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    Recep Tayyip Erdogan, président turc

    Turquie-USA, à quoi peut-on s’attendre?

    © AFP 2019 Ozan Kose
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    Interviewés par Sputnik, les représentants des deux principaux partis d’opposition turcs ont commenté le premier entretien téléphonique entre Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan, ainsi que les perspectives de collaboration et les défis qu’Ankara et Washington doivent relever.

    Mardi 7 février, Donald Trump s'est entretenu au téléphone avec Recep Tayyip Erdogan au sujet de « la relation de longue date entre les États-Unis et la Turquie ainsi que de leur engagement commun à combattre le terrorisme sous toutes ses formes ». M. Trump a également salué « la contribution apportée par la Turquie à la campagne visant à contrer le groupe terroriste Daech », selon la Maison-Blanche.

    Dans une interview à Sputnik, les représentants du Parti républicain du peuple et du Parti d'action nationaliste, les deux principaux partis d'opposition, ont commenté la conversation téléphonique entre les deux chefs d'État et ont évoqué les perspectives de développement des relations bilatérales entre Ankara et Washington.

    Selon Öztürk Yılmaz, vice-président du Parti républicain du peuple, Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan se sont principalement penchés sur deux questions: l'extradition de Fethullah Gülen et la position américaine au sujet du Parti de l'union démocratique (PYD), un parti politique kurde syrien, ce qui a des répercussions directes sur l'avenir de la Syrie. Pourtant, M. Yılmaz estime que les présidents ne sont pas parvenus à un consensus en raison des positions trop éloignées sur ces sujets.

    Ainsi, en abordant la question de la collaboration turco-américaine dans les opérations à Al-Bab et à Raqqa, M. Yılmaz prévient qu'il faut prendre en compte le fait que l'armée turque est déployée à Al-Bab depuis plusieurs mois, ce qui soulève un certain nombre de questions.

    « Comment les États-Unis pourront-ils aider la Turquie à prendre Al-Bab? Arrêteront-ils de soutenir le Parti de l'union démocratique et retireront-ils leurs combattants de Manbij? Lorsque les É.-U. mèneront une opération conjointe à Raqqa, combien de militaires seront envoyés en Syrie, qui est-ce qui formera les soldats de l'armée de terre? », se demande-t-il.

    Il a en outre souligné que si les États-Unis proposent à la Turquie de participer à une opération de libération de Raqqa en collaboration avec le Parti de l'union démocratique, Ankara ne l'acceptera pas.

    « À l'heure actuelle, la priorité de la Turquie est de mener des actions conjointes avec les acteurs qui peuvent assurer l'unité de la Syrie, avec les forces qui sont en mesure d'apporter aussi vite que possible la stabilité en Syrie », ajoute-t-il.

    Öztürk Yılmaz souligne notamment que les États-Unis avaient auparavant entraîné le Parti de l'union démocratique dans la lutte contre Daech en Syrie et qu'ils « cherchent actuellement à donner à cette structure une apparence légitime ».

    Cependant, le gouvernement turc « n'a pas les pieds sur terre et est déconnecté de la réalité » s'il croit que M. Trump abandonnera cette ligne politique.

    À son tour, Mehmet Günal, vice-président du Parti d'action nationaliste, est persuadé que Washington et Ankara aspirent à normaliser leurs relations bilatérales aussi vite que possible, ce qui ne dépend pas de la Turquie, selon lui:

    « À ce sujet, le premier pas doit être franchi par les É.-U. et par M. Trump lui-même. »

    M. Günal précise qu'il est primordial de parvenir à une coopération entre les deux parties, ce qui ne peut résulter que d'une compréhension mutuelle.

    « On ne peut pas considérer la lutte de la Turquie contre le terrorisme, contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) indépendamment de la question du Parti de l'union démocratique (YPG), de ses unités de défense populaire ainsi que de leurs branches en Syrie et en Irak. À cet égard, nous attendons des É.-U. une approche amicale et des pas en avant », a conclu Mehmet Günal.

    Le directeur de la CIA, Mike Pompeo, doit se rendre en Turquie jeudi 9 février pour évoquer notamment la question des milices YPG ainsi que la lutte contre le réseau du prédicateur turc Fethullah Gülen. Exilé en Pennsylvanie depuis 1999, Gülen est soupçonné par M. Erdogan d'être derrière le coup d'État manqué de juillet 2016.

    Suite à la tentative avortée de putsch, Ankara a demandé au prédécesseur de Donald Trump, Barack Obama, d'extrader le prédicateur. M. Obama a alors affirmé que la demande d'extradition visant l'opposant serait traitée « conformément aux lois américaines ». Or, aucune décision en la matière n'a été prise depuis.

    Ankara qualifie les forces d'autodéfense des Kurdes syriens d'organisation terroriste liée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, organisation interdite en Turquie), tandis que les États-Unis leur apportent un soutien et qualifient les Kurdes syriens d'alliés dans la lutte contre Daech.

    Ainsi, Ankara et Washington ont-ils eu de nombreux différends au cours de ces dernières années. L'administration Trump devra notamment fixer la ligne politique américaine vis-à-vis de la Turquie pour les années à venir.

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    Parti de l'Union démocratique (PYD) kurde syrien, Parti d'action nationaliste (MHP), Parti républicain du peuple turc (CHP), Donald Trump, Recep Tayyip Erdogan, Irak, Syrie, États-Unis, Turquie
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