'attendais je sentais que ma tête me faisait de plus en plus mal (…). Les ambulanciers, les gens sont venus près de moi. Ils m'ont dit + oui, c'est pas bien grave+".

    "Je sentais que je devenais de plus en plus sourde d’un côté (…). Ils me disaient que c’était normal mais je disais +je vais vomir+ (…) et je saignais de plus en plus. Un monsieur qui devait être médecin, il est venu et il m’a aidé, il a appelé les jeunes femmes ambulancières en disant +voilà, je crois qu'elle va mal+. Elles se sont un peu inquiétées. Elles se sont dit qu'il y avait peut-être un traumatisme crânien", se souvient Orphée.

    La jeune femme a été transportée d'urgence dans un hôpital. On lui a recousu la partie droite du visage, du haut du crâne au bas de la joue. Mais son corps est toujours criblé de mini-éclats métalliques qui la font souffrir, mais que les chirurgiens renoncent pour l'instant à extraire.

    "On m’a cousu à vif le visage, on m'a cousu la tête (…). J’ai mis un foulard parce que tous mes cheveux sont brûlés. Je les ai gardés là parce que mes parents, mon fils de deux ans ne m'ont toujours pas vu depuis mardi. Je n'ai pas envie de les effrayer (…). J'ai des débris dans mon corps, des éclats de métaux partout qu'on ne peut pas m'enlever parce que c'est minuscule".

    Mais la jeune coiffeuse ne perd pas le moral, elle dit ne pas ressentir de haine à l'égard des gens qui ont commis les attentats.

    "Je suis née aux Philippines mais je suis Belge de cœur, mon père est Belge, je m’appelle Vanden Bussche".

    "J'espère que mon fils quand il grandira, il n'aura pas de jugement, j'espère qu'il n'aura même pas de haine envers les gens qui ont fait ça. Je ne suis pas haineuse envers ces gens qui ont fait ça. Je suis juste triste (…). Ce qui m’attriste le plus, c’est que ce soit des Belges (qui aient commis ces attentats), ce sont des gens qui ont été éduqués ici, qui ont vécu ici, qui ont connu des gens ici, qui ont été éduqués comme nous", déplore la rescapée.


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