International
URL courte
Par
Situation au Yémen (2017) (67)
219
S'abonner

L’Onu met en garde contre un risque imminent de famine au Yémen. Les infrastructures vitales sont détruites par la coalition internationale, mais les livraisons d’armes par les pays occidentaux continuent. La France est-elle coupable?

Cachez-moi cette guerre que je ne saurais voir! Cela fait deux ans que le Yémen est en proie à un conflit complexe, et sa résolution semble loin tant les tentatives de pourparlers et demandes de cessation des hostilités ont échoué. Le conflit oppose les rebelles Houthis à la coalition internationale, composée de huit pays et dirigée par l'Arabie Saoudite. Mais ce sont surtout les populations qui paient un lourd tribut: près de la moitié des 10 000 morts sont des civils. Selon l'Onu, on compte 40 000 blessés et plus de deux millions et demi de déplacés.

Mais une autre menace pèse sur le pays: la famine. Le chef des opérations humanitaires de l'Onu Stephen O'Brien, à l'occasion d'une réunion du Conseil de sécurité sur le Yémen, a déclaré qu'il s'agissait de « la plus grande urgence pour la sécurité alimentaire dans le monde ». Deux millions de personnes ont besoin d'une aide alimentaire d'urgence. La situation est plus alarmante pour les enfants: 2,2 millions souffrent de malnutrition. En tout, 80 % de la population à besoin d'une aide alimentaire urgente. Un désastre humanitaire d'autant plus intolérable qu'il était prévisible, selon François Frison-Roche, chercheur au CNRS et ancien directeur du projet « Aide à la transition démocratique au Yémen » au sein de l'ambassade de France au Yémen:

« Ce n'est pas tard pour informer. Les rapports, du moins pour les personnes qui s'intéressent à la situation au Yémen, savent depuis longtemps que la situation humanitaire est de plus en plus dramatique. Mais là, après deux ans de bombardements, deux ans de conflits, la situation va devenir absolument catastrophique pour ces 20 millions de personnes. »

Avant le conflit, le Yémen avait le taux de malnutrition le plus fort au monde, selon le Programme alimentaire mondial. Une situation aggravée par le pilonnage intensif des infrastructures vitales. C'est un aveu d'échec pour Stephen O'Brien, qui poursuit: « Toutes les parties en conflit ont échoué à prendre les mesures nécessaires pour épargner les civils et les infrastructures civiles », les « deux tiers des dommages causés aux infrastructures résultent de frappes aériennes ». Le pays, qui dépendait déjà à 90 % d'importations extérieurs pour survivre, est à l'agonie, faute de routes, d'hôpitaux, d'usines, de ports pour acheminer nourriture et médicaments ou transporter et soigner les blessés.

« Ça fait deux ans que l'Arabie saoudite a décidé de bombarder le Yémen. Parce qu'elle considère ce pays du sud de la péninsule comme un peu son pré-carré. »

Avec quelles armes l'Arabie saoudite bombarde-t-elle? En février dernier, le Parlement européen a voté une résolution exigeant des pays de l'UE qu'ils cessent de vendre des armes à l'Arabie saoudite, accusée de crimes contre les civils au Yémen. Des ONG avaient épinglé la France et le Royaume-Uni, pour leur commerce d'armes avec le pays. Car en effet, les deux pays ont ratifié le Traité sur le commerce des armes (TAC), qui interdit aux pays d'en vendre, s'il y a une possibilité que ces armes soient utilisées pour violer les droits de l'homme. L'Arabie saoudite est un important client de la France:

« La politique française à l'égard de l'Arabie saoudite est certes très spécifique, mais en ce qui concerne le commerce des armes, la France n'est certainement pas le premier fournisseur. Je pense que les rapports faits par le Congressional Research Service indiquent parfaitement ce que les États-Unis ont vendu à l'Arabie saoudite depuis deux ans, et toute la polémique qui se déroule actuellement en Grande-Bretagne montre exactement aussi ce que la Grande-Bretagne a vendu. Tout le monde est parfaitement informé. C'est au gouvernements respectifs de prendre leur opinion publique. »

Le conflit s'est internationalisé et recouvre plusieurs guerres. Une guerre par procuration entre l'Arabie saoudite et l'Iran, entre l'ancien président Saleh et l'actuel président intérimaire Hadi, avec des objectifs et des moyens propres et pas toujours proportionnés. Tout cela s'inscrit dans un contexte de confessionnalisation entre le sud sunnite et le nord majoritairement zaydite chiite et de lutte tribale. Un chaos qui profite à Daech et Al-Qaeda. Selon une source diplomatique, la France estime que « seule une solution politique permettra de mettre fin au conflit » et soutient « les efforts de médiation initiés par les Nations unies pour le Yémen », afin « que les parties garantissent un accès humanitaire immédiat, libre et sans entrave aux populations ». Stephen O'Brien a appelé les États membres à se montrer « généreux » lors de la Conférence des donateurs pour le Yémen, prévue fin mars. Triste coïncidence pour les deux ans du conflit, enclenché le 25 mars 2015 par l'opération Tempête Décisive.

Dossier:
Situation au Yémen (2017) (67)

Lire aussi:

Yémen: les rebelles nient avoir attaqué un destroyer US
Au Yémen, les USA vengent leurs navires en pilonnant les Houthis
Un destroyer US essuie de nouveaux tirs de missiles au large du Yémen
Enterrement bombardé au Yémen: Riyad reconnaît à demi-mot
Tags:
famine, bombe, Yémen
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook