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    Un milicien de la brigade Faucons du désert s'apprête à jeter par terre le drapeau de Daech.

    "Nettoyage culturel": le patrimoine mondial dans le viseur de Daech

    © Sputnik . Mikhail Voskresenskiy
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    L'Etat islamique (2014) (1131)
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    Les extrémistes de Daech qui sévissent en Syrie et en Irak, pays riches en patrimoine historique, ont lancé en 2014 une lutte contre l'héritage historique et culturel de ces terres souvent désignés comme "berceaux des civilisations". La Directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, a déjà qualifié ces actes de vandalisme de "nettoyage culturel".

    Les terroristes dynamitent, pillent et anéantissent tout ce qui constitue l'héritage culturel: les bibliothèques, les monuments, les musées. Qui plus est, pour semer la terreur et pour s'imposer, Daech organise des exécutions démonstratives dans ces lieux historiques, gommant les traces de la civilisation, les racines historiques et les savoirs sacrés.

    Parallèlement, le marché noir de l'art voit affluer de nouvelles œuvres, œuvres dont les extrémistes ont pris possession.

    Le marché noir de l'art

    L'exportation illicite d'artefacts rapporte chaque année des dizaines de millions de dollars et constitue la principale source de leurs revenus après la vente de pétrole. Selon l'évaluation d'Elena Agapova, vice-présidente de la Société orthodoxe impériale de Palestine, la contrebande de pièces de valeur culturelle et historique aurait rapporté aux terroristes près de 36 millions de dollars (32 millions d'euros).

    Des milliers d'artefacts traversent quotidiennement les frontières de Syrie pour se retrouver dans les collections privées en Europe, aux Etats-Unis et dans les pays du Golfe.

    L'un des premiers actes de vandalisme commis par Daech a été enregistré en février 2015. Les extrémistes avaient alors attaqué le musée de Mossoul et détruit une partie des pièces d'une valeur inestimable. Sur la vidéo que ces vandales ont diffusée sur la Toile, on les voit détruire des œuvres d'art au marteau et à la perceuse. Or, il n'est pas exclu qu'ils aient vendu une partie des artefacts. Par ailleurs, les barbares ont fait sauter la bibliothèque centrale, détruisant environ 10.000 ouvrages anciens de philosophie, histoire et culture.

    Monastère de Saint-Elie. Archive photo
    © AP Photo / Col. Juanita Chang/U.S. Army
    Mais les vandales de Daech ne se limitent pas au pillage des musées. Ledit Etat islamique s'est emparé de territoires abritant des chantiers de fouilles archéologiques. En 2015, Daech contrôlait 10 sites culturels d'importance universelle, dont six classés patrimoine culturel par l'Unesco.

    Suite à l'afflux d'artefacts syriens sur le marché noir, le Conseil international des musées a publié les Listes rouges des biens culturels syriens et irakiens en péril illustrant les catégories ou types d'objets culturels qui sont les plus susceptibles d'être achetés et vendus illégalement, dont des fresques, des mosaïques et des pièces de monnaies (d'ailleurs, tous ces objets partent comme des petits pains sur Ebay).

    Destruction de sites historiques en Syrie

    De nombreuses villes syriennes ont été pillées et endommagées par Daech: Ebla, où ont été mis à jour plusieurs milliers de tablettes cunéiformes, Apamée, connue pour sa Grande colonnade, Nimrud, cité sumérienne, Maaloula, ville dont le monastère abrite les reliques de Sainte Thècle…

    ​La liste est impitoyablement longue, mais sans aucun doute Doura Europos mérite une mention particulière: cette ville située sur les rives de l'Euphrate a été détruite à 70%.

    En mai dernier, les extrémistes de Daech se sont emparés de Palmyre, l'un des plus grands musées de plein air du Proche-Orient. Amphithéâtres, arc de Triomphe, temples, colonnades, chambres funéraires — ces trésors de la cité antique absolument unique sont tombés entre les mains de l'Etat islamique.

    ​Des milieux culturels et académiques n'ont pas tardé à qualifier cette invasion de "terrorisme culturel", d'attaque contre le grand art unissant l'humanité. Dans la nuit de samedi à dimanche, la ville a été reprise par l'armée syrienne et les milices populaires. Mais la liesse de la libération a cédé place à la désolation: sous le joug islamiste, la ville a perdu un nombre important de vestiges.

    Selon le vice-ministre syrien de la Culture, 750 sites historiques du pays ont été endommagés par les commandos djihadistes.

    Mais les historiens et les archéologues ne se lassent pas: la restauration est possible, même si elle prendra des années. D'ailleurs, selon le vice-directeur du Musée de l'Orient de Moscou, Tigran Mkrtytchev un tel projet de longue haleine est susceptible d'unir pendant des années l'Occident et l'Orient.

    Dossier:
    L'Etat islamique (2014) (1131)

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    Tags:
    sites culturels, vestiges, antiquité, vandalisme, archéologie, terrorisme, UNESCO, Etat islamique, Irina Bokova, Palmyre, Mossoul, Proche-Orient, Syrie, Irak
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