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    Blocage de Sputnik-Turquie: Ankara se venge de Moscou

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    Le contexte actuel turc est peu enviable: le site de Sputnik est bloqué, le rédacteur en chef refusé d'entrer dans le pays, sans parler d'autres péchés innombrables. Mais de cette sorte Ankara ne se venge pas de l'agence de presse, il se venge plutôt de Moscou pour les mesures de rétorsion introduites après que l'avion russe a été abattu.

    L'extrême censure est profondément intégrée dans la réalité turque de ces derniers temps. Le régime du président Recep Tayyip Erdogan traite de la même manière d'autres médias qui ne conviennent pas à ses standards. Dont des exemples nous sont fournis presque chaque jour.

    Cependant, quand il s'agit de Sputnik, il y a derrière ce blocage un motif international: Ankara ne se venge pas de l'agence de presse en elle-même, mais se venge ainsi de Moscou pour les mesures de rétorsion introduites après que l'avion russe a été abattu. Et l'Europe ne va apparemment pas réagir sur ce sujet à cause de sa politique de deux poids deux mesures, affirme Stevan Gajic, représentant de l'Institut pour les études européennes à Belgrade.

    De même, le blocage de Sputnik est aussi une partie de la stratégie de vengeance pour une autre chose, notamment pour les projets irréalisés du gouvernement turc sur le sol syrien, rajoute l'ancien analyste de la CIA Ray McGovern.

    Les dernières démarches de la Turquie s'inscrivent parfaitement dans sa manière générale de traiter la presse critique à l'égard du président. Et à quoi s'attendre dans le contexte actuel où il bannit tout ce qu'il qualifie de lèse-majesté?

    "La Turquie fait tout son possible pour éradiquer toute couverture médiatique indépendante, motif qui est derrière le refus d'entrée du rédacteur en chef de Sputnik-Turquie. Et cela suscite de fait de très graves inquiétudes", estime le membre du Bundestag du parti Die Linke (La Gauche) Andrej Hunko dans un entretien à Sputnik. "Je suis désagréablement surpris par la réaction hésitante, à contre-cœur, de l'UE et du gouvernement fédéral".

    Et depuis que l'accord Turquie-UE a été signé, on a de plus en plus l'impression que les limitations turques de la presse s'aggravent à vue d'œil.

    "On a prévenu que si, dans le contexte actuel, les travaux sur l'adhésion de la Turquie à l'UE se poursuivaient tout de même et que des accords similaires étaient encore conclus, la Turquie recevrait tout simplement la preuve que sa politique est correcte", déplore M. Hunko. "Malgré les tendances négatives en Turquie, on conclut de plus en plus d'accords avec elle".

    En Turquie, il existe actuellement une tendance très populaire à refuser tout le travail des journalistes, poursuit Dominique Pradalié, secrétaire générale du Syndicat national des journalistes. Le correspondant de la télévision allemande ARD s'est vu refuser le même accès.

    "C'est extrêmement grave, en Turquie les journalistes sont en justice, ils sont en prison, plus de trente sont en prison", fait remarquer Mme Pradalié. "Ceux qui sont trainés devant la Cour de justice risque une peine de prison énorme pour espionnage, pour trahison, etc".

    Le problème qui demeure c'est que tout le monde s'en émeut en Europe mais personne n'entreprend rien. Ils essaient de remédier à la crise des refugiés et laissent de côté le problème de l'information libre des journalistes qui est pourtant un problème démocratique essentiel, met-elle en exergue.

    Alors qu'en effet on pourrait à travers la Fédération internationale des journalistes, par exemple, se réunir et envoyer une mission au gouvernement turc — voilà l'une des solutions possibles.

    Au cours des six derniers mois, dix violations de la part des autorités turques ont été enregistrées lorsque des correspondants de la presse étrangère voulaient travailler sur le territoire turc, la plupart voulaient suivre soit la question des réfugiés, soit la question des régions kurdes, raconte le chargé de projet à l'Institut européen du journalisme Mehmet Koksal.

    "Les autorités turques établissent visiblement des listes noires puisque la plupart des collègues sont soit arrêtés au moment où ils arrivent, où ils atterrissent à Istanbul, ils ne peuvent plus passer la douane, ils sont interrogés et ensuite relaxés, certes, mais renvoyés dans le pays d'origine, leur pays de provenance".

    Or, Sputnik n'est pas évidemment le seul média concerné. Un certain nombre de médias, y compris norvégiens, allemands, américains, britanniques et même hollandais, sont eux aussi concernés par ce qui se passe en Turquie. Et Toural Kerimov n'est pas non plus le seul cas, il y a beaucoup d'autres cas de journalistes d'Europe du nord notamment d'Allemagne, du Danemark et de Suède qui ont également subi cette censure turque sans bornes.

    Visiblement, la tension est tellement forte que les autorités turques ont établi des listes pour refuser certains journalistes qui n'écriraient pas ou ne rapporteraient pas la manière dont Ankara analyse les choses.

    La décision des autorités turques va à l'encontre des normes internationales, fustige l'avocat turc Cemal Polat.

    "Il n'y a aucun raisonnement juridique en principe pour l'expulsion des journalistes. Actuellement, la Turquie est confrontée à un problème grave d'indépendance du système législatif. En tout cas, il fallait fournir à M. Kerimov une justification du refus d'entrer. Notre législation ne permet pas au gouvernement d'expulser du pays les étrangers sans leur expliquer la raison", résume M. Polat.

    Dossier:
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    Tags:
    blocage, liberté d'expression, censure, liberté de la presse, Sputnik, Recep Tayyip Erdogan, Ankara, Turquie, Moscou, Russie
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