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    Le président turc Recep Tayyip Erdogan

    Je t'aime, moi non plus: Erdogan vs Twitter

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    La récente suppression du hashtag #WeLoveErdogan par le réseau social Twitter a provoqué l'ire d'Ankara qui l'a qualifié de "censure". D'ailleurs, le président turc a aussi récemment essayé de bloquer Twitter.

    Le mot-clé #WeLoveErdogan a été créé sur Twitter à la veille d'une visite du président turc Recep Tayyip Erdogan aux Etats-Unis où il doit participer au Sommet sur la sécurité nucléaire. 

    Ce voyage n'avait rien d’une promenade de santé pour le dirigeant turc qui ne s'attendait pas à un accueil chaleureux à la Maison blanche. Le président américain Barack Obama a notamment refusé d'accompagner M.Erdogan lors d'une cérémonie d'inauguration d'une mosquée programmée dans le Maryland. Il s'agit d'un signal diplomatique assez clair.

    Plusieurs pommes de discorde s'empilent entre les Etats-Unis et la Turquie: le soutien accordé par Ankara aux terroristes du groupe Etat islamique (Daech) en Syrie, l'offensive turque contre les Kurdes, les poursuites contre les journalistes et les tendances antidémocratiques en Turquie. Il était donc temps de passer à l'expression des sentiments. De nombreux officiels turcs ont clamé leur amour pour le président turc sur Twitter. 

    Le hashtag #WeLoveErdogan, qui a battu tous les records de popularité, a été supprimé quelques heures après sa création et les autorités turques ont crié à la censure.

    Un nouveau mot-clé #TwitterCensoredErdogan (Twitter a censuré Erdogan) se propage sur Internet.

    ​"Il est bizarre que Twitter ait supprimé ce mot-clé (#WeLoveErdogan). La façon dont cela s’est passé n’est pas claire, mais nous le qualifions d'hypocrisie. Pourquoi la phrase "Nous aimons Erdogan" irrite certaines personnes? Pourquoi fait-elle l'objet de censure?" s'est demandé le vice-premier ministre turc Yalcin Akdogan.

    Le ministre turc de la Justice Bekir Bozdag a souscrit aux propos de son collègue.

    "Il faut mettre fin à cette politique de deux poids deux mesures, à l'hypocrisie et à la fausse démocratie. Vous ne réagissez pas lorsque des insultes sont diffusées par le biais de faux comptes, mais vous vous ingérez quand les gens manifestent leur amour. C'est inexplicable", a-t-il indiqué.

    D'ailleurs, des utilisateurs du réseau social estiment que Twitter "n'aime pas Erdogan" en raison du jeu malhonnête de ses partisans. La popularité du mot-clé pro-Erdogan serait en réalité due au fait que de nombreux tweets ont été générés artificiellement par de faux comptes Twitter (bots).

    La confrontation entre Recep Tayyip Erdogan et le réseau social Twitter ne date pas d'hier. En 2014, le gouvernement turc a bloqué Twitter sur le territoire du pays. 

    M.Erdogan, qui était alors premier ministre, a accusé le réseau social de porter atteinte à sa vie privée suite à la diffusion par deux internautes de conversations téléphoniques révélant l'implication de la famille Erdogan dans des affaires de corruption. Ce scandale a éclaté à la veille des élections.

    M.Erdogan était indigné: "Ils respectent les lois des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la Chine et d'autres pays, mais lorsqu'il s'agit de la Turquie (…) ils commencent à parler de la liberté d'expression. Nous ne sommes pas un pays du tiers monde et tout le monde doit respecter nos lois et notre Constitution".

    Les sanctions turques ont provoqué un tollé sur Twitter en 2014. Le hashtag #TwitterBlockedInTurkey (Twitter interdit en Turquie) s'est retrouvé au Top des tendances de Twitter.

    M.Erdogan a dû céder, tout en menaçant de punir ses ennemis sur Internet.

    "Il existe de nouvelles mesures à prendre sur Internet dont l'interdiction d'accès à YouTube et à Facebook", a-t-il déclaré à la télévision turque.

    Par la suite, M.Erdogan a probablement décidé de changer de tactique. En 2015, il créé un compte sur Twitter. Dans son premier tweet signé RTE (Recep Tayyip Erdogan), il a appelé les internautes à renoncer au tabac. Le président turc avait antérieurement affirmé qu'il n'avait pas de temps pour tweeter. "Je n'ai pas assez de temps libre pour ça, je travaille jour et nuit", avait-t-il affirmé.

    Y aurait-t-il un happy end à cette histoire d'amour?

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    Tags:
    censure, Internet, Twitter, Yalcin Akdogan, Recep Tayyip Erdogan, États-Unis, Turquie
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