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    L'Europe complice des morts des migrants en Méditerranée

    L'Europe complice des morts des migrants en Méditerranée

    © AFP 2019 Aris Messinis
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    Crise migratoire (789)
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    L'Union européenne est accusée de complicité dans les morts des migrants noyés en mer Méditerranée après qu'elle a délibérément arrêté les opérations de sauvetage. Eclairage du co-auteur du rapport "La mort par sauvetage: l'effet létal de la politique européenne de non-assistance en mer", Lorenzo Pezzani, dans un entretien à Sputnik.

    L'UE se rendait complétement compte de ce qu'elle faisait lorsqu'elle a remplacé l'opération Mare Nostrum par Triton, ainsi que des conséquences mortelles que cette démarche aurait. Mais malgré tout, les responsables européens ont décidé de poursuivre leur dessein.

    "Les découvertes sont choquantes", confie Lorenzo Pezzani.

    Une équipe de chercheurs de Goldsmiths, University of London, ont révélé que les documents d'évaluation interne de l'agence européenne Frontex (qui a initié l'opération Triton), inaccessibles au public jusqu'ici, disaient à propos de l'afflux de migrants:

    "Il faut souligner que le retrait des forces navales de mer, si non planifié proprement et annoncé bien à l'avance, entraînera probablement un nombre de morts plus élevé".

    Le gouvernement italien a décidé de cesser sa mission Mare Nostrum, visant à secourir en mer les immigrés clandestins, en octobre 2014. Mare Nostrum a été remplacée par l'opération Triton menée par l'agence Frontex.

    Le rapport "La mort par sauvetage" est le résultat de travaux de terrain, de l'analyse des démarches entreprises ainsi que des documents sur la politique européenne.

    "Le rapport met en lumière les conséquences de la décision de l'UE de cesser les opérations de sauvetage, la décision a laissé un grand vide dans les capacités de sauvetage de l'Union, et a délégué la charge de responsabilité dans les régions dangereuses sur les grands navires commerciaux", explique M. Pezzani à Sputnik.

    Et c'est alors que ces navires ne sont pas équipés pour mener des opérations de sauvetage…

    "Leur équipage n'a pas reçu l'entraînement nécessaire, il y a d'habitude entre 10 et 20 personnes à bord, et la structure du navire ne permet pas de conduire les opérations de sauvetage des bateaux de migrants, surchargés et hors d'état de naviguer", poursuit-il.

    18 APRIL from Laure Vermeersch on Vimeo.

    La faute pourrait certainement revenir aux contrebandiers, mais il ne faut pas oublier que l'UE a conçu la politique de sauvetage des migrants à l'aide des cargos, et que de multiples morts en ont résulté par la suite. Un navire s'est échoué et a chaviré provoquant la mort de plus de 800 personnes. Seulement 28 personnes ont survécu. Un autre naufrage s'est produit lorsqu'un cargo se dirigeait vers un bateau de migrants créant le chaos à bord de ce dernier. Par conséquent, le bateau a chaviré.

    "Les équipes professionnelles de recherche et de sauvetage ont un protocole spécial pour éviter de tels scénarios. Cela ne veut pas dire pour autant qu'une équipe professionnelle évitera immanquablement toute mort, mais ce qui est certain c'est qu'on aurait pu éviter de nombreuses morts, alors que les deux cas mentionnés font partie d'une liste plus grande de naufrages", souligne l'interlocuteur de Sputnik.

    En avril 2015, 400 personnes ont péri lorsqu'un bateau surchargé a chaviré. Six jours plus tard, 800 migrants se sont noyés en Méditerranée, qui avait déjà été baptisée le cimetière de migrants.

    12 April 2015 shipwreck AIS data animation from charles heller on Vimeo.

    En 2015, le nombre total de personnes mortes en mer a atteint la barre des 3.700.

    "Dans le rapport, la découverte la plus choquante est que l'UE était consciente que la cessation des opérations de sauvetage pourrait entraîner des décès massifs, mais rien n'a été fait pour résoudre ce problème", résume M. Pezzani.

    L'Europe a donc préféré les mesures dissuasives aux vies des migrants et a rendu la traversée de la Méditerranée plus dangereuse et plus difficile, espérant que le nombre de migrants qui choisissent cette route réduira en conséquence. Mais la stratégie a fonctionné d'une manière tout à fait contraire.

    "A l'hiver 2015, le nombre des arrivés était exactement le même qu'à l'hiver 2014, quand Mare Nostrum était appliquée. Ce qui a changé, c'est le danger et la probabilité de nouvelles morts", conclut M. Pezzani.

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    morts, crise migratoire, rapport, migrants, naufrage, Union européenne (UE), Lorenzo Pezzani, Méditerranée, Europe
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