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    Des soldats français à Paris

    L’Europe n’a ni l’envie ni les moyens de financer le Schengen de la Défense

    © REUTERS / Philippe Wojazer/File photo
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    Les dirigeants européens sont revenus au projet de création d’une armée européenne conjointe. Toutefois, les experts se montrent sceptiques et rappellent que l’Europe n’a pas d’argent pour créer une alliance militaire, et ne la souhaite pas vraiment.

    Les projets européens de créer une armée commune capable de présenter une alternative à l'Otan resteront sur le papier, estiment des experts malgré les récentes déclarations de la ministre italienne de la Défense Roberta Pinotti et d'autres dirigeants de l'UE sur la nécessité de renforcer la défense européenne, estiment des experts cités par les médias.

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    Les déclarations des personnalités politiques sur la création d'une armée européenne unie est une « hystérie des élites au pouvoir en Europe occidentale », estime notamment Iouri Melkonov, expert militaire de Riga (Lettonie) et rédacteur en chef du magazine de l'histoire militaire Baltfort.

    « Le refus des États-Unis de financer la défense de l'Europe a mis les pays européens dans une position assez délicate. Aucun pays européen ne peut garantir seul sa sécurité. Or, l'expérience historique nous indique que les pays européens n'ont jamais réussi à former des alliances militaires durables. C'était toujours des alliances précaires qui ont existé seulement avec la participation de la Russie », a affirmé M. Melkonov, cité par le journal russe Vzgliad.

    La semaine dernière, Roberta Pinotti a proposé que l'Italie, la France, l'Allemagne et l'Espagne renforcent leur coopération en vue de créer un Schengen de la Défense indépendant de l'Otan. Cette idée avait antérieurement été évoquée par la ministre allemande de la Défense Ursula von der Leyen qui avait appelé l'UE à moderniser sa défense et son système de sécurité.

    Selon M. Melkonov, chaque alliance militaire implique l'existence d'un ennemi militaire, alors que l'Italie, la France, l'Allemagne et l'Espagne n'ont pas d'ennemi et personne n'a l'intention d'en inventer un. En plus, ces pays ont beaucoup de divergences qui ne feront que s'accentuer suite à la diminution du rôle des États-Unis et de l'Otan.

    « Cela ressemble au krach d'une banque — tous les clients se ruent pour sauver leur argent », a expliqué l'expert.

    En plus, les perturbations imminentes risquent de provoquer l'effondrement de l'euro et une crise économique qui est « beaucoup plus dangereuse que l'arrivée des hordes ennemies ».

    « Il y a beaucoup d'incertitude dans le monde moderne. Les États-Unis doivent définir leur rôle dans le système économique et de sécurité commun (…). L'Europe n'a jamais été unie. Les États-Unis se sont acheté un jouet militaire européen à un prix élevé, mais ils ne pourront pas le financer éternellement », a conclu l'expert.

    D'après Viktor Mourakhovski, rédacteur en chef du journal Arsenal de la Patrie, les Européens évoquent l'idée d'une alliance militaire depuis l'époque de Charles de Gaulle.

    « Mais le projet de former une armée européenne unie ne s'est jamais réalisé. La France a quitté l'Otan pour une certaine période, mais d'autres pays n'ont pas soutenu son initiative. Les militaires européens forment régulièrement des corps unifiés, qui font partie de l'Otan », mais ces tentatives sont vaines, a estimé M. Mourakhovski.

    Aucune coalition militaire européenne plus ou moins capable de présenter une alternative à l'Alliance de l'Atlantique Nord ne fera son apparition tant que l'Otan existe et tant que les États-Unis y occupent une position dirigeante. Toutes les déclarations des hommes politiques européens sur un Schengen de la Défense, des forces armées unifiées ou une armée commune ne sont que des paroles en l'air », a-t-il noté.

    Selon M. Mourakhovski, les Européens n'ont pas besoin de se rallier contre un ennemi commun.

    « Il n'existe pas de menace qui implique la création de telles alliances. Les médias créent parfois une hystérie en parlant de la menace russe. Trois bataillons ont été déployés dans les pays baltes et une brigade de l'armée US a pris position en Pologne, dans les pays baltes et en Roumanie pour écarter cette menace. Mais quand on compte faire face à une agression réelle, on fait d'autres efforts. Pendant la guerre froide, on a notamment déployé 12 divisions, la 7e armée des États-Unis, des divisions britannique et française rien qu'en Allemagne », a indiqué l'expert.

    Selon lui, les dirigeants européens ne croient pas que la Russie ou un autre pays présente une menace pour l'Europe et n'ont pas l'intention de débloquer des fonds pour la création de nouvelles alliances.

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    Tags:
    Schengen de la Défense, armée, armée européenne commune, OTAN, Viktor Mourakhovski, Ursula von der Leyen, Roberta Pinotti, Iouri Melkonov, Europe
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