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    Vladimir Poutine et François Fillon. Archive photo

    Sénateur russe sur les rapports Poutine-Fillon: la presse veut «jouer la carte Poutine»

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    Arrivé à Paris pour participer au Dialogue franco-russe, le sénateur russe Alexeï Pouchkov a évoqué dans un entretien exclusif à Sputnik France les relations entre Vladimir Poutine et François Fillon au moment où «les gens sont fatigués de cette russophobie qui déferle sur les pages et sur les écrans».

    La présidence de François Hollande appartiendra bientôt au passé et le triomphe du candidat à la présidentielle de 2017 François Fillon à la primaire de la droite semble jalonner ce nouveau tournant dans la politique de l'État français. Dans le même temps, la presse semble jouer la carte Poutine : au lendemain de la victoire inattendue de François Fillon au premier tour de la primaire des Républicains, l'ancien premier ministre français « s'est retrouvé » en compagnie de Vladimir Poutine à la Une de tous les médias. Regardez par exemple le titre de la chaîne BBC : « L'ami de Poutine remporte la primaire ». Et ce n'est pas le seul !

    « Je  pense qu'il y a le désir des médias de jouer la carte Poutine. Hillary Clinton a essayé de jouer cette carte aux États-Unis d'une manière négative, mais Trump a joué aussi cette carte de manière positive parce qu'il évoquait Poutine en tant que partenaire futur et la Russie comme le pays avec lequel il faudrait forger une nouvelle relation », estime Alexeï Pouchkov, membre du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe), en visite à Paris pour assister à une table ronde de l'association Dialogue franco-russe sur le thème « La Russie et la France: navigation commune dans le contexte de la crise systémique ».

    « Donc, je ne pense pas que c'est une mauvaise publicité pour M. Fillon bien que je pense que les raisons pour lesquelles il a gagné les primaires sont surtout des raisons intérieures à la France. Donc le fait Poutine est un élément sensationnaliste de la présentation de sa victoire mais bien sûr que le facteur de la Russie n'a pas joué un rôle dominant dans cette campagne pendant les primaires », poursuit-il.

    Et pourtant, la question de la Russie reste importante pour la France. François Fillon de son côté a décidé de ne pas cacher ses positions sur la Russie et d'aller ainsi à contre-courant du mainstream médiatique français.

    « Ça a nécessité probablement un certain courage mais je pense que ça a joué pour M. Fillon parce qu'à mon avis parmi les électeurs français, italiens, autrichiens, hongrois et aussi américains il y a une demande de réexamen des relations avec la Russie. Parce que les gens sont fatigués de cette russophobie qui déferle sur les pages et sur les écrans. Je pense qu'il y a une différence très nette entre les réseaux sociaux en France et les médias français parce que ce que je lis dans les réseaux sociaux est absolument différent de ce que je lis dans le Monde », met en valeur l'interlocuteur de Sputnik.

    Tandis que la principale concurrente de M. Fillon, Marine Le Pen, est elle aussi souvent accusée d'être trop proche de la Russie, M. Pouchkov croit que la majorité de la population européenne (et aussi américaine) est plutôt en faveur d'une bonne relation avec ce pays.

    « Je trouve qu'une grande partie de la population européenne est plutôt en faveur d'une bonne relation avec la Russie et que les médias et une partie des élites politiques jouent un jeu politique contre la Russie. J'ai remarqué ça aussi aux États-Unis ».

    M. Trump n'a pas caché qu'il voulait avoir une relation personnelle avec Poutine, qu'il voulait voir la Russie aux côtés des Américains pour combattre Daech, et ça ne l'a pas empêché de gagner la campagne électorale.

    « Il s'est présenté en tant que partenaire possible pour la Russie et les Américains n'ont pas dit : c'est un monstre, il veut forger une relation avec Poutine, non, on ne va pas voter pour lui ! Et aussi le fait qu'Hillary Clinton a misé sur une haine politique envers Poutine et sur un discours de confrontation avec la Russie, ça ne l'a pas aidé à gagner les élections », fait remarquer le sénateur.

    De même, quand M. Fillon a évoqué la nécessité d'un dialogue avec la Russie et d'en terminer avec ces sanctions assez absurdes ça n'a pas généré dans la société française un rejet, un refus et un discours négatif envers M. Fillon, ça ne l'a pas empêché de gagner les primaires.

    « Quand les journaux exploitent le thème Poutine, peut-être veulent-ils l'exploiter de manière négative mais au fond ils créent une publicité à M. Poutine et à son influence politique parce que s'il est un peu partout, s'il gagne toutes les élections — certains observateurs occidentaux m'ont expliqué que Poutine avait gagné les élections en Bulgarie, en Moldavie, aux États-Unis et maintenant il va gagner une élection en France — je trouve ça absurde d'un côté parce qu'il ne se mêle pas des élections mais aussi ça démontre que l'influence de la Russie est en train de monter, que le facteur russe devient prépondérant dans la politique internationale et si tout le monde voit le spectre de Poutine derrière les victoires des politiques plus réalistes que ceux qui ont occupé ces places auparavant, ça démontre que Poutine a une certaine influence, une influence même extrêmement importante. Donc, quand je vois ces titres, je me dis qu'ils voulaient jouer sur le négatif, mais peut-être qu'ils jouent de manière positive, pour la Russie ».

    Mais quelles relations lient réellement Poutine et Fillon en réalité, à part le fait d'avoir travaillé tous les deux comme premiers ministres et leur participation au club de Valdaï ? Selon M. Pouchkov, M. Fillon a des opinions assez fortes sur la Russie et, en tant que gaulliste, il considère la Russie comme un partenaire nécessaire pour la France.

    « Si la France veut garder au moins une partie de sa souveraineté à l'intérieur de l'Otan et à l'intérieur de l'UE, elle doit avoir des partenaires privilégiés à l'extérieur de l'Otan et de l'UE. Et la Russie est le partenaire privilégié je dirais naturel pour la France depuis les temps de la détente de De Gaulle en 1966 », explique le sénateur.

    Quand la France était alliée avec la Russie, elle gagnait, quand elle était contre la Russie, elle perdait : c'est une logique historique qui a été remarquée par les Français eux-mêmes.

    « Je pense que M. Fillon en tant que leader national comprend bien que la route entre Paris et Moscou ne doit pas s'effectuer via Washington », ajoute-t-il.

    Cependant, ça ne veut pas dire que la France ne doit pas avoir de relations d'allié avec les États-Unis. Ces relations doivent être maintenues, alors que la France pourrait avoir des relations beaucoup plus positives et constructives avec la Russie que dans le cadre de cette politique de l'UE faite de sanctions, de pressions, d'ultimatums dont tout le monde est fatigué, l'Europe comme la Russie.

    « Avec M. Fillon comme président, peut-être la France pourra-t-elle jouer le rôle d'un pays qui initiera un réexamen de cette politique qui, de toute façon, mène à l'impasse et interdit cette coopération entre la France et la Russie qui est nécessaire pour les deux côtés », a résumé M. Pouchkov.

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    campagne médiatique, relations, interview, russophobie, médias, Dialogue franco-russe, François Fillon, Alexeï Pouchkov, Vladimir Poutine, Paris, France, Russie
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