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    Le bilan de François Hollande, « Chef de guerre » (1/2)

    © AFP 2019 Eric Feferberg
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    Maxime Perrotin
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    François Hollande est arrivé lundi 2 janvier en Irak pour une visite sous très haute sécurité. Le chef de l’État doit rencontrer les soldats français qui encadrent les forces spéciales irakiennes à Bagdad ainsi qu’à Erbil, dans le nord du pays. Retour en détails sur les différents théâtres d’opérations ouverts sous ce quinquennat.

    2017, « une année de victoire contre le terrorisme » a prédit lundi matin François Hollande lors d'une allocution à Bagdad, devant les militaires français qui forment les troupes d'élite du contre-terrorisme (CTS) irakien.

    Un optimisme qui contraste fortement avec le contexte particulièrement marqué par des attentats meurtriers et pas seulement à Istanbul, en Turquie, où 39 personnes ont été tuées dans la nuit du Nouvel An. Alors même que le chef de l'État posait le pied sur le sol irakien, un attentat-suicide à la voiture piégée, revendiqué par « Daech », tuait 32 personnes en plein Bagdad, 48 heures seulement après un double attentat — lui aussi revendiqué par l'organisation terroriste — qui avait causé la mort de 27 personnes sur un marché de la capitale irakienne.

    Une visite placée sous très haute sécurité, que François Hollande a poursuivie dans le Kurdistan irakien : à Erbil, 80 kilomètres au sud-est de Mossoul, la capitale irakienne de l'État Islamique. Mossoul, où la situation s'est enlisée depuis le lancement de l'opération de libération de la ville mi-octobre, comme le rappelle général (2 s) Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), spécialisé dans les questions de défense.

    « Cela s'est assez mal passé au début, parce que la meilleure division irakienne, qui est à peu près la seule à être opérationnelle, a fini par avoir beaucoup de pertes et n'a pas eu les relais qu'elle espérait pour continuer à combattre. »

    Une opération de libération, qui mobilise près de 100 000 soldats irakiens, combattants kurdes et membres de milices chiites et sur laquelle revient le Général (2 s) Dominique Trinquand. Il décrit une « opération beaucoup plus difficile que prévu » pour les forces spéciales de « la Division d'Or », formée par les Américains et les forces anti-terroristes formées par les Français, qui marquent le pas.

    « Cela fait deux mois et demi que ces unités luttent très difficilement à l'intérieur de Mossoul, sans avoir encore franchi la rivière et donc pas rentrés dans la vieille ville de Mossoul. »

    Un théâtre de combat urbain particulièrement meurtrier pour les forces loyalistes, qui ont subi jusqu'à 30 % de pertes. Des pertes pour l'heure difficilement remplaçables, obligeant l'opération de reconquête de la ville à marquer un temps d'arrêt. On est bien loin des grandes annonces du mois de septembre, en prévision du début de l'opération, ou encore de celles qui, dans le courant du mois d'octobre, présentaient Mossoul comme une ville « sur le point de tomber ».

    « Les batailles d'Alep et de Mossoul ne peuvent pas être comparées : à Alep, il s'agissait d'un seul quartier où les bombardements ont été utilisés à plein, alors que là, Mossoul est une grande ville et la coalition a décidé de ne pas utiliser des frappes outrancières et donc naturellement ils sont dans une situation plus difficile. »

    Fait notoire, François Hollande est le premier chef d'État d'un membre majeur de la coalition anti-Daech à se rendre sur place. En 2014, il s'était d'ailleurs déjà rendu en Irak.

    « Le président Hollande termine les derniers mois de son mandat, il veut donc souligner son action, en particulier l'action militaire dans le cadre de la coalition », explique le général (2 s) Dominique Trinquand.

    Pour Jean-Vincent Brisset, s'il y a bien une volonté pour le président de « se donner une image » avec un tel déplacement, il tient toutefois à rappeler que la France demeure un membre capital de la coalition arabo-occidentale menée par les États-Unis. Washington qui figure d'ailleurs aux abonnés absents en ces temps de passation de pouvoirs.

    « La France est quand même la deuxième contributrice, sur le plan du nombre de frappes, à Mossoul. »

    Il faut dire que la France a réalisé plus de 5 700 sorties aériennes, 1 000 frappes, pour 1 700 objectifs détruits, en Irak ou en Syrie, depuis septembre 2014. Mais la contribution française ne s'arrête pas au seul appui aérien : moins documentée, la présence de forces françaises, encadrant les Peshmergas où offrant un appui-feu… et ce depuis le sol. Un point que souligne le général Jean-Vincent Brisset.

    « Les forces occidentales de la coalition participent à des attaques, des bombardements aériens et pour la France en particulier, des bombardements d'artillerie […] On a dit que la France n'enverrait pas de troupes au sol, il y a quand même des canons César, qui ne sont pas directement sur les contacts, mais qui sont quand même très directement engagés. On ne peut pas dire qu'il n'y ait pas de troupes françaises au sol. »

    L'Irak, l'un des nombreux théâtres d'opérations ouverts par François Hollande sous son quinquennat : l'opération Serval au Mali, suivie de Barkhane dans les 5 pays de la bande sahélo-saharienne, l'opération Sangaris en Centrafrique, l'opération Chammal en Irak puis en Syrie, ou encore Sentinelle sur le territoire national, sans oublier la Libye, où après la mort de 3 soldats français en juillet dernier, Jean-Yves le Drian avait été contraint de reconnaître l'engagement au sol d'éléments français.

    Les pertes françaises sont moins importantes sous François Hollande que sous Nicolas Sarkozy, le retrait d'Afghanistan des forces combattantes n'est certainement pas étranger. Pour autant, la multiplication des théâtres d'opérations fait de François Hollande le président le plus interventionniste de la Ve République. « Des interventions nécessaires » juge le général (2 s) Jean-Claude Allard, directeur de recherches à l'IRIS, mais pas forcément des mieux préparées, tient à souligner son confrère Jean-Vincent Brisset.

    Pour le général (2 s) Jean Claude Allard, François Hollande a selon lui surtout subi les évènements. Si le président a été érigé en héros à Bamako suite au lancement de l'opération Serval en janvier 2013, il rappelle que les djihadistes ont donné libre cours à leurs exactions durant près d'un an dans le nord du pays avant que François Hollande ne donne l'ordre d'intervenir pour stopper les colonnes de pick-ups qui fonçaient sur la capitale. Une intervention dans la précipitation, qui mobilisa dans l'urgence les forces de présence dans la région. « La réaction a été avec les moyens qu'on avait », souligne Jean Claude Allard.

    Selon son homologue Jean-Vincent Brisset, revêtir le costume de chef des armées a dû être un sentiment nouveau pour un homme qui n'avait jamais occupé de poste ministériel ni même de poste à responsabilité nationale. Des prises de décision aux effets immédiats et concrets sur le terrain, qui contrastent fortement avec les joutes politiciennes. Une image de chef de guerre, aux effets positifs dans les sondages, qui peut avoir un coût humain.

    « Il a pris conscience de l'existence de cette possibilité, je pense avec à la fois de l'étonnement, de l'incompétence et une certaine satisfaction : il a découvert qu'il pouvait appuyer sur un bouton et que des gens réagissaient instantanément […] Au Mali cela a été particulièrement flagrant, avec des gens qui sont partis sur ordre alors qu'ils n'avaient pas encore les moyens nécessaires, cela a coûté la vie au Lieutenant Boiteux. »

    Le Lieutenant Boiteux, des forces spéciales, qui après 22 ans de service sous les drapeaux, avait été mortellement atteint par une balle qui avait percé la carlingue de son hélicoptère de reconnaissance Gazelle, lors de la première phase de l'opération Serval consistant à appuyer les troupes maliennes. Comme le précisait à notre micro Jean-Claude Allard, la Gazelle est un hélicoptère léger « mis en service dans les années 60 ».

    « On a du mal à moderniser, car on n'a pas les budgets qui vont avec l'effort de défense qu'on aimerait et qu'on devrait avoir. »

    Subir plutôt qu'agir, un cas de figure qui s'est également produit — à la même période — dans des pays où contrairement au Mali la France assurait déjà une présence militaire :

    « Je rappelle qu'en décembre 2012, la France qui avait en permanence 250 soldats à Bangui est montée à 500 soldats quand la Seleka est arrivée, car elle craignait quelque chose, mais on est restés sur l'aérodrome de Bangui, donc on n'a rien fait et ensuite pendant 12 mois il y a eu des exactions. La Ligue Internationale des Droits de l'Homme demandait de l'aide, rien n'a été fait et finalement au dernier moment on y a été, donc dire qu'on a été proactif en matière de politique étrangère c'est aller un peu loin. »

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    Tags:
    attentat suicide, attentat, opération Chammal, opération Serval, Sangaris (opération militaire française), coalition anti-Daech, IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques), Etat islamique, Dominique Trinquand, Jean-Vincent Brisset, Jean-Claude Allard, Jean-Yves Le Drian, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Mali, Bagdad, Mossoul, Libye, Turquie, France, Irak, États-Unis
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