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    Harcèlement de rue: projet de loi stigmatisant et inefficace?

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    Un groupe d’universitaires a fustigé le projet de pénalisation du harcèlement de rue dans une tribune, publiée dans Libération, intitulée «Contre la pénalisation du harcèlement de rue». Les auteurs y dénoncent un projet de loi inefficace. Pis encore, pouvant stigmatiser les personnes «racisées».

    Le projet de pénalisation du harcèlement de rue, proposé par Marlène Schiappa, Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, continue de susciter de vives réactions. Dernière en date, une tribune intitulée «Contre la pénalisation du harcèlement de rue» publiée dans Libération ce mercredi 26 octobre. Les auteurs de ce texte — un groupe d'universitaires — fustigent la genèse de ce дprojet de loi. En effet, ils regrettent que le périmètre de prise en compte du harcèlement ne soit limité qu'à la rue, tandis qu'une femme peut être aussi bien harcelée au domicile conjugal que sur son lieu de travail.

    Le groupe d'universitaires dénonce par ailleurs un autre écueil, celui de la stigmatisation des personnes «racisées». Selon eux, «en insérant la catégorie «harcèlement de rue» dans le domaine pénal, la rue devient précisément la cible renouvelée des politiques publiques. Du même coup, elle vise les populations qui l'occupent, lesquelles appartiennent souvent aux fractions paupérisées et racisées.» Cette proposition de Marlène Schiappa est-elle réellement stigmatisante et inefficace?

    Un arsenal juridique déjà existant

    De nombreux évènements ont cristallisés l'opinion publique autour de la question du harcèlement de rue, notamment les incidents survenus dans le quartier parisien de La Chapelle-Pajol. Une étude — menée en 2015 auprès de 600 femmes de Seine-Saint-Denis et d'Essonne, réalisée par le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) — avait conclu que 100% des femmes qui utilisent les transports en commun ont subi au moins une fois dans leur vie du harcèlement sexiste ou bien une agression sexuelle. Ces éléments ont-ils eu une résonnance particulière chez la secrétaire d'Etat? Pour Véronique le Goaziou, chercheuse associée au LAMES et signataire de la tribune, une nouvelle loi pour mettre fin à ce type d'agissement n'est pas nécessaire car l'arsenal juridique existe déjà. Encore faut-il pouvoir le mettre en place.

    «La judiciarisation et la pénalisation ont certes leurs utilités et leurs vertus, mais je pense qu'ils ont aussi leurs limites. Si l'on veut être efficace, il faut essayer de réfléchir à un ensemble d'actions possibles et non pas uniquement au recours judiciaire ou à la voie pénale.»

    Un projet de loi potentiellement stigmatisant

    Les contours de la mise en application de cette loi restent pour l'instant vagues. En effet, Marlène Schiappa déclarait dans une interview à La Dépêche que les dispositifs allaient être étudiés dans le cadre d'auditions et de concertations avec de nombreux acteurs comme les forces de l'ordre, les élus locaux, les associations ou encore les femmes qui souhaiteraient s'exprimer sur le sujet. Néanmoins, le groupe d'universitaires craint de potentielles dérives dans le ciblage de la population, malgré le fait que la typologie du harceleur soit multiple, comme le concède Véronique Le Goaziou.
    «On sait que ces violences s'exercent dans tous les milieux sociaux. Toutes les enquêtes le montrent. Il n'y a pas plus d'harceleurs, d'agresseurs sexuels ou de violeurs dans tel ou tel milieu social. Or, on s'aperçoit que sont principalement arrêtées, pas exclusivement, par les forces de police et par la justice, des personnes situées aux échelons les moins qualifiés de l'échelle sociale. Des personnes pouvant être issues de l'«immigration» ou de minorités visibles (…) notre crainte est que la loi s'applique principalement, comme c'est déjà le cas, à un public qui peut certes commettre des harcèlements, des violences, mais pas uniquement. Elle risque de toucher encore une fois des personnes qui sont préférentiellement prises dans les mailles du filet policier et judiciaire.»

    Se donner les moyens de combattre le harcèlement

    Pour changer cet état de fait, Véronique Le Goaziou préconise de continuer à travailler sur «la pédagogie, la prévention, la sensibilisation, l'information, la dissuasion et éventuellement la répression mais pas nécessairement par une nouvelle loi.» De plus, des pistes non explorées permettraient aux femmes de se sentir en sécurité. Une position partagée par l’association féministe Stop Harcèlement de rue qui considère «qu'il serait plus pertinent de la part du gouvernement de sensibiliser les plus jeunes via des interventions dans les établissements scolaires, la formation des agent-e-s de police (qui dénigrent parfois le harcèlement de rue), l'aménagement de l'espace public ou encore la limitation des publicités sexistes dans l'espace public.» En outre, Véronique Le Goaziou constate que des pistes non explorées permettraient aux femmes de se sentir en sécurité.

    «Je suis une fervente partisane d'apprendre aux femmes à se défendre (…) Il y a tout un volet dont on parle assez rarement qui consiste à apprendre ou à réapprendre, aux femmes et donc aux jeunes filles, à ne pas se laisser faire dans l'espace public, à avoir le courage de résister et éventuellement de se bagarrer s'il le faut.»

    Et de conclure,

    «On pourrait remettre des agents de tranquillité publique qui seraient justement dans ces espaces publics pour que les relations entre les gens se déroulent un peu mieux. Il y a de nombreuses pistes et plein d'idées que l'on peut exploiter.»

    Tags:
    rue, projet, harcèlement
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