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    Angela Merkel

    Sketch anti-Erdogan: Merkel sous le feu des critiques

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    Affaire Böhmermann (28)
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    La chancelière allemande a décidé de donner suite à la demande de poursuites pénales réclamée par Ankara contre le comique ayant dépeint le président turc en zoophile, tout en annonçant vouloir supprimer la disposition permettant une telle procédure. Le président turc avait déposé plainte pour injure.

    Les hommes politiques et experts allemands critiquent la décision de la chancelière fédérale Angela Merkel d'autoriser les poursuites pénales réclamées par la Turquie contre le satiriste allemand Jan Böhmermann qui avait publié un sketch contre le président turc Recep Tayyip Erdogan.

    Les ministères allemands des Affaires étrangères et de la Justice ont voté contre cette décision, a notamment déclaré vendredi à Berlin le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier.

    "Les ministères dirigés par les représentants du Parti SPD (social-démocrate) se sont prononcés contre l'idée de donner suite à cette requête", a indiqué M.Steinmeier lors d'une conférence de presse conjointe avec le ministre de la Justice Heiko Maas.

    Selon le chef de la diplomatie, les ministres étaient à égalité lors du vote à ce sujet et la position de Mme Merkel a joué le rôle décisif.

    M.Maas a quant à lui déclaré que c'était au tribunal de statuer si le satiriste était coupable ou non d'insultes envers le président Erdogan.

    "Je considère la décision de Mme Merkel comme une erreur politique", a indiqué le chef du groupe parlementaire des Verts (Die Grünen) Anton Hofreiter.

    Selon lui, la chancelière allemande s'est tirée une balle dans le pied.

    "A présent, elle doit faire face à des accusations selon lesquelles l'accord avec la Turquie (sur les migrants) prime sur la liberté d’expression", a-t-il ajouté.

    Le président du groupe parlementaire du Parti social-démocrate (SPD) Thomas Oppermann a condamné la décision du gouvernement allemand de donner suite à la demande turque de poursuites pénales à l’encontre du comique Jan Böhmermann.

    "Je considère cette décision comme erronée. Poursuivre un satiriste en justice pour avoir insulté un dirigeant est contraire à la démocratie moderne", a-t-il indiqué sur Twitter.

    ​Pour Ralph Ghadban, expert allemand en affaires islamiques et en intégration, il s'agit d'une "journée noire pour l'Allemagne".

    Le président turc Recep Tayyip Erdogan
    © AP Photo / Basin Bulbul / Presidential Press Service

    "Personne ne pouvait imaginer à quel point l'Allemagne était dépendante de la Turquie (…). Mme Merkel soutient les poursuites pénales tout en affirmant que l'article 103 devrait être supprimé. Elle cherche à plaire à tout le monde (…). Quant à l'ouverture des frontières, elle s'est appuyée sur le même principe: en tirer un bénéfice moral tout en durcissant la législation sur l'immigration", a estimé M.Ghadban.

    "La parole de l'Allemagne a du poids en Europe. Mais cet incident empêchera l'Allemagne d'influer sur l'évolution de la situation en Europe. La position de Mme Merkel contribue à l'effondrement de l'Europe", a conclu M.Ghadban.

    Ankara avait réclamé officiellement à l'Allemagne d’autoriser ces poursuites contre le satiriste Jan Böhmermann qui, dans un poème diffusé début avril par la chaîne publique NTV NEO, avait accusé le président turc de représailles contre les Kurdes et les chrétiens, ainsi que de chercher à fermer les journaux d'opposition. M.Böhmermann traitait notamment le numéro un turc de "pervers, pouilleux et zoophile".

    Dossier:
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    Tags:
    poursuites, scandale, justice, Parti vert allemand (Die Grünen), Parti social-démocrate allemand (SPD), Ralph Ghadban, Anton Hofreiter, Jan Böhmermann, Thomas Oppermann, Heiko Maas, Frank-Walter Steinmeier, Recep Tayyip Erdogan, Angela Merkel, Allemagne
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