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    L’Italie sauvera-t-elle l’Europe?

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    Face à la menace de désintégration, l'Union européenne a besoin d'un leader capable de la sauver. Et ce n’est ni l’Allemagne, ni la France, estime un analyste.

    Anatole Kaletsky, journaliste spécialisé en économie écrivant pour Reuters et International Herald Tribune, a consacré à ce sujet un grand article publié par Project Syndicate, syndicat de journalistes diffusant des commentaires et articles analytiques dans des médias nationaux. 

    Le premier nom qui vient d'ordinaire à l'esprit est celui d'Angela Merkel. Anatole Kaletsky estime cependant que le dédain avec lequel la chancelière allemande refuse de prendre en compte les intérêts européens quand ils menacent sa popularité en Allemagne est devenu le pire cauchemar de tous les dirigeants européens. Selon lui, en dépit de ses déclarations d'amour pour le projet européen, Mme Merkel a causé à l'UE plus de tort que tout autre politique. 

    Anatole Kaletsky croit que les autres candidats évidents à ce rôle soit déclareront forfait, soit ne pourront pas le remplir: le Royaume-Uni s'est exclu lui-même, la France est paralysée jusqu'à l'élection présidentielle de l'année prochaine et, peut-être, au-delà tandis que l'Espagne ne parvient même pas à former un gouvernement. 

    Il existe cependant un pays qui a dominé la politique et la culture de l'Europe pendant la majeure partie de son histoire et qui est actuellement considéré comme périphérique. Ce pays qui s'appelle l'Italie rétablit actuellement son rôle historique en Europe comme une source des meilleures idées et de leadership dans la politique et, ce qui est le plus étonnant, dans l'économie. 

    Anatole Kaletsky cite à titre d'exemple la Banque centrale européenne devenue, sous la direction de l'Italien Mario Draghi, la banque centrale la plus créative du monde. Les immenses programmes d'assouplissement quantitatif que M.Draghi a imposé en dépit de l'opposition allemande ont sauvé l'euro. 

    La sourde révolte contre la politique économique du gouvernement allemand et de la Commission européenne menée sous la direction de l'Italie est moins évidente. Le ministre italien des Finances Pier Carlo Padoan a argumenté mieux que tout autre dirigeant de l'UE avant lui l'idée des incitations fiscales pendant les conférences de l'UE et lors de la récente réunion du FMI en avril à Washington. 

    M.Kaletsky fait remarquer que le ministre italien met déjà en œuvre ces incitations fiscales en diminuant les impôts sans toucher aux dépenses publiques, contrairement aux exigences de l'Allemagne et de la Commission européenne de durcir la politique budgétaire. Les mesures de M.Padoan portent déjà leurs fruits: l'Italie sera l'unique pays du G7 dont le taux de croissance en 2016 sera supérieur à celui de 2015 (même si cette croissance ne sera que de 1%).   

    La résistance de l'Italie aux dogmes économiques allemands ne surprend pas, d'autant plus que Pier Carlo Padoan est l'unique ministre des Finances du G7 à avoir fait des études d'économie. Il comprend mieux que quiconque que la politique fiscale et monétaire erronée est à l'origine de l'état lamentable de l'économie européenne et des contradictions politiques menaçant de détruire l'Union européenne.  

    En outre, l'Italie se comporte avec davantage d'assurance en matière de politique étrangère. Son ministre des Affaires étrangères Paolo Gentiloni met au point une politique européenne plus pragmatique et efficace à l'égard de la Libye et de la crise migratoire. Cela concerne également les relations avec la Russie et la coopération avec la Syrie. 

    Sur fond d'échec du leadership allemand en Europe et du vide politique au sein de l'UE, écrit Anatole Kaletsky, la décision de l'Italie d'accroître son activité est, sans aucun doute, correcte. Le premier ministre italien Matteo Renzi a déclaré dans une récente interview:  "J'ai écouté pendant deux ans, maintenant je parle". 

    L'Italie, réussira-t-elle à former une coalition de pays progressistes du point de vue économique et pragmatiques sur le plan politique afin de faire face au conservatisme et au dogmatisme allemands? 

    Anatole Kaletsky estime que la nouvelle génération d'hommes politiques italiens rusés et habiles saura prendre le dessus sur les dinosaures allemands malhabiles, dont les règles et doctrines obsolètes mènent l'UE à l'extinction. 


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    Tags:
    leadership, désintégration, Union européenne (UE), Pier Carlo Padoan, Mario Draghi, Paolo Gentiloni, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Europe, France, Allemagne
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