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Après avoir passé seulement quelques jours au poste de directeur de la communication à la Maison blanche, Anthony Scaramucci déclarait à la chaîne ABC qu'un complot était monté contre Donald Trump «car il n'est pas un représentant des élites politiques traditionnelles».

A Washington, ceux qui voudraient renverser le chef de l'État se retrouvent jusque dans l'administration présidentielle, selon Anthony Scaramucci.

Celui-ci est peut-être simplement déçu: les élites politiques dont il parle sont celles qui ont réussi à le faire renvoyer en moins de deux semaines. Néanmoins, on ne peut pas ignorer complètement ses propos. Il est évident que Trump fait l'objet d'une campagne ciblée avec la participation non seulement des démocrates qui ont perdu la présidentielle, mais également de ses camarades républicains. Et on sait qu'au minimum, les élites politiques opposées à Trump veulent empêcher sa réélection et bloquer les changements qu'il a annoncés en politique nationale et extérieure. Au maximum, ils voudraient la démission anticipée du président.

Scaramucci n'est pas l'unique victime de l'équipe Trump. Le conseiller du président à la sécurité nationale, Michael Flynn, avait été renvoyé en février pour une rencontre ordinaire avec l'ambassadeur de Russie. On prive intentionnellement Trump des membres loyaux de son administration, qui partagent ses opinions quant à la nécessité d'une manœuvre politique stratégique.

Les opposants de Trump sont parvenus à des succès palpables. Le 13 août, seuls 34% des Américains soutenaient le président — un minimum depuis son investiture. Les émeutes de Charlottesville risquent de se propager dans tout le sud et de porter un nouveau coup dur à la popularité du président. Sachant que cette fois, Donald Trump risque de perdre le soutien de la couche conservatrice de droite de la population blanche constituant son noyau électoral, sans rien acquérir en retour, évidemment.

Cependant, Trump n'est pas le seul à voir sa popularité s'effondrer. La situation est la même pour le protégé des mondialistes — le président français Emmanuel Macron qui fête mardi 15 août son 100e jour de présidence. La cote de Macron a chuté à 36% (plus bas que son prédécesseur extrêmement impopulaire, François Hollande, à la même période).

Des ministres quittent également son gouvernement, comme François Bayrou qui a travaillé pendant à peine plus d'un mois en tant que ministre de la Justice. La gauche dénonce la fermeture des programmes sociaux, la droite s'indigne de la démission du chef d'état-major des armées, qui protestait contre les coupes budgétaires dans le secteur de la défense.

Avant Trump et Macron, c'est la popularité de la première ministre britannique Theresa May qui avait chuté tout aussi soudainement et brusquement: 11 mois après sa victoire aux législatives, le parti conservateur a perdu la majorité parlementaire après les élections anticipées du 9 juin. Les positions de la première ministre se sont ébranlées et elle risque également de perdre sa place.

Il s'agit de trois politiciens différents arrivés au pouvoir de différentes manières (certains ont été promus par les élites politiques au pouvoir, d'autres par les forces alternatives). Mais tous ont rapidement suivi la même courbe: d'une forte popularité à une crise politique intérieure où il s'avère que l'appui sur les forces qui ont conduit le politicien en question au pouvoir ne suffisent pas pour retenir ce pouvoir, que la politique de compromis ne fait qu'affaiblir les positions et conduit à la marginalisation de l'«espoir d'hier de la nation».

Si, dans ces trois pays occidentaux majeurs, se déroulent des processus identiques, nous avons parfaitement le droit de les étendre à tout le modèle politique occidental. D'autant qu'en septembre se tiendront les législatives en Allemagne et que la situation de Merkel n'est pas garantie non plus: elle a des chances de rester chancelière, mais il n'est pas prouvé que son autorité sera aussi absolue, que les décisions seront prises par la société et par l'élite de manière aussi indiscutable que pendant les trois premiers mandats.

Quel est le point commun entre tous ces cas de figure?

Une division des élites s'est produite aussi bien au Royaume-Uni qu'aux USA et en France. Les Allemands tiennent encore, mais les divergences commencent à s'approfondir. Dans certains cas (France) les élites contrôlant le pouvoir ont réussi à faire élire leur homme. Dans d'autres (USA) c'est le représentant des élites alternatives qui a pris l'avantage. Enfin, Theresa May était une tentative de compromis entre les élites traditionnelle et alternative. Toutefois, chacun de ces politiciens avait la tâche de parvenir à un compromis national. Et tous ont échoué.

L'Occident a perdu la souplesse politique et la capacité d'adaptation du système politique aux nouvelles conditions. Ceux qui ne comprennent pas comment et pourquoi, en 1917, s'est effondrée la monarchie des Romanov, puis la Russie, comment l'élite russe parfaitement compétente de l'époque a pu se conduire de manière aussi suicidaire, peuvent regarder du côté de l'Occident aujourd'hui. La crise de l'ancien système sur fond d'insuffisance de ressources ne laisse pas aux élites de marge pour un compromis. C'est une lutte de destruction réciproque, et elle s'aggrave. Progressivement les élites antagonistes commencent à impliquer les masses populaires et perdent le contrôle de la situation. Il est facile de faire descendre la population dans la rue, mais il est très difficile de la faire rentrer chez elle.

Auparavant, l'absence de règlement intérieur des problèmes menait toujours l'Occident sur la voie de l'agression extérieure — la tension s'échappait à l'extérieur. Aujourd'hui, cette possibilité est bloquée par la puissance militaire de la Russie et de la Chine, qui s'entoure rapidement de nouvelles alliances.

L'Occident s'est retrouvé dans l'impasse.

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Tags:
présidence américaine, Donald Trump, Anthony Scaramucci, États-Unis
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