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L'Ukraine risque de s'engager sur la voie d'une "nouvelle et terrifiante époque de la censure" après que son président Piotr Porochenko a transmis en mai 2015 la gestion des archives de l'Etat à l'Institut de la mémoire nationale, placé sous la direction de Vladimir Viatrovych.

L'ambition de réécrire l'histoire est une tentative de lutter contre son identité. L'omission de crimes des nationalistes ukrainiens lors de la Seconde Guerre mondiale provoquera une aberration de l'histoire, rapporte le journal américain Foreign Policy.

"Protégeant une histoire nationaliste et révisionniste, M.Viatrovych recycle l'histoire moderne de l'Ukraine afin de disculper des groupuscules nationalistes ukrainiens qui ont participé à l'holocauste et aux purifications ethniques de masse", lit-on dans l'article.

Le révisionnisme ukrainien est concentré autour de deux groupes nationalistes dont l'Organisation des nationalistes ukrainiens et l'Armée insurrectionnelle ukrainienne. Durant la guerre, ces groupes ont tué des dizaines de milliers de Juifs et ont procédé à de nombreuses épurations ethniques, tuant notamment plus de 100.000 Polonais.

Toutes ses actions ont été faites en échange de l'indépendance vis-à-vis du pouvoir soviétique promise par Hitler. Mais l'indépendance de l'Ukraine ne faisait pas partie des plans des autorités allemandes.

L'Institut de la mémoire nationale raconte sa propre version de la Seconde guerre mondiale en insistant sur des crimes prétendument commis par le pouvoir soviétique et en louant les individus ou groupes qui ont lutté pour l'indépendance de l'Ukraine. Mais on ne dit rien sur le rôle des nationalistes ukrainiens dans les nettoyages ethniques dont Polonais et Juifs ont été victimes de 1941 à 1945 après l'intervention des nazis sur le territoire de l'ancienne Union soviétique.

"C'est pour cela que l'institut n'est qu'une couverture servant à introduire un point de vue unilatéral et non-objectif sur l'histoire moderne de l'Ukraine", conclut l'auteur de l'article.

En avril 2015, la Rada Suprême a adopté un projet de loi "Sur le statut législatif et sur la mémoire des participants de la lutte pour l'indépendance de l'Ukraine au XXe siècle". Selon ce projet de loi, l'Armée insurrectionnelle ukrainienne et l'Organisation des nationalistes ukrainiens ont obtenu le statut de combattants pour l'indépendance de l'Ukraine. Dans le fond, cette loi a réhabilité des militants des mouvements nationalistes ukrainiens.

Dans une tentative de décommunisation du pays, le parlement ukrainien a interdit les symboles soviétiques et communistes et changé systématiquement les noms des rues et des monuments liés aux personnalités soviétiques en 2015. Qui plus est, des classiques de la littérature russe, décédés bien avant la Révolution d'octobre 1917 comme Pouchkine, Lermontov et Tchékhov, ainsi que le premier homme dans l'espace, Iouri Gagarine, sont tombés sous le coup de la loi "Sur la condamnation des régimes totalitaires communiste et national-socialiste en Ukraine et l'interdiction de la propagande et de leurs symboles".

Dans le cadre de la décommunisation, l'Ukraine a également détruit, au cours de deux dernières années, de nombreux monuments à Lénine, dont des œuvres de haute qualité. Elle a en outre interdit la diffusion en Ukraine de films et séries de production russe. De plus, le Comité d'Etat de la télévision et radiodiffusion ukrainien a publié une liste de livres imprimés en Russie et interdits d'importation en Ukraine. Des mesures soi-disant prises pour éviter de "désinformer" les citoyens ukrainiens.

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Tags:
purge ethnique, décommunisation, nationalisme, censure, histoire, Seconde Guerre mondiale, Institut ukrainien de la mémoire nationale, Petro Porochenko, Ukraine
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