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    Quai d'Orsay

    Club Vauban : appel au secours ou appel partisan ?

    © AFP 2019 CLEMENS BILAN
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    Maxime Perrotin
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    « Le quinquennat qui s’achève aura été celui de la confusion et du renoncement » un groupe de diplomates français s’attaque à la politique étrangère du quinquennat Hollande. Dans une Tribune publiée lundi dans le Figaro, ils appellent à sortir du « diplomatiquement correct ». Cri d’alarme ou appel militant ?

    La France serait-elle devenue « l'homme malade de l'Europe » pour nos partenaires diplomatiques? C'est en tout cas le constat, pour le moins alarmant, que dressent des diplomates français. Dans une tribune signée du « Club Vauban » et publiée lundi 20 février dans les colonnes du Figaro, un groupe de diplomates — d'identité et de rang inconnus — sortent de leur devoir de réserve pour fustiger la politique qui fut exigée du quai d'Orsay sous le quinquennat Hollande.

    Une politique étrangère, marquée par le sceau du « politiquement correct » et responsable, selon eux, d'une dégradation de la position de la France à l'international. Une dégradation particulièrement marquée au niveau européen: « sur la douzaine de postes politiques européens de haut niveau, nous n'en occupons plus aucun là où les Italiens en ont quatre, dont la présidence du Parlement et celle de la Banque centrale » soulignent-ils.

    Les diplomates s'interrogent sur l'utilisation des fonds du Quai d'Orsay pour l'organisation de Galas, l'entretient d'ambassadeurs « thématiques » ou des correspondants « genre » au sein des ambassades alors que « seuls deux agents sont en charge du Brexit! », dénonçant le « dévoiement » de leur métier. Ils appellent à recentrer leurs missions sur leur cœur de métier: à savoir « éclairer nos autorités sur la réalité telle qu'elle est », « rapporter sans parti pris ce dont on est témoin » et non pas « tricher avec les faits pour complaire au pouvoir ».

    Une tribune « assez faible », « assez sommaire », estime François Nicoullaud, ancien Ambassadeur de France à Budapest et Téhéran et membre du très sélect Club des Vingt, réunissant notamment trois anciens ministres des affaires étrangères (Hervé de Charette, Roland Dumas et Hubert Védrine). Le Club des Vingt, coauteurs de « Péchés Capitaux: les sept impasses de la diplomatie française » (Éd. Le Cerf, 2016), qui n'épargne pas non plus la politique du Quai d'Orsay de ces dernières années… mais sans parti pris, insiste François Nicoullaud.

    D'ailleurs, s'il souligne que les cinq dernières années ne sont pas à l'abri de toute critique, le haut fonctionnaire pointe du doigt les prises de position partisanes de l'appel du Club Vauban. Il faut dire que la tribune n'appelle pas seulement à prendre de la hauteur ou a « refuser la démagogie », mais également à voter François Fillon, laissant peu de place à l'impartialité qu'on pourrait justement attendre de notre personnel diplomatique, qui plus est après un tel réquisitoire: « c'est un sujet étranger […] à une véritable analyse de la diplomatie française sur la période » s'étonne notre ex-diplomate.

    Pourtant si on peut difficilement comparer les deux clubs sur la forme, sur le fond nous pouvons relever certaines convergences, notamment concernant la place que le facteur idéologique a pu prendre dans la diplomatie française, qui reste le cœur de la tribune des diplomates anonymes « L'idéologie a pris le pas non seulement sur nos intérêts nationaux, mais aussi sur l'analyse et l'étude des faits, comme l'illustre la tragédie syrienne. » Bien entendu, la France — nation des Droits de l'Homme et de la laïcité — porte un héritage lourd de sens et de responsabilités, cependant nos désirs n'ont-ils pas fini par nous aveugler, au point de nous mettre hors-jeu?

    La tribune souligne que la France n'est plus invitée à la table des négociations sur la Syrie. Un cas de figure qui l'on avait pressenti à l'occasion des pourparlers préliminaires à Genève, organisés par les Américains et les Russes. Un hors-jeu quasi-intentionnel qui s'est confirmé lors des pourparlers d'Astana. Pourtant, Sergei Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, avait convié son homologue français, qui avait décliné.

    Une ombre du président François Hollande de la France est jeté sur un drapeau comme il laisse une conférence de presse sur la deuxième journée du sommet de l'OTAN 2014 au Celtic Manor Resort à Newport, au Pays de Galles du Sud, le 5 Septembre, 2014
    © AFP 2019 ALAIN JOCARD
    « La bonne conscience ne fait pas une politique étrangère », déclarait déjà en février dernier le président du Club des Vingt, l'ancien ambassadeur Francis Gutmann, dans une interview accordée à France Info, où il revenait sur les raisons du recul de l'influence française sur la scène internationale « Nous ne regardons pas le monde tel qu'il devient, mais tel que nous aimerions qu'il soit. »

    « Nous n'avons nulle part un rôle véritable: nous parlons beaucoup, nous nous prononçons sur tout, mais cela n'est pas suffisant » relevait-il encore, des propos qui trouvent un certain écho dans la tribune du club Vauban: « nous passons notre temps à effectuer les démarches les plus futiles auprès de nos partenaires étrangers, renforçant une image bien ancrée de donneurs de leçons et d'arrogance, » ou encore « Plus les résultats sont mauvais, plus nous sommes priés de jouer aux illusionnistes afin de donner le change » dépeignant le Quai d'Orsay comme un « gigantesque moulin à paroles ».

    Si pour François Nicoullaud les raisons du recul de la France sur la scène internationale sont plus profondes que les prises de positions idéologiques dénoncées dans la Tribune du club Vauban, « on a la diplomatie que l'on mérite », souligne-t-il « Les difficultés économiques, le manque de cohésion sociale, atténuent l'éclat d'une diplomatie » des difficultés qui — comme le rappelle l'ambassadeur — ne datent pas d'hier: « Un esprit équilibré doit reconnaître que ce phénomène ne date pas de monsieur François Hollande ». De fait, si les coauteurs du Club Vauban ne manquent pas de souligner: « Les mauvaises performances économiques, les conflits sociaux, le chômage de masse, les émeutes, les attentats ont ancré la perception d'une France en déclin », ils n'en font pas remonter les causes plus loin que le dernier quinquennat.

    Cependant, on remarquera dans leur tribune l'absence assourdissante du cas libyen. Que penser également de la place réservée à la Syrie? François Nicoullaud relate les erreurs, dont nous payons toujours les conséquences, et entérinées sous l'ancienne législature. Par exemple le dossier syrien:

    UE
    © REUTERS / Srdjan Zivulovic
    « Ces erreurs, elles se sont nouées lors du quinquennat précédent, il faut le reconnaître, il faut l'accepter — on peut se tromper, on ne jette la pierre à personne — mais la politique syrienne s'est quand même nouée du temps de Juppé où François Fillon était Premier ministre: la rupture des relations diplomatiques, la fermeture de notre ambassade à Damas, a été, je pense, une erreur tactique. On voit bien par quoi elle a été motivée, mais finalement cela n'a rien facilité et cela nous a aveuglés. »

    Quelle que soit la tournure que prendra la prochaine élection présidentielle, la tendance prendra du temps à être inversée, l'ancien diplomate souligne « on ne renverse pas ce genre de situation en quelques mois », évoquant une stratégie qui se développe sur plusieurs années. En somme, le gros de la crise n'est-il pas encore devant nous?

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    Tags:
    Le Figaro, diplomatie, ministère français des Affaires étrangères, Club Vauban, Sergueï Lavrov, François Fillon, Europe, Syrie, France
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