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    Poutine-Trump: la rencontre la plus attendue du G20

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    Vendredi 7 juillet, en marge du sommet du G20 à Hambourg, le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Donald Trump se rencontreront pour la première fois en tête-à-tête. Cet entretien est attendu depuis longtemps à Moscou et à Washington.

    Les pourparlers autour de cet entretien bilatéral ont duré longtemps: depuis son investiture en janvier, Trump a déjà rencontré plusieurs chefs d'État mais ce sera sa première rencontre avec le dirigeant russe. Ce décalage est dû en grande partie à la pression de l'establishment américain antirusse qui accuse Moscou d'ingérence dans les élections américaines, et dont le président Trump devra tenir compte.

    Moscou et Washington reconnaissent que les relations entre les deux pays sont au plus bas depuis la Guerre froide. «C'est pourquoi la première rencontre personnelle des dirigeants revêt une importance particulière», note Iouri Ouchakov, conseiller du président russe.

    «Cette rencontre est effectivement importante, tout le monde l'attend. Les présidents se sont entretenus quatre fois par téléphone mais cela ne suffit pas, évidemment. Cet entretien est important pour les relations bilatérales, qui sont pratiquement au point mort aujourd'hui. Cette rencontre a également une importance majeure pour assurer la stabilité et la sécurité internationales», a-t-il souligné.

    De quoi vont-ils parler?

    Il est évident que les sujets de conversation sont nombreux. Il ne fait aucun doute que le président russe évoquera l'affaire de la propriété diplomatique russe saisie aux USA. Fin décembre dernier, l'administration de l'ex-président américain Barack Obama avait en effet adopté de nouvelles sanctions antirusses à cause d'une prétendue «ingérence dans les élections» et «pression sur les diplomates américains qui travaillent en Russie» par Moscou. En particulier, les États-Unis avaient fermé l'accès aux deux complexes résidentiels de la représentation permanente de la Russie à New York et de l'ambassade de Russie à Washington. Moscou avait décidé à l'époque de ne pas décréter de mesures symétriques, comme l'exige pourtant la pratique diplomatique, étant donné que la décision avait été prise par l'administration sortante. Toutefois, les restrictions contre la Russie n'ont pas été levées avec l'arrivée du nouveau président à la Maison blanche.

    Le Kremlin a averti que la patience de Moscou était à bout. «Je pense même que les Américains en ont assez de s'illustrer en tant que transgresseurs de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques», souligne Iouri Ouchakov.

    Les médias ont rapporté que la Russie étudiait la possibilité de saisir la propriété publique américaine à Moscou en guise de réaction. Il pourrait être question de la résidence diplomatique américaine à Serebriany bor et même de la résidence Spaso House de l'ambassadeur en Russie.

    De plus, les deux présidents évoqueront certainement l'agenda international. Selon le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, les deux dirigeants se concentreront sur la situation en Syrie et la crise en Ukraine.

    «Pendant la conversation avec Trump pourraient être évoqués le contrôle des armements et la stabilité stratégique, dont le maintien implique une responsabilité particulière de la Russie et des USA en tant que puissances nucléaires», a ajouté le conseiller du président russe.

    Quant à la communauté d'experts, elle suggère aux présidents de se focaliser sur le processus de paix syrien et la situation dans la péninsule coréenne. «Il serait dans l'intérêt de la Russie de réduire la rencontre à deux sujets — le Moyen-Orient et la Corée du Nord — car le thème ukrainien est dans l'impasse et il est impossible de s'entendre à l'étape actuelle», explique Ivan Timofeev, directeur de la programmation du fonds du Club Valdaï.

    Washington a encore élargi les sanctions contre la Russie compte tenu de la situation en Ukraine. Plusieurs hauts fonctionnaires de Russie et du Donbass ont été inscrits sur les listes noires américaines.

    «Il y a une possibilité de manœuvrer sur la Syrie et la Corée, il y a une marge pour l'art diplomatique. Il y a bien plus d'intérêts communs pour la Russie et les USA qu'en Ukraine. D'autant qu'il existe des risques relatifs à la Syrie — incidents non prémédités, altercations et ainsi de suite. Si la discussion se réduisait à la Syrie et à la Corée, ce serait dans l'intérêt de la Russie», estime l'expert.

    Auparavant, Trump avait déclaré que les USA étaient prêts à engager de sérieuses démarches vis-à-vis de la Corée du Nord, sans établir aucune ligne rouge dans leur réaction aux agissements de Pyongyang.

    Le format du dialogue

    Si les thèmes de la discussion étaient plus ou moins clairs depuis le début, le format de la rencontre est resté un mystère jusqu'au dernier moment — allait-il s'agir d'un entretien à part entière ou d'une brève conversation «entre deux portes»?

    Pour la plupart des pourparlers antérieurs, les dirigeants de la Russie et des USA avaient suivi le second scénario: par exemple, au sommet de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC) au Pérou en novembre 2016, Poutine et Obama s'étaient brièvement entretenus dans un couloir — littéralement. Au G20 à Antalya en 2015, l'entretien s'était déroulé également en présence d'autres membres de délégation, et non dans un bureau isolé: avant la réunion du G20 les présidents s'étaient installés l'un en face de l'autre près du bar uniquement en présence des traducteurs pour s'entretenir brièvement pendant 20 minutes.

    Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a annoncé mardi que «n'importe quel» format était possible pour l'entretien entre Poutine et Trump, qu'il pouvait être «celui qui conviendrait». Dans l'ensemble, selon le chef de la diplomatie russe, la rencontre entre les deux dirigeants permettra de surmonter la phase «anormale» des relations entre Moscou et Washington.

    Le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov, a tout de même affirmé qu'il serait question d'une «rencontre bilatérale assise à part entière», mais «relativement limitée dans la durée».

    Toutefois, le Kremlin espère que cette durée sera suffisante pour comprendre la «vraie approche» du dirigeant américain des relations avec la Russie, et non l'approche «rapportée par les médias».

    Le fond

    Les États-Unis et les pays occidentaux attendent avec intérêt la rencontre à venir entre les chefs d'État russe et américain. Et c'est normal: Trump rencontrera enfin celui dont les médias disent qu'il l'a «aidé» à remporter la présidentielle. Le congrès américain mène actuellement des enquêtes indépendantes sur l'«ingérence de la Russie» dans le processus électoral, parallèlement à la même investigation du côté du FBI. Plusieurs audiences retentissantes se sont tenues au congrès sur cette «ingérence russe» mais les agents auditionnés n'ont fourni aucune preuve — se référant à la confidentialité de l'information.

    La Russie a balayé à plusieurs reprises les accusations selon lesquelles Moscou aurait tenté d'influencer les élections dans différents pays. Dmitri Peskov les a même qualifiées de «complètement infondées». En parlant de la prétendue ingérence russe dans les élections aux USA, en France et en Allemagne, Sergueï Lavrov a déclaré qu'il n'en existait «pas la moindre preuve». Le président russe Vladimir Poutine a annoncé de son côté que les USA s'ingéraient dans les processus politiques dans le monde entier, mais s'offusquaient contre la Russie qui se serait ingérée dans leurs élections, même si en réalité une telle ingérence est insensée pour Moscou.

    A la veille de la rencontre, Trump a déclaré pour sa part que l'ingérence dans la présidentielle américaine «aurait pu être commise aussi bien par la Russie que par d'autres pays».

    Les attentes

    Dans l'ensemble, les experts mettent en garde contre toute attente excessive concernant la première rencontre entre les deux présidents. «Il ne faut probablement pas s'attendre à une percée et surtout, je pense, à cause de la situation intérieure aux USA où toute avancée poserait problème à Trump: l'opposition annoncerait alors qu'il a cédé et qu'il est allé dans le sens de la Russie», estime Sergueï Karataev du Centre d'études économiques auprès de l'Institut russe d'études stratégiques.

    D'après lui, les résultats seront «très mesurés». «Peu de choses fuiteront dans la presse, mais il faut avant tout que le dialogue s'engage», a ajouté l'expert.

    Le directeur de l'Institut des USA et du Canada affilié à l'Académie des sciences de Russie, Valeri Garbouzov, a souligné pour sa part que l'entretien de Hambourg «ne se fixait pas pour objectif de conclure des accords».

    «On n'attend aucune percée des rencontres de présentation. Il est déjà bénéfique que ce soit le début d'un dialogue qui n'existe pas de facto au sommet», conclut-il.

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    Tags:
    G20, Donald Trump, Vladimir Poutine
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