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Le russe est à nouveau au cœur d’une discorde: tantôt il devait être interdit en Ukraine, tantôt il s’est avéré être la langue de toutes les nations en URSS. Euronews ferme en 2017 sa rédaction ukrainienne. Ne voulant pas quitter un travail bien rémunéré en France, les journalistes ukrainiens demandent à être intégrés au sein du service russe.

« Nous sommes nés dans un même pays, en URSS », c'est l'argument des journalistes du service en ukrainien d'Euronews pour se mettre en grève, la première de l'histoire de la chaîne, selon leurs dires.

L'histoire a commencé lorsque l'administration de la chaîne a pris la décision de fermer en 2017 plusieurs services, dont l'ukrainien, l'arabe et le persan. Les journalistes ukrainiens se sont mis en grève et une motion de défiance a été votée à Euronews. Leurs collègues d'autres services les ont ensuite rejoint.

​Et bien que la presse ukrainienne ait déjà écrit qu'il avait été décidé de fermer le service ukrainien pour élargir le service russe, en réalité la raison est purement financière, comme le précise Claudio Rosmino, délégué syndical SNJ-CGT.

« Le [service] ukrainien n'est pas financé par la Commission européenne et aujourd'hui les Ukrainiens ne sont plus financés par aucun partenaire parce qu'il a été lancé en partenariat avec la télé publique ukrainienne, la NTU. Au bout de presque deux ans, le contrat a été dénoncé par Euronews parce que la télé ukrainienne ne payait plus ce qui était prévu », explique-t-il.

Ainsi, pour éviter la fermeture du service ukrainien, la direction s'est lancée à la recherche d'un autre partenaire. C'est le groupe de média Inter, le deuxième groupe le plus important en Ukraine, qui a été choisi. Toutefois, le scénario s'est reproduit: au bout de quelques mois le groupe Inter a arrêté de payer, explique l'interlocuteur de Sputnik.

« Et donc à partir de là il y a eu la longue traversée du désert de l'équipe ukrainienne qui aujourd'hui fait face aux conséquences majeures de ce plan social », a-t-il ajouté.

La version ukrainienne de la chaîne a été lancée sous le président Viktor Ianoukovitch en 2011 en prévision de l'intégration européenne et d'une certaine croissance économique. Elle était alors financée par la chaîne publique ukrainienne NTU.

Intégrer au sein du service russe

Face à la décision de fermer la rédaction ukrainienne, les 17 journalistes, tous russophones, ont exigé leur transfert au sein du service en langue russe, une exigence conforme à la législation française qui veut qu'en cas de coupe dans le personnel, un salarié en contrat à durée indéterminée (CDI) se voit proposer un poste équivalent. Toutefois, cette solution s'avère peu probable.

« Cela n'a pas été possible si on considère que l'équipe ukrainienne est formée par 17 personnes à Lyon. L'équipe russe est quasiment au complet, il manque peut-être une ou deux positions. Déjà par rapport à ça, il aurait été impossible d'utiliser l'équipe russe pour intégrer tous les Ukrainiens », argumente Claudio Rosmino.

Des enjeux idéologiques

« Avant 2014, il n'existait aucune confrontation entre les deux rédactions, elles produisaient un contenu pratiquement similaire », indique dans un commentaire à Sputnik une source ayant requis l'anonymat.

Toutefois, les choses ont basculé en février 2014, lorsque la rédaction ukrainienne a adopté une position « plus politisée et parfois nationaliste ». Ce changement s'est tout d'abord répercuté sur la couverture du conflit dans le sud-est du pays et en Crimée.

« La voix off d'un seul et même sujet différait. Le service ukrainien utilisait intentionnellement le mot "annexion", pendant que le russe évitait tout jugement univoque », explique l'interlocuteur de Sputnik.

Voici un des exemples en date :

« Élections en Crimée et troubles en Ukraine », dit le titre russe.

« Élections en Crimée et troubles en Ukraine »
© Photo. euronews
« Élections en Crimée et troubles en Ukraine »

« Les élections en Crimée remettent en question la légitimité de la Douma », écrit la rédaction ukrainienne.

« Les élections en Crimée remettent en question la légitimité de la Douma »
© Photo. euronews
« Les élections en Crimée remettent en question la légitimité de la Douma »

Commentant la volonté des journalistes ukrainiens de rejoindre le service russe, la source explique ses réserves, en soulignant que même si les journalistes ukrainiens d'Euronews sont russophones, leur niveau diffère, certains ayant un accent très fort.

Il existe également un conflit éthique : « La Compagnie d'État de télévision et de radiodiffusion (VGTRK) continue de verser les frais de licence et se voit accuser de s'ingérer dans le travail de la rédaction par des gens qui veulent convaincre la chaîne d'admettre au sein de la rédaction russe des journalistes ayant une position politique bien accentuée ».

Quoi qu'il en soit, ces objections et réserves ne jouent aucun rôle dans la décision d'Euronews, cette dernière étant basée sur les impayés et l'absence de financement.

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Tags:
journalisme, langue russe, grève, médias, Euronews, VGTRK, Lyon, Crimée, France, Ukraine, Russie
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