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Rapport Chilcot (14)
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Le rapport sur le rôle du Royaume-Uni dans la guerre en Irak, qui était attendu depuis sept ans, a enfin été publié. Ses conclusions sont accablantes pour le premier ministre de l'époque, Tony Blair, qui a déjà exprimé sa "peine", ses "regrets" et ses "excuses".

"Nous avons conclu que le Royaume-Uni avait décidé de se joindre à l'invasion de l'Irak avant que toutes les alternatives pacifiques pour obtenir le désarmement ne soient épuisées. L'action militaire n'était pas inévitable à l'époque", a résumé le président de la commission d'enquête John Chilcot.  

Aussitôt après la publication du rapport Chilcot, Sputnik a interrogé deux experts irakiens sur ses retombées éventuelles. 

L'ex-premier ministre britannique Tony Blair
© Flickr / Center for American Progress
Le premier, Tareq Harb, qui est spécialiste en droit international, estime que le rapport ne sert pas de fondement pour demander à la Grande-Bretagne un dédommagement financier. La commission qui l'a rédigé n'est pas un tribunal. Les auteurs du rapport ne font que l'exposé des faits. 

M.Harb a ajouté que le contenu du rapport ne permettait pas à l'Irak d'engager les poursuites judiciaires contre le Royaume-Uni. 

"La décision sur l'invasion de l'Irak a été adoptée officiellement par le Conseil de sécurité de l'Onu. C'était une décision légitime. Si l'Irak accuse la Grande-Bretagne d'avoir mené la guerre, la réponse sera: "Nous n'y sommes pour rien". En l'occurrence, l'Irak devrait engager des poursuites contre les 21 Etats ayant participé à la guerre sous la conduite des Etats-Unis. Ce rapport suscitera l'indignation à l'intérieur du Royaume-Uni dont les habitants reprocheront au gouvernement de s'être immiscé et d'avoir dépensé tant d'argent", conclut l'expert. 

Un autre expert, le directeur du centre d'études politiques et stratégiques  à l'Université al-Mustansiriyah Aziz Jaber Shayal, s'est exprimé sur l'image du Royaume-Uni à la lumière du rapport. 

Il estime que l'ingérence du Royaume-Uni était une erreur à tous les égards. En outre, après sa sortie de l'UE, le royaume ne bénéficiera pas du soutien de la communauté internationale si l'Irak réclame un dédommagement. Car Bagdad doit exiger qu'on dédommage tout ce qui a été détruit au cours de l'invasion. 

"Tony Blair invoque sa "bonne foi" au moment de la prise de décision sur l'invasion, mais de quelle bonne foi peut-on parler si la guerre a entraîné la mort d'un million d'Irakiens et a eu pour effet la destruction de l'infrastructure? C'est pourquoi il faut réclamer une compensation non seulement de la part du Royaume-Uni, mais aussi de la part des Etats-Unis", s'indigne l'expert. 

Pour ce qui est de l'impact du rapport sur la future politique britannique dans l'hypothèse d'une nouvelle coalition de guerre, M.Shayal croit que Londres ne participera plus à des campagnes similaires lourdes d'aussi grandes pertes financières. 

En ce qui concerne Tony Blair en personne, M.Shayal note que le rapport ne jette pas sur lui l'entière responsabilité. 

"Il est en effet responsable. Mais ses intentions étaient bonnes. Bien que ce soit un jeu de mots, car s'il avait été reconnu entièrement responsable, la justice britannique aurait dû le juger. Mais c'est très peu probable, du moins dans un proche avenir", regrette l'expert.


Dossier:
Rapport Chilcot (14)

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Tags:
dédommagement, destruction, rapport, guerre d'Irak (2003), Conseil de sécurité de l'Onu, Tony Blair, Royaume-Uni, Irak
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