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Le sort et l'histoire de cette famille «ukrainienne» qui se serait fait passer pour syrienne afin d'obtenir le statut de réfugié en Allemagne fait couler beaucoup d'encre. Sputnik a interrogé l'avocat du père de famille, Baris Yesil, pour démêler l'écheveau de cette affaire.

Arrivée en Allemagne en 2014, les membres d'une famille «ukrainienne» se sont fait passer pour des réfugiés en provenance de Syrie, selon le journal Die Welt. Ils ont obtenu l'asile temporaire et se sont installés dans un centre pour les réfugiés. Par la suite, les origines de la famille ont été mises en cause, provoquant un énorme battage médiatique.

L'affaire est remontée jusqu'au Bureau fédéral pour les questions des migrations et des réfugiés et l'asile a été refusé à la famille, qui est actuellement poursuivie en justice.

«Il a été signalé dans l'arrondissement de Borken, qui avait plus tôt reçu un message de la ville de Rhede, que les demandeurs ne seraient pas, selon toute apparence, des ressortissants syriens», a annoncé la juge du tribunal administratif de la ville de Münster Svenja Kreft.

La famille a de son côté initié une procédure contre la décision du Bureau fédéral. Lundi, le père de famille a présenté devant le tribunal de Münster les preuves du fait que lui et ses proches étaient des Kurdes syriens.

Sputnik a pu interroger l'avocat des demandeurs Baris Yesil afin d'en apprendre plus sur l'affaire. Après que le Bureau fédéral a annulé le droit à l'asile de tous les membres de la famille, ces derniers, choqués, sont passés à l'action:

«Je crois que mon client a répondu correctement aux questions du tribunal et du Bureau fédéral. Il a pu décrire son village et ses voisins, en détail et sans hésitation. Nous avons à notre disposition des actes de naissance et des livrets de famille syriens», a-t-il précisé.

Tout a commencé par une fausse délation, qui a été «suffisante pour annuler le statut de réfugié», a poursuivi l'avocat. Le tribunal a réclamé qu'un linguiste conduise une expertise afin de déterminer dans quelle partie de la Syrie ou du Kurdistan était né le demandeur.

L'avocat, d'origine kurde, considère l'expertise linguistique comme inutile et estime que l'évaluation des origines à partir de la langue est impossible. Par exemple, dans la seule région syrienne de Rojava, il existe entre quatre et cinq dialectes du kurde et il est ainsi très difficile d'établir une corrélation entre eux, a fait remarquer l'interlocuteur de Sputnik.

En outre, il n'existe pas de passeports et de documents pour les Kurdes en Syrie, du moins dans la forme dans laquelle ils existent en Allemagne, puisque la plupart des Kurdes ne s'étaient pas enregistrés avant la Seconde Guerre mondiale:

«Initialement, c'étaient des Kurdes de Turquie», a expliqué l'avocat. «Début le XIXe siècle, ils sont venus s'installer en Syrie. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale ils y sont restés, mais le gouvernement syrien ne reconnaissait par les Kurdes comme Syriens et ne les enregistrait pas à l'époque. C'est seulement après la guerre que certains d'entre eux ont été enregistrés, mais la majorité d'entre eux demeure sans papiers.»

La famille de «faux Syriens» fait partie de ce groupe.

Selon M. Yesil, «la famille se laissait guider par le fait qu'on les a reconnus en Allemagne et ils ont mené leur vie en conséquence»: les deux parents pouvaient travailler, ont pris la responsabilité de cotiser pour la sécurité sociale, les enfants pouvaient faire leurs études à l'école comme tous les autres. Une situation devenue précaire suite à cette affaire.

«Il est possible que leur déportation soit ajournée et qu'ils ne puissent plus travailler. Mais où va-t-on expulser cette famille? En Syrie — ils ne peuvent pas le faire. En Ukraine non plus, car ils n'ont pas de documents ukrainiens ou d'autres papiers», a résumé l'avocat.

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Tags:
procédures judiciaires, nationalité, action en justice, tribunal, famille, justice, Kurdistan syrien, Syrie, Ukraine, Allemagne
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