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    Plutôt que de condamner Erdogan à La Haye, Bruxelles l’accueille chaleureusement

    "Plutôt que de condamner Erdogan à La Haye, Bruxelles l'accueille chaleureusement"

    © AFP 2019 Emmanuel Dunand
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    Comme le président Erdogan harcèle la presse en Turquie, ordonnant d'assaillir les éditions et d'arrêter les journalistes, qui critiquent sa politique, il semble clair qu'il veuille également limiter la liberté de la presse en Europe, estime une députée du parlement allemand.

    Le 17 mars, la chaîne de télévision allemande ARD a diffusé une vidéo satirique tournant en dérision le président turc Recep Tayyip Erdogan. En conséquence, le ministère turc des Affaires étrangères a immédiatement appelé l'ambassadeur allemand pour avoir des explications.

    Le clip, diffusé dans le cadre de l'émission humoristique Extra-3, était également accompagné d'une chanson moqueuse intitulée "Erdowi, Erdowo, Erdogan".

    L'agence Sputnik a interrogé Sevim Dagdelen, députée du parlement allemand, membre du parti Die Linke (La Gauche), sur son opinion sur le ressentiment du président turc à l'égard des critiques et sa volonté de limiter la liberté de la presse en Allemagne ainsi que sur l'amitié turco-européenne.

    "Il me semble que, dans ce cas, il s'agisse de cet accord misérable entre l'UE et la Turquie. Cela signifie que le gouvernement fédéral démontre une obséquiosité envers Erdogan. Cela conduit au fait qu'il permette à Erdogan de fouler aux pieds les droits fondamentaux de notre constitution, comme la liberté de la presse et d'expression", a-t-elle déclaré.

    Selon Mme Dagdelen, le gouvernement allemand doit prendre une position sans équivoque sur la protection de la liberté de la presse en Allemagne. Il doit repousser cruellement les attaques du président Erdogan sur la constitution allemande en précisant que le président turc ne peut pas interférer sur la liberté de la presse dans d'autres pays.

    "Le processus de rapprochement entre la Turquie et l'UE ne prévoit pas que l'UE doit s'adapter aux conditions en Turquie, aux conditions non démocratiques, mais au contraire, la Turquie doit s'adapter et mettre en œuvre la liberté de la presse, d'expression et d'autres libertés fondamentales", a-t-elle fait remarquer.

    Attaquant la presse en Turquie, M.Erdogan pense qu'il peut faire la même chose en Allemagne, parce qu'il voit que le gouvernement fédéral garde le silence, souligne la députée allemande.

    "Plutôt que de le condamner à La Haye pour ses crimes de guerre, il est accueilli chaleureusement par la communauté diplomatique à Berlin et à Bruxelles. Erdogan est dans une position avantageuse: il fait du chantage au gouvernement fédéral, et le gouvernement le permet", a-t-elle affirmé.

    Recep Tayyip Erdogan
    © AP Photo / Murat Cetinmuhurdar, Presidential Press Service
    Au sujet de la liberté d'expression en Turquie, Mme Dagdelen a indiqué qu'environ 90% de la presse turque est complètement dépendante du parti au pouvoir, c'est-à-dire du parti de M.Erdogan.

    En outre, la situation est plus dangereuse pour les journalistes étrangers. S'ils critiquent le chef d'Etat, ils ne sont pas accrédités. Mais ce n'est pas qu'à propos de la presse turque. Selon la parlementaire allemande, M.Erdogan veut répandre ses idées sur la liberté de la presse partout dans le monde. Par conséquent, il essaye d'interférer dans la liberté de la presse en Allemagne.

    Concernant les réactions vives du dirigeant turc engendrées par la vidéo satirique, la députée note, qu'en Turquie, on n'est pas habitué à ce genre de chose.

    Recep Tayyip Erdoğan
    © AP Photo / Rebecca Blackwell
    "En Turquie, il y a environ 2.000 poursuites pour outrage au président. Ils en sont même arrivés à reconnaître coupable un garçon de 14 ans d'avoir insulté le président. Et Erdogan le veut dans d'autres pays. Il ne permet pas la moindre critique contre sa personne ou contre ses politiques", a-t-elle indiqué.

    Quant aux relations étroites entre l'Union européenne et Ankara, Mme Dagdelen estime que M.Erdogan n'est pas un partenaire et ne peut pas être un partenaire pour l'Europe.

    "Le banc des accusés à La Haye attend Erdogan en raison du soutien qu'il fournit toujours aux terroristes en Syrie, et à cause de ses crimes contre la population kurde dans le sud-est du pays. Ainsi, à mon avis, une partie de la faute du gouvernement turc incombe sur ceux qui coopèrent et concluent des accords avec lui. A mon sens, l'accord entre la Turquie et l'UE est honteux pour l'Europe et doit être aboli", a conclu la députée allemande.

     

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    vidéo, droits de l’homme, liberté d'expression, liberté de la presse, ARD (TV), Die Linke, Union européenne (UE), Recep Tayyip Erdogan, Bruxelles, Turquie, Europe, Allemagne
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